dimanche 23 avril 2017

Le vote des imbéciles


Un bacille toi-même !

Un bacille heureux


Imbécile vient du latin et veut dire : celui qui ne peut pas se passer d'un bâton - d'une canne pour marcher. D'ailleurs, on retrouve le mot originel, bacellus, ou bacillus dans bacille, la bactérie qui a la forme d'un bâton - par opposition aux coccis, ou coques.

Ma vieille mère ne se déplace pas sans canne. Surtout, elle est affligée d'une maladie d'Alzheimer très progressive qui a aboutit à sa mise sous tutelle. Depuis deux ans, elle n'a plus le droit de voter.

Toute sa vie, elle a voté, toute sa vie, elle a été constante dans ses choix et a donné sa voix au même parti. Maintenant, elle n'a plus le droit de faire valoir ses droits.

Pourtant, si elle devait voter aujourd'hui, je ne doute pas de ce qu'elle ferait, je sais qui elle choisirait. Si seulement elle avait eu le droit de mettre par écrit ses vœux avant de sombrer dans la maladie ! Ainsi, personne n'aurait pu prendre avantage de sa faiblesse : système simple, qui m'aurait paru plus juste que le système actuel. Car maintenant, ma mère n'existe plus comme citoyenne.

Pourtant, elle continue de payer des impôts, elle a un poids économique, elle a des intérêts à défendre. Mais elle ne peut pas se faire représenter. Quelqu'un gère ses comptes et prendra des décisions pour elle quand elle sera en fin de sa vie. Mais personne ne votera pour elle. Elle est morte politiquement.

Car la société considère… la société considère quoi, au fait ?

La société considère qu'elle ne dispose plus du discernement qui lui permettrait de faire un choix en connaissance de cause. Dis-moi, parce que tous les autres font leur choix en connaissance de cause ?


Déficit intellectuel


On est considéré comme déficitaire quand on a un QI de 80 ("niveau limite"). Entre 80 et 100, on est dit "normal faible". Il fût un temps où l'arriération mentale était considérée, peu ou prou, comme une maladie. Un état pathologique stable, mais dérogatoire à la bonne santé. On avait raison dans bon nombre de cas. En effet, la courbe de Gauss qui mesure l'intelligence sous toutes ses formes est plus épaisse à gauche qu'à droite : il y a plus de déficitaires que de surdoués. Pourquoi ? Parce qu'on ne peut pas devenir surdoué à la suite d'une maladie. Alors qu'une partie des déficitaires est devenue débile du fait d'un accident de parcours (parfois très précoce) - les autres l'étant du fait de la distribution aléatoire des facultés intellectuelles.

De nos jours, on peut être déficitaire et aller voter. Le vote ne s'accompagne d'aucun contrôle. Alors qu'il faut un permis pour conduire une simple mobylette, on n'a besoin d'aucun permis pour voter. Question de principe. Question de démocratie.

Pourtant, ceux qui votent sont soumis à un matraquage intense par les médias. Qui est le plus fort, celui qui a un QI de 85 ou les radios et les chaînes de télévision. Oui, je te demande, qui est le plus fort ?

Et qui est le couillon qui a un QI de 85 et qui s'est tellement fait niquer qu'il croit qu'il n'a subi aucune pression quand il a mis son bulletin dans l'urne - ou du moins, qu'il a résisté victorieusement ! Ce serait drôle si ce n'était pas pathétique. Qu'on me cite une personne qui admette qu'il a été téléguidé et que ses motifs de vote sont pour le moins obscurs - à part moi.

Oui, mort de rire, quand tu connais quelques petits trucs de cognitivisme et de psychologie expérimentale. Quand tu sais à quel point on est influençable - tout le monde sans exception. A quel point on fonctionne de manière irrationnelle.

Et tu sais combien ils sont, en France, ceux dont on peut penser qu'ils ne sont pas vraiment armés pour voter ? Sans doute plus d'un million. Oh, je sais bien que beaucoup ne votent pas. Et surtout, qu'on ne doit pas parler de ça, c'est le tabou de la démocratie. On a juste le droit de citer Churchill en prenant l'air entendu…

Pourtant, il y aurait des palliatifs. Par exemple confiner le matraquage médiatique, quitte à limiter temporairement la liberté de la presse ? Qu'est-ce qui est le plus important, l'exercice de la démocratie ou la liberté de la presse ? Parce qu'apparemment, on est dans un cas où leurs effets sont antagonistes et il faut choisir.

Voter sans comprendre ?


On a le droit de se foutre du vote. Question de liberté. C'est un peu comme le vaccin : on a le droit de le refuser, même s'il y a des retombées collatérales et qu'on met en danger l'ensemble de la communauté. Mais la liberté individuelle passe avant l'exercice de la démocratie. C'est une très bonne chose - si le danger n'est pas trop menaçant.

Mais est-ce qu'on a le droit de voter sans comprendre ? Alors que des malades mentaux en rémission ne peuvent pas voter, les insuffisants intellectuels peuvent mettre leur bulletin dans l'urne. Le droit de voter est-il une chose si légère et anodine qu'il ne mérite pas d'être scruté. Pour exercer un droit, il faut en avoir la capacité, non ? Personne n'aurait l'idée de laisser piloter un avion quelqu'un qui n'a pas les compétences nécessaires. Et le droit de vote serait le seul droit qu'on pourrait exercer n'importe comment ?

Entends-moi bien, je ne récuse pas un droit à la représentation à ceux qui ne sont incapables de faire une opinion et de manifester du discernement. Peut-être faudrait-il qu'ils puissent donner leur voix à quelqu'un de leur choix qui a assez de jugement pour pouvoir voter valablement pour eux. Comme on se fait conduire par un ami quand on n'a pas son permis. En tout cas, il y a une solution à trouver pour que numériquement, tout le monde soit représenté et que les équilibres soient respectés. Tous les hommes naissent égaux en droit...

Y compris les Alzheimer et autres pathologies du genre. Ils sont malades, mais ce sont des citoyens français comme les autres. Ils sont nés égaux en droit. Ils doivent aussi mourir égaux en droit.

Je sais qu'en lisant ce texte, certains diront que j'attaque la démocratie. Ils se trompent du tout au tout. Je la respecte trop pour l'attaquer - au contraire, je la défend en souhaitant qu'elle soit traitée avec plus de respect.

Les cordes : l'aventure d'une théorie (filandreuse ?) racontée par Lee Smolin


Elle aurait dû s'appeler la théorie des élastiques. Pas assez chic : c'est devenu la théorie des cordes. Sans dec !

Ambitions de la théorie des cordes


Le titre du livre de Smolin, c'est The Rise of String Theory, the Fall of a Science, and What comes next. Traduit en français par : Rien ne va plus en physique.

Très intimidant de parler d'un livre aussi riche et complexe. Un livre qui sort de l'ordinaire. Smolin y fait un tableau de la recherche en physique théorique au cours de ces quarante dernières années. Et se concentre particulièrement sur la théorie des cordes dont il examine méthodiquement la viabilité au terme d'années de développement.

Avec la théorie des cordes, on arrive à un degré d'abstraction rarement atteint. Nous savons que le vingtième siècle a vu émerger :

a/ une théorisation einsteinienne relative à l'espace et au temps :
- d'abord la liaison du temps à l'espace (et sa définition comme une caractéristique propre à tout mobile - exit le temps universel),
- ensuite l'explication du phénomène de gravitation, équivalent d'une accélération, et une description de l'espace (espace-temps) comme dynamique et susceptible de courbures. Exit le référentiel plat et stationnaire de Newton,

b/ le modèle standard (fondé sur la théorie des quanta) qui décrit particules et forces subatomiques, sur un espace NON EINSTEINIEN (c'est-à-dire sur un fond statique et plat)

La conciliation des deux (c'est-à-dire la gravité quantique) est problématique. Je ne détaille pas, l'explication est mathématique - on obtient des solutions infinies quand on rapproche les calculs de probabilité  qui sont utilisés pour les quantas - car il n'y a pas de trajectoire définie des particules, donc des fluctuations incontrôlables des variables - avec la description des champs gravitationnels qui est celle d'une infinité de points.

Or, la théorie des cordes ambitionne de donner de la nature (du réel, de la matière, comme on voudra bien l'appeler) une description plus fondamentale englobant les deux parties de la physique moderne que je viens d'évoquer très sommairement. Elle n'a pour rivale, à l'heure actuelle, que la gravité quantique à boucle (sur laquelle travaille Smolin).

Comment se fait la physique contemporaine


Ce qu'il faut comprendre dès le départ, c'est qu'on n'est pas en train de faire une description de la nature fondée sur des observations comme on décrirait les mouvements des molécules dans un bocal, ou les échanges de chaleur à l'intérieur d'un corps.

Non !

Bien qu'au départ, dans les années 70, la théorie des cordes ait eu pour objectif de rendre compte d'interactions entre certaines particules, il faut l'imaginer comme un pur jeu théorique : elle pose un certain nombre d'équations qui vont être ajustées pour décrire ce qu'on observe dans le modèle standard et ce qu'on peut inclure de gravitation. Il s'agit à la base d'un travail mathématique, mais pas de mathématiques théoriques : c'est une tentative de description en langage mathématique de tout ce qu'on connaît sur les particules, les forces en intégrant autant que possible d'espace-temps (relativité restreinte).  C'est une "théorie du tout".

Puis le but du jeu est de transformer ces formules à l'aide des règles classiques des mathématiques pour aboutir à d'autres formules, et de voir ce que finissent par dire ces autres formules. Ce qu'elles disent et prédisent de la nature.

Soit elles disent des trucs qui collent avec la réalité, soit des trucs déconnants. Elles peuvent aussi faire état de possibilités difficilement testables : dimensions supplémentaires de l'espace (9, 10 ou 26…), multiplicité des univers… qui ne sont pas obligatoirement fausses, mais qui rendent plus compliqués les rapprochements avec l'observation.

Évidemment, si elles disent des choses qui ne vont pas, il y a possibilité de revenir en arrière et de triturer les formules de base. Mais on ne peut quand même pas trop triturer, sous peine de perdre toute crédibilité.

Smolin décrit les cordes de manière très négative :

"Ce que nous avons, en fait, n’est pas une théorie mais une large collection de calculs approximatifs, qui s’accompagnent de tout un réseau de conjectures, qui, si elles sont vraies, tendent vers l’existence d’une théorie. Mais jamais cette théorie n’a été couchée sur papier. Nous ne savons pas quels sont ses principes fondamentaux. Nous ne savons pas dans quel langage mathématique elle s’exprimera ; ce sera peut-être un langage nouveau que nous devrons inventer. Vu cette absence de principes fondamentaux et de formulation mathématique, nous ne pouvons même pas dire que l’on sait ce qu’affirme la théorie des cordes."

La panne


Il existe aujourd'hui 10500 théories des cordes aujourd'hui (ce qui éclaire l'expression : il pleut des cordes). Smolin regroupe ces théories en  catégories selon qu'elles donnent une constante cosmologique positive ou négative (une constante négative ne correspond pas à l'observation), selon qu'elles sont construites sur un espace-temps plat ou non, etc. Bien entendu, une majorité de ces théories est non formulée.

Comment s'y retrouver ? Il faut trier. Comment faire ? Le fait de retomber sur ses pieds et de décrire ce qu'on connaît ne suffit pas. Il faut aussi que la formulation soit prédictive de phénomènes nouveaux. Et donc il faut expérimenter.

Et là, c'est la panne totale. La théorie des cordes ne prédit rien, elle se contente d'être partiellement conforme à ce qu'elle veut décrire. La multiplicité de ses formes constitue en soi un obstacle, puisqu'il est toujours possible d'ajuster des variables pour faire coller la théorie à la réalité.

Alors il y a le coup de pouce de la super-symétrie. Celui de la S-dualité. Celui de la théorie M censée englober toutes les théories des cordes en en faisant des solutions de ses propres équations. Mais ça ne va toujours pas.

Pourquoi ? Je ne vais pas paraphraser, c'est compliqué, je préfèrerais que tu lises.


L'échec des quarante dernières années


Le bouquin raconte aussi comment la théorie des cordes est devenue quasiment une mode, scotomisant dangereusement l'esprit critique des brillants chercheurs qui travaillaient dessus. Au point de les inciter à vouloir redéfinir les critères scientifiques qui détermine la validité d'une théorie. C'est l'angoisse.

Mode aux effets dévastateurs pour les autres champs de recherche en physique théorique, car les cordes ont vampirisés tous les crédits et tous les postes. D'où un assèchement de la recherche. Aucune découverte majeure n'a été faite au cours de ces trente dernières années : une première dans l'histoire de la physique depuis qu'elle est constituée comme science.

(Dix ans après la publication de ce livre, rien de neuf à ma connaissance. La plus que probable mise en évidence du boson de Higgs en 2013 avec le super-collisionneur du CERN n'est pas une découverte mais une belle confirmation expérimentale qui renforce le modèle standard ; en revanche, aucune manifestation de supersymétrie, qui aurait pourtant arrangé la théorie des cordes ; pas grave, il suffit d'ajuster les variables et de dire que la supersymétrie n'aurait pu apparaître qu'avec des énergies beaucoup plus grandes que l'énergie dont est capable le collisionneur.

Même chose avec l'analyse des données envoyées par le satellite Planck : renforcement de l'hypothèse de l'inflation cosmique, plus de finesse et de précision, mais aucune piste pour une découverte.)

Pourquoi ce vide, cet échec qui semble incroyable ? Smolin émet une autre hypothèse : priorité a été donnée aux chercheurs brillants mais scolaires au détriment des chercheurs originaux et imaginatifs. Alors qu'il y a des périodes où les scolaires sont vraiment utiles (comme pendant l'exploitation des découvertes des pionniers entre 1940 et 1980), il y a d'autres périodes - comme après 1980 - où il aurait fallu recruter des novateurs pour avancer. Manifestement, Smolin a lu le fameux livre "comment se faire des amis".


Les engagements personnels de Smolin


Dans ce livre, Smolin confie qu'il est pro-Einstein  - il prend son parti dans le conflit qui l'a opposé à Bohr pendant trente ans. Pour lui, la théorie des quanta est une révolution inachevée, l'utilisation des probabilités un pis-aller, et il existe des variables cachées, inconnues à ce jour, qui vont permettre un jour d'aller vers une théorie plus globale et - d'après lui - moins bancale, et surtout réaliste et causaliste. C'est un peu un scoop pour moi, car toute la littérature que j'ai lue semble reléguer cette position aux oubliettes de la physique. Là encore, désolé, j'aurais bien détaillé, mais ce serait des pages et des pages. Juste pour dire que c'est (presque) plus haletant qu'un épisode de Breaking Bad.

Grand vertige aussi en lisant :

" La géométrie de l’espace ne fait pas partie des lois de la nature. Par conséquent, rien qu’on puisse trouver dans ces lois ne nous dit ce qu’est la géométrie de l’espace. Ainsi, avant de commencer à résoudre les équations de la théorie générale de la relativité d’Einstein, nous n’avons strictement aucune idée de ce qu’est la géométrie. On la découvrira seulement une fois les équations résolues.
Cela signifie que les lois de la nature doivent s’exprimer sous une forme qui ne présuppose pas que l’espace ait une géométrie fixe. C’est le cœur de la leçon einsteinienne."


Et plein d'autres choses. Un chapitre très subtil sur le "principe anthropologique", idéologie non scientifique qui tend à expliquer la nature par la présence de l'homme, et non l'inverse - et ce à la suite d'un raisonnement vicié et téléologique. En résumé, le principe anthropologique consiste à dire qu'il y a trop de constantes très finement ajustées dans la nature (et dont l'ajustement très fin aboutit à la possibilité de la présence de l'homme) pour que ce soit un hasard. Coucou, Dieu !


Tracer l'avenir de la physique


Constatant l'échec actuel de la théorie des cordes, Smolin passe en revue quelques observations et hypothèses actuelles qui lui semblent des pistes intéressantes pour la physique. Par exemple l'idée que dans la relativité restreinte, le principe de relativité lui-même serait juste, mais la vitesse de la lumière serait variable (j'espère que tu étais assis).

Il examine aussi certaines anomalies dont l'existence fait consensus. Comme celle qui aboutit à l'hypothèse de l'existence de matière sombre - dont on n'a toujours pas trouvé trace directe aujourd'hui. Il envisage l'hypothèse alterne, la théorie MOND qui propose rien de moins que de modifier la (seconde) loi de Newton, celle sur la pomme. Même pas peur...

Smolin tente d'analyser les règles du progrès en science. Il rappelle que la physique avance à travers des unifications. Par exemple mouvement continu et immobilité (principe de relativité de Galilée), attraction terrestre et gravitation (Newton), temps et espace, gravitation et accélération (Einstein).

Il définit les cinq questions auxquelles une future théorie doit répondre :
- unification de la gravité et des quanta (et résolution du problème des infinis),
- unification des particules et des forces (= fermions et bosons)
- solution au problème de l'observateur dans les quantas (l'observateur interfère avec l'observation, il est impossible pour l'instant de séparer l'observation de l'observateur)
- explication de la valeur des (≈20) constantes qu'on observe dans la nature (mais oui, en cours on te dit que c'est une constante, mais c'est un peu court, non ? Comment se construit-elle ?)
- explication de la matière sombre et de l'énergie sombre

Beau programme. Quand est-ce qu'on commence ?


Ai-je le droit de parler de ce livre ?


Franchement, je n'ai pas assez de connaissances ni de compétence (il s'en faut de beaucoup) pour pouvoir critiquer les positions de Smolin.

Je peux quand même faire des comparaisons avec d'autres ouvrages. Peu avant que j'attaque ce livre, j'étais tombé sur un numéro spécial "The quantum world" publié par New Scientist, une revue britannique en principe fiable, 130 pages consacrées à l'état actuel des connaissances et de la recherche en physique quantique. Une catastrophe. Outre le style journalistique racoleur, sensationnaliste,  aucune vision synthétique, aucune information sur le caractère démontré ou purement hypothétique des théories exposées, pas la moindre appréciation sur le caractère sérieux ou extravaguant des recherches dont il est question  - dont certaines m'ont pourtant parues bien mal fondées.

Je peux aussi comparer avec d'autres bouquins dont j'ai fait la revue dans ce blog. La particularité du bouquin de Smolin - qui tient à l'ambition des cordes d'être une théorie moderne du tout - c'est qu'il donne une vision très large de l'état des connaissances. On ne se borne pas à la relativité, à la cosmologie ou aux quantas, et on ne s'arrête pas en 1950.

Et je m'autorise à dire, tout simplement, que j'ai eu beaucoup de plaisir (et de passion) à lire ce livre.


Petite mise en garde


Ce livre est sans doute un ouvrage de vulgarisation sur les cordes, mais ce n'est pas un livre de vulgarisation sur la physique en général. Il faut avoir des idées à peu près claires sur les fondamentaux de la physique jusqu'aux années 50 pour être à l'aise. Tout ce qui tourne autour des notions de jauge (théorie de jauge, symétrie de jauge, boson de jauge) aurait peut-être mérité une description plus détaillée.

Il m'est arrivé d'être en difficulté - et pas seulement à propos du principe de jauge. Ainsi…


" Voici une version simplifiée de ce qu’a réalisé le groupe de Stanford. Ils ont commencé avec un type de théorie des cordes très étudié – un espace-temps quadridimensionnel plat avec une petite géométrie à six dimensions, attachée à chaque point. Ils ont choisi la géométrie de l’un des espaces de Calabi-Yau comme étant celle des six dimensions enroulées. En effet, puisqu’il existe au moins cent milles espaces de Calabi-Yau, on doit en choisir un représentant dont la géométrie sera caractérisée par plusieurs constantes.
Ensuite, ils ont enroulé de grandes quantités de flux électrique et magnétique autour des espaces à six dimensions, en chaque point. Puisqu’on ne peut enrouler que des unités discrètes de flux, cela tend à geler les instabilités. Pour stabiliser mieux encore la géométrie, il faut utiliser quelques effets quantiques, qui ne sont pas issus directement de la théorie des cordes, mais qui relèvent des théories de jauge supersymétriques et pourraient par conséquent jouer un rôle ici. En combinant ces effets quantiques avec les effets des flux, on obtient une géométrie où tous les modules sont stables."


Une pincée de sel, de la noix de muscade rapée… Il ne faut pas se laisser intimider mais accepter de ne pas avoir toujours tous les éléments nécessaires à la compréhension, et donc de rester au niveau de la description. Heureusement, ce type de passage est l'exception.

Bon, d'accord, c'est plus dur à lire que l'almanach Vermot. Au fait, tu veux savoir à quoi ça ressemble, l'humour d'un physicien ? Un exemple tiré du livre : Smolin évoque la théorie de la relativité doublement restreinte (DSR), qui propose que non seulement la vitesse de la lumière soit invariable, mais aussi la longueur de Planck (la plus petite longueur possible). C'est intéressant, et ça avance apparemment bien. Mais ce n'est qu'une théorie et Smolin attend donc une confirmation par l'observation - en cours. Si ça marche, tant mieux. Sinon, dit Smolin, "on prouvera au pire qu'elle est fausse, ce qui signifie que DSR est une véritable théorie scientifique."

MDR. Mais si tu veux, je peux expliquer...


Ça te dérange pas que j'en profite pour passer une petite annonce ?
Je cherche à acheter 10 ou 20 mètres de corde comme celle-ci. Tu notes qu'elle est câblée, et non tressée. C'est du 4. Elle est raide et ne s'emmêle jamais : c'est bien pour la chasse sous-marine. De mémoire, elle flotte. Mais je n'arrive pas à savoir si c'est du polyéthylène, du polypropylène ou un autre polymère. Merci de ton aide  !

vendredi 21 avril 2017

Des morts qui marchent ? Surtout, ne prend aucun Risk...


Les voitures sur la voie de gauche sont toutes à l'abandon !


J'ai regardé la septième saison de "The Walking Dead". La punition pour ceux qui ne connaissent pas la série : un brin de grammaire anglaise !

Les adjectifs anglais ne prennent jamais de pluriel. The beautiful ladies. La règle s'applique même quand l'adjectif est substantivé (utilisé en tant que nom). The Walking Dead n'est donc pas l'histoire d'un mort qui marche, mais d'innombrables cadavres ambulants. Tous plus hideux les uns que les autres, avec leurs yeux jaunâtres et leurs déficits moteurs de type hémiparésie, ils sont des milliers, des millions, morts et ressuscités après une terrible épidémie - et fonctionnant maintenant avec une physiologie simplifiée : ils se nourrissent de tout ce qui bouge, y compris la chair humaine, en émettant d'ignobles râles.

The beautiful ladies !


Excellente série dans ses premières saisons. J'ai encore en tête l'épisode 7 de la deuxième saison, et sa scène finale où l'on voit sortir d'une grange une ancienne communauté rurale de morts-vivants - et parmi eux des enfants - après une attente éprouvante. Tension insupportable. La série avait alors touché au sublime des plus belles tragédies de l'histoire de la littérature - non, je ne plaisante pas.

Mais les séries sont par nature soumises à une sévère érosion.

- Soit elles sont construites sur une seule histoire et se dirigent vers une fin programmée. Elles n'ajoutent pas de saisons supplémentaires en fonction de la part de marché de la dernière saison. Ces séries sont minoritaires : qui voudrait tuer la poule aux œufs d'or ? En exemple, Akta Manniskor, une série suédoise, ou la magnifique Rome.

- Soit elles obéissent à la règle commune, qui veut que les producteurs rallongent la sauce s'ils pensent encore faire des bénéfices. Règle compréhensible, naturelle... qui produit du bon et du très mauvais. En règle, le bon est au début, le mauvais à la fin. Comme The Big Bang Theory qui me faisait autrefois jubiler et me parait maintenant terne et sinistre. Heureusement, tout n'est jamais dit : il arrive d'avoir de bonnes fins après quelques saisons ratées. Dans Lost ou Weeds par exemple. On aimerait d'ailleurs que la saison à venir de Game of Thrones rattrape la médiocre saison six.

- Entre les deux, il y a des séries qui savent s'arrêter à temps, et qui peuvent faire une fin plus qu'honorable. On y trouve Breaking Bad, le chef d'œuvre absolu des séries, ou le très bon Damages, ou encore Mad Men et Six Feet Under.

- Et puis il y a quelques séries qui s'arrêtent alors qu'on aurait bien aimé les voir continuer (Dead like me).

Pour palier cette usure, certaines séries ajoutent inlassablement de nouveaux personnages - car on ne peut pas faire évoluer les anciens indéfiniment. Mais ce n'est pas suffisant.

Beaucoup de séries sont construites sur des situations de base extraordinaires. Dans Les Cents, par exemple, des jeunes sont envoyés sur terre par la petite communauté des humains qui ont réussi à survivre dans l'espace à d'épouvantables guerres nucléaires. On voit tout de suite que l'usure est énorme dès la première saison : une fois arrivés sur terre, les jeunes se retrouvent dans une banale situation d'exploration, et le moteur qui a déclenché le début de la série fait pschitt. Dans Dr. House, les prouesses médicales du héros finissent par lasser (vite, injectez-lui deux centicubes d'épinéphrine…! Et hop, un petit coup de réa cardiaque avec les bons vieux fers à repasser).

Dans The Walking Dead, il y a aussi une usure. L'idée initiale - la transformation en morts-vivants d'une grande partie de la population à la suite d'une virose - était ingénieuse. Elle permet de montrer un monde d'apocalypse très fascinant : usines laissées à l'abandon, routes vides, monde sans électricité. C'est une réussite esthétique.

Par ailleurs, la situation de survivant aboutit à des situations nouvelles (prise de risques, alliances…) La recherche d'abris engendre une itinérance de bon aloi, qui permet de renouveler les décors et rencontres - donc les personnages.

Et puis arrivent les saisons 6, 7 (la 8 est à venir). Tout a déjà été dit, tout a déjà été vu, tout a déjà été testé. Les morts-vivants ne font plus peur. Que faire ?

C'est là où les scénaristes ont eu une belle idée de merde.

Ils ont créé un personnage très méchant, très peu réaliste. Auquel les gentils se sont trouvés confrontés. Surenchère de violence assez gratuite (pour montrer la cruauté du méchant) afin de racoler les amateurs d'horreur. Mais pour le reste, aucune nouveauté possible.

La série s'est transformée en jeu de Risk. Tu sais ce que c'est ? Chacun tient un continent, il dispose d'une armée et de divers moyens pour faire pression sur les autres. Il faut s'allier. Et le plus fort gagne. L'histoire pourrait se dérouler dans une banlieue, batailles rangées entre bandes rivales. Où ça pourrait être la Guerre des Boutons, sans le charme. Le principe de la série - un monde post-apocalyptique - s'est effacé. Il ne reste plus qu'une guerre de libération menée par les gentils opprimés contre le vilain oppresseur.

Je n'insisterai pas sur les lourdeurs psychologiques, les phrases convenues, la sentimentalité qui infiltrent de plus en plus la série. Même si l'idée de départ pouvait être considérée comme irréaliste, elle donnait lieu à la création d'un monde réel, clairement défini, auquel on pouvait adhérer. Maintenant, il n'y a plus rien de crédible, ni personnages, ni actions.

C'est la série toute entière qui s'est transformée en walking dead. Au singulier !


mardi 11 avril 2017

J'ai un ami qui est dans la politique...


L'autre jour, j'ai retrouvé un vieil ami. Il est dans la politique. On s'est installé confortablement et il m'a raconté sa vie.



 .

Frénétique, le journaliste politique hurlait dans son micro : "On est à dix jours du vote et entre trente pour cent des gens n'ont pas encore pris leur décision !"

Sérieusement ?

Et d'abord, comment sait-il ? S'ils avaient pris leur décision, les gens lui feraient-ils suffisamment confiance pour la lui communiquer ?

Soit c'est une énorme erreur de sondage, c'est faux, et sondage, sondeur, journaliste et station radio doivent être précipités (sans douceur) du haut des chutes du Niagara, car ils auraient dû détecter l'erreur ou du moins se montrer un peu plus prudents.

Soit il y a quelque chose qui ne va pas. Les gens ne se sentent valablement représenté par aucun des onze candidat. Car on ne me fera pas croire qu'ils hésitent du fait qu'on peut trop facilement les confondre - Mélanchon avec Fillon, Le Pen avec Hamon, Macron avec Ducon...

Que la France et le système électoral ne soient pas capable de proposer des candidats qui leur conviennent, c'est le signe d'un gros problème. Soit dans la tête des français, soit dans le système de représentation politique.

C'est ce qui alimente ma morosité. Je voudrais dire un mot :

- de la tâche impossible qu'on exige des hommes politiques
- de la sottise incontournable du suffrage universel
- du BIVEPROC, ou Bureau Imaginaire de Vérification des Promesses de Campagne
- de la nécessaire et consternante restriction apportée au choix des candidats
- du rêve délirant de démocratie directe
- du rôle pernicieux des médias
- des devoirs (du soir) pour les électeurs ?
- de la manipulation psychologique
- de la non-reconnaissance du vote blanc
- de l'absence d'esprit scientifique en politique

Je sais que ma réflexion est superficielle : je n'ai qu'une légère formation en politique, et j'accepte d'avance la critique de très grande naïveté qu'on ne manquera pas de m'envoyer. Et les autres aussi, tant qu'à faire.

Il n'y a que ma sincérité dont je puisse me prévaloir.


Je l'examine à la dérobée en discutant avec lui. C'est fou, il a vraiment le profil d'un politique...

I - Jusqu'à faire l'éloge des hommes politiques ?

 

On critique facilement les politiques. Animaux bizarres, ils se nourrissent de pouvoir et de gloriole, sont orgueilleux mais supportent tous les crachats pour parvenir à leurs fins - quelquefois, j'ai honte pour eux. En cette période d'élections, ils sont au centre de l'attention générale. Mais au delà les définitions de la Constitution, sait-on vraiment quelle est leur mission ? Pas sûr.

Voilà ce que je comprends :

a/ L'homme politique a une tâche quasi impossible. Il ne peut faire le job que s'il est élu. Il ne peut pas être élu s'il fait son job. Il s'agit donc de réconcilier deux projets contradictoires. D'abord être élu, donc séduire l'électorat. Ensuite, faire le job pour lequel il a été élu, c'est-à-dire commander, organiser, trancher, donc déplaire… tout en gardant en tête qu'il faudra repasser par les urnes. 

b/ L'homme politique se trouve confronté à une autre contradiction : il doit se montrer intelligent, mais cette intelligence doit être intelligible aux idiots. Tour de force.

c/ Il doit être démagogue à fond pour ramasser des voix, mais il ne faut surtout pas que ça se voie car on ne manquerait pas de lui reprocher.


Il n'hésitera pas à vous poignarder dans le dos si c'est son intérêt. Il vaut mieux être son ami que son ennemi.

II - Nécessité du suffrage universel


C'est notre bon suffrage universel qui aboutit à cette situation pourrie.

Il y a plus d'un siècle et demi en France, ne pouvaient voter que ceux qui payaient un certain montant d'impôts - le cens. La justification (Seyes - 1791) : seuls ceux qui payent des impôts ont une responsabilité au niveau économique, et donc le droit d'intervenir. Aujourd'hui, rétablir le cens serait le meilleur moyen pour avoir la révolution. Paradoxe : les abstentionnistes seraient les premiers dans la rue...

Tous les français ont leur mot à dire par principe. Sinon, on piquerait tout ce qu'ils ont à ceux qui ne votent pas, c'est sûr. Certes, ceux qui n'ont pas de pognon n'ont souvent pas fait d'études, et ceux qui n'ont pas fait d'études ne sont pas a priori les plus malins - mais ils le sont encore assez pour préférer le pain frais au pain dur. Même avec le plus grand cynisme, on ne peut envisager un recul dans ce domaine. Hors de question de contester le suffrage universel.

La réalité est pourtant consternante : 90% des gens qui votent ne sont pas informés, ne cherchent pas l'information et n'auraient pas les moyens intellectuels de la traiter (parfaitement, 90%, j'étayerai ce pourcentage dans un autre post). Et pourtant, ils votent. Enfin pas tous : 60% d'abstention aux européennes, 40% en moyenne pour les autres élections. Ceux qui s'abstiennent sont pour beaucoup des gens qui ont des revenus faibles.

Quant à ceux qui votent, j'ai plus que des doutes... Car le principe de l'élection, c'est la séduction, et pas vraiment la séduction par l'intelligence.

Si on fait parler un comédien devant deux cent personnes, d'abord habillé en costume cravate dans un premier test, puis habillé relax dans le suivant, avec le même discours chaque fois et des auditoires comparables, l'enquête montrera que l'homme en cravate a été perçu comme ayant des arguments beaucoup plus puissants que celui en baskets.

Pour des raisons éthiques peut-être, on n'a pas fait le même test avec Quasimodo et Johnny Depp, mais des études sur les notes à l'école laissent deviner les résultats qu'aurait une telle expérimentation : l'aspect extérieur, la présentation comptent énormément et interfèrent sévèrement avec le jugement. Le coefficient de bonne (et grande) gueule est énorme.

J'imagine aussi les résultats qu'aurait un sondage bien fait sur le nombre de personnes qui ont lu les programmes ou leurs résumés, et qui pourraient en parler un minimum. Sans doute édifiants...

Qu'est-ce qui décide en réalité d'une victoire électorale aujourd'hui ? L'aspect physique et globalement, l'apparence. Et aussi les promesses. J'y arrive.


Je ne dirais pas non plus que la franchise soit sa plus grande qualité.


III - Un Bureau de Vérification des Promesses de Campagne ?


Dans le système actuel, la première idée qui vient à l'esprit d'un candidat, c'est de faire des promesses qu'il ne tiendra pas pour se faire élire. Avec des électeurs aussi bêtes, on aurait tort de se priver. Si un tiers des promesses est tenu, quel que soit le bord du candidat, c'est bien le mieux qu'on puisse espérer. Pourtant les gens continuent de voter pour ceux qui leur promettent la lune. Ils se rendent bien compte après coup qu'ils se sont fait niquer. Mais ça passe. Ils se contentent de dire que les politiciens sont des menteurs.

Le pire, c'est que moins les candidats ont de chances d'être élus, plus ils peuvent mentir. Car la probabilité pour qu'ils soient obligés de tenir est très faible. Résultat, les promesses intenables faites par des inéligibles entraînent une inflation des promesses de ceux qui peuvent être élus. C'est très dangereux.

Serait-il possible de créer un Bureau de Vérification des Promesses de Campagne ? Un bureau qui travaillerait objectivement (enfin, autant que faire se peut) sur les prévisions et projets qui figurent dans les programmes ? Difficile à dire. Mais je crois qu'on pourrait faire mieux que de laisser ce job aux journalistes : ils font quand l'inspiration leur vient, en général ils sont incompétents, partisans et ne cherchent pas à faire un travail d'information de fond.

Tiens, pourquoi ne pas demander à la Cour des Comptes : ils seraient doués pour ce genre de mission.

En attendant, les cons votent pour des programmes complètement utopistes et mensongers. Ça n'aide certainement pas la démocratie. Mais les bobards qu'on raconte tous les cinq ans permettent d'éviter des révoltes ou des révolutions. C'est aussi à ça que ça sert, le suffrage universel : entretenir de fausses espérances.


Mais mon ami politicien a d'autres qualités : une véritable pénétration d'esprit et une grande largeur de vues.

IV - Éviter qu'un con vote connement


Utilisé de manière brute, le suffrage universel permettrait l'élection de ceux qui veulent prolonger le boulevard Saint Michel jusqu'à la mer, ou d'un nouveau Coluche. Est-ce vraiment ce dont le pays a besoin ?

Pour palier aux dérives naturelles du suffrage universel, on a dressé des barrières.

C'est ainsi que sont nés les partis et les quotas pour limiter l'essor de petits candidats. L'État favorise la création d'un pool de politiciens, et si on n'est pas du sérail, on n'a aucune chance d'être élu. A priori, tout le monde peut entrer en politique. Mais très vite, il vaut mieux une affiliation qui donnera une aide logistique, du conseil, un financement. Il n'y a que dans les petites mairies qu'on peut être élu sans étiquette.

Les partis, c'est un peu l'inverse d'un suffrage censitaire. On ne contingente pas le nombre des votants, on restreint le nombre de ceux qui sont potentiellement éligibles. Hors de question que ce soit un membre de la société civile. Chasse gardée. Avec ce système, l'électeur vote, mais il n'a qu'un choix limité.

Le recrutement des politiques se fait sur des critères qui n'ont pas forcément à voir avec l'intérêt public. Ils ont souvent des compétences en droit ou en économie. Surtout, il faut qu'ils aient des grandes gueules et qu'ils soient séduisants. Qu'ils passent bien à la télé.

Est-ce que je suis content de ce mode de recrutement ? Non. Je suis persuadé que sur les soixante millions de français, en cherchant bien, on pourrait trouver des individus capables de faire mieux que les candidats proposés par les partis.

Je lui vois une véritable stature d'homme politique.

V - Démocratie directe


Si on t'emmène chez le libraire en te disant que tu vas pouvoir choisir librement un livre… et on te demande de choisir entre Le Capital, Mein Kampf, la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, et trois ou quatre autres, tu auras l'impression d'une escroquerie, même si tu n'es pas vraiment malin.

De plus en plus de gens ont donc compris qu'il y avait manipulation. Ils ne se plaignent pas de la formule de suffrage universel qui a été choisie. Il y aurait pourtant des variantes - respect ou non respect du critère de Pareto, de Smith, de non-dictature, critères de Condorcet, etc. Mais le système est honnête, sans tricherie. Sur ce plan, il ne prête pas le flanc à la critique.

Comme on peut s'y attendre, la contestation des cons est souvent conne. Ils rêvent de démocratie directe. Tellement logique ! Aujourd'hui une vague de chaleur qui tue les vieux : on demande une modification du budget pour donner de l'argent aux vieux. Demain il y a des problèmes de discipline à l'école : on augmente l'enveloppe de l'éducation nationale  (au détriment des vieux). Je l'ai vu faire. Pour tout problème, référendum. Ainsi ne serait jamais passée l'abolition de la peine de mort…

Comme les gens n'ont plus aucune confiance dans la personne qui a été démocratiquement élue, et comme ils s'imaginent qu'ils sont compétents, ils veulent intervenir sans arrêt et mettre leur grain de sel :

L'intelligence, c'est la chose la mieux répartie chez les hommes parce que, quoiqu'il en soit pourvu, il a toujours l'impression d'en avoir assez, vu que c'est avec ça qu'il juge (Descartes).

Mais la démocratie directe, c'est l'absence de continuité, la gouvernance au jour le jour et donc l'inefficacité garantie.

Alors on va mettre en place des ersatz. Il est actuellement question de donner un statut à des pétitions recueillant quatre cent mille signatures. Comme si un politique n'avait pas les moyens de connaître l'opinion publique ! Mais si ça peut calmer les agités et permettre de continuer à faire vivre le sérail politique selon les anciennes règles…


Il me confie en soupirant : "tu n'imagines pas le niveau de connerie des militants, ils m'épuisent"

VI - Le rôle des médias


Le rôle des médias dans une élection me trouble beaucoup.

Quelle est la situation ? On te demande de recruter quelqu'un qui va jouer un rôle important. Tu dois le choisir parmi des gens que tu ne connais pas. Car il est clair que ce sont des inconnus, ces candidats : en réalité, tu ne les as jamais rencontrés, tu n'en sais que par ce qu'on a bien voulu t'en raconter. La connaissance que tu en as est indirecte. Même ce que tu lis d'eux et qu'ils ont signé, d'autres l'ont rédigé à leur place.

Quand tu recrutes quelqu'un au travail, tu disposes de son CV. Tu sais en principe quelles études il a faites. Quels postes il a occupés avant. Tu sais qu'il aime le foot et les échecs. Et tu le rencontres - deux fois, trois fois. Vraiment, c'est compliqué. Heureusement, il y a la période d'essai de deux mois, tu te dis que si tu as fait le mauvais choix, tu as une autre chance.

Là, balpeau ! Tu en prends pour cinq ans. Et pas de référendum-plébiscites comme avec de Gaulle pour en sortir s'il n'y a rupture complète entre le peuple et le président. Il ne faut vraiment pas se planter.

Le problème, c'est que ton choix est complètement parasité par les médias. C'est une caisse de résonance où tout son qui pénètre va t'être renvoyé complètement distordu… ou non : tu ne peux pas savoir. On dit que les médias sont utiles, parce qu'elles permettent d'augmenter l'info qui te parvient. C'est faux, car le mélange confus de tout ce qu'on te dit, ce n'est plus de l'info, c'est du brouillage.

Qu'on ne me dise pas que ce tohu-bohu, c'est l'expression de la démocratie. Parce que c'est exactement le contraire : c'est un masque sur la démocratie, un jeu de faux semblants.

Au fait, pourquoi certains, au motif qu'ils ont une carte de presse et un profil qui passe bien à la télé auraient-ils le droit de donner un avis quand ils ne représentent qu'un groupe très minoritaire de français ? Internet élargit un peu le panorama, grâce aux journalistes indépendants, mais comment se repérer dans ces milliers de sources ?

Alors regarder les débats ? Brillante idée ! On va les mettre ensemble et on va voir ce qu'ils ont à dire, on va pouvoir comparer, juger… Mais bien sûr que non : c'est la prime aux tribuns, aux baratineurs, et aussi à ceux qui présentent bien et font propre sur eux. Et le parfait alibi pour l'électeur paresseux qui ne s'est jamais penché sur les propositions des candidats.

Et que dire des commentaires des journalistes, après coup : les moments forts du débat… recueil de réactions, de petites phrases, de réparties qui démontrent l'esprit d'à-propos du candidat, rien de plus. C'est fini pour moi, je ne regarderai plus un seul débat.

Rêvons un peu : et si on interdisait les médias et toute forme de propagande avant les élections - à part sur la chaine parlementaire, de façon régulée. Hormis cette exception, l'info viendrait uniquement des candidats - une lettre d'information hebdomadaire de quelques pages, dans un format standardisé, pendant les derniers mois précédent la présidentielle. Lettre dont le contenu serait scruté avant l'envoi : références au passé vérifiées, et promesses évaluées. Pas besoin de voir les candidats sous le nez. Aucun commentaire de journalistes.

Pas d'humoriste non plus : ils jouent un rôle puissant qui n'est sans doute pas favorable à l'exercice de la démocratie. Le principe d'un humoriste, c'est qu'il caricature, et le principe d'une caricature, c'est qu'elle présente une réalité déformée : ça n'aide pas quand on est déjà dans le flou. Et je ne suis pas si malin pour prétendre ne pas être influencé par les caricatures.

Oui, je sais, ça ressemble à museler la liberté de la presse. Mais cette liberté doit s'arrêter là où commence ma liberté de pensée. Marre de la pollution.

Et il m'a raconté comment les petits jeunes de son parti qui voulaient le pousser dehors, il n'en avait fait qu'une bouchée. "Mais un jour, tu sais, ils finiront par avoir ma peau..."

VII - Les devoirs du votant


J'ai déjà fait état sur ce blog d'une enquête sérieuse montrant que dans les pays occidentaux, environ 30% des gens ignoraient que la terre tournait autour du soleil.

Si on testait la manière dont la démocratie est exercée, on ferait des constats sans doute aussi effrayants. Mais mieux vaut fermer les yeux...

Imagine : le jour du vote, des QCM simples et rapides sur le programme du candidat choisi par le votant pour s'assurer qu'il exerce son droit de vote avec un minimum de conscience de ce qu'il fait. On aurait des surprises. Et s'il fallait transformer en vote blanc tous les votes qui ne s'appuient pas sur un minimum de connaissance…! Ce serait priver les gens d'un droit inaliénable ?... Bon, pas la peine de t'énerver. Je sais que c'est inapplicable.

Mais alors, tu considères que le vote peut être fait au hasard, n'importe comment, sans un minimum de réflexion ? Que le droit de vote est si anodin, si trivial qu'il ne mérite aucune justification, aucune action citoyenne ?

Est-ce que restreindre le nombre de ceux qui vote à ceux qui
a/ savent lire et peuvent comprendre un minimum ce qu'ils lisent,
b/ se sont donné la peine de lire,
est quelque chose d'insupportable ? L'exercice de la démocratie mérite un peu de respect... sinon, c'est l'exercice de la démagogie. Si voter sans savoir lire ni comprendre, sans se donner la peine de s'informer au minimum est acceptable, pourquoi retirer le droit de vote aux incapables majeurs ? Entre voter sans savoir et voter follement, la différence est-elle si grande ?

Voter, ce n'est certainement pas une obligation, et je ne souhaite pas que cela le devienne. Voter, c'est un droit - et comme tout droit, il s'accompagne d'un devoir.

Selon lui, beaucoup de coups tordus dans ce milieu. Mais au fond, entre politiciens, ils se soutiennent, quelque soit leur couleur - personne ne veut casser la baraque.


VIII - Les données de la psychologie


De nombreux articles et ouvrages scientifiques ont été publiés sur la manière dont le cerveau fonctionne. La plupart du temps, à l'insu de la conscience. Quelques impressions inconscientes, et le jugement est déjà fortement orienté. J'ai d'ailleurs écrit plusieurs posts sur le sujet (par exemple "c'est vraiment moi qui décide", ou la série sur Gazzaniga)

Ce qui m'interroge, c'est que l’État a rendu obligatoire le "cv anonyme". Elle exige en quelque sorte des employeurs plus de rigueur et moins d'affect dans leurs choix. Démarche qui a ses limites, mais intéressante. Mais que fait-il pour qu'il y ait plus de rigueur dans l'élection d'un président ? Tu imagines le cv anonyme pour les candidats...? Personnellement, je serais pour.

J'ai souvenir d'un directeur d'une grosse entreprise alimentaire. Il déclarait sur BFM que dans un an, grâce à la campagne qu'il allait organiser, le nombre d'américains qui mangerait du yaourt passerait de 10% à 15%. Il était formel. Ce type-là allait forcer (mais oui, c'est quand même un peu forcer, ils n'ont rien demandé, les futurs bouffeurs de yaourts) vingt millions d'américain à modifier leur régime alimentaire. C'est dire la puissance de la publicité (et de l'argent). Le pire étant que si tu demandes au consommateur comment il a pris sa décision, il répondra toujours : librement !

Ces faits sont connus et ne sont pas contestés. Peut-on continuer à laisser voter les gens sans que l'exercice de la démocratie ne soit quand même un peu protégé des manipulations médiatiques et autres ? Est-ce qu'on peut continuer à faire comme si la connaissance que nous avons de ces mécanismes n'existait pas ? Je sais que la ligne entre persuasion et manipulation est difficile à tracer. Mais plutôt que de persuader, est-ce qu'on ne devrait pas essayer de démontrer ? Pourquoi ne pas essayer ?

L'autre jour, il a été opposé à un scientifique de la société civile "tout juste tombé de sa paillasse" : le pauvre, il a tout fait pour hérisser les électeurs, il ne faisait vraiment pas le poids...


IX - L'incertitude actuelle sur les futurs résultats n'est pas une péripétie, c'est un signe grave d'inadéquation du système.


Hélas, je n'ai pas de solution à proposer. Le but de ce post est seulement d'affirmer qu'on est dans un mauvais système, et qu'il n'y a pas de solution simple a priori. De dire que des gens vont élire un président n'importe comment et que leurs bulletins n'ont pas grand sens.

Et d'une certaine manière, de prendre la défense des politiques - non que je les aime, sincèrement j'aurais plutôt tendance à les mépriser tout en admirant leur persévérance. Mais les reproches qu'on leur fait sont injustes, car ils sont ce que nous les faisons : des gens prêts à tous les compromis, des séducteurs, des menteurs, des crabes dans un panier. Ils sont notre caricature. On a les politiques qu'on mérite.

Comment pourrait-on d'ailleurs réformer le système, puisque celui qui serait chargé de cette réforme aura obtenu sa place grâce au système actuel. Ça m'évoque Gorbatchev-le-kamikaze qui a fait sauter l'empire soviétique et qui a disparu sous ses décombres. Extraordinaire exception ! On ne trouvera pas de kamikaze pour faire de telles réformes en France.

La reconnaissance d'un vote blanc à plus de 50% aurait l'intérêt d'illustrer la volonté de changement de personnel politique du pays. Elle obligerait à chercher d'autres hommes, d'autres solutions. C'est compliqué, mais c'est à réfléchir.

Une amélioration, ce serait de faire baisser la pression médiatique sur la fonction présidentielle. Mais comment faire ? Si seulement on pouvait avoir une famille royale qui se charge de l'apparat - comme la plupart des pays d'Europe ! Pour que nos présidents soient moins sous les projecteurs et se la pètent moins...

Et comment faire pour que l'homme politique ne soit pas obnubilé par sa réélection ? Allonger la durée des mandats pour éviter l'obsession des politiques pour leur réélection ? Cette idée n'a pas le vent en poupe - c'est tellement plus drôle quand ça tourne, changement d'herbage réjouit les veaux. Quand les gens votent, est-ce qu'il y en a beaucoup qui se sentent important, au dessus de celui qui sera le chef l'instant où ils jettent le bulletin dans l'urne ? Une sorte de revanche des médiocres ? Je n'en sais rien. Lors du vote sur la durée des mandats, 70% des électeurs s'étaient abstenus, mais 70% des votants avant demandé la réduction à cinq ans. Cinq ans, tu crois que c'est suffisant pour réformer un pays ?

Toutes ces remarques, je suis bien certain que d'autres les ont faites avant moi, qu'elles ont été débattues. S'il n'y a pas de propositions dans les directions que j'ai proposées, c'est sans doute qu'il y a des inconvénients que je n'ai pas mesurés. Il y a une possibilité pour que ce soit (aussi) parce qu'elles dérangeraient l'establishment politique et journalistique. 

Mais se battre tout le temps, c'est épuisant. Parfois il rêve de tout laisser tomber, et juste dormir, dormir...

 

X - Modifier le recrutement du personnel politique et mettre un peu de science au pouvoir ?


Si seulement on pouvait recruter différemment les candidats ! Je suis convaincu qu'un scientifique a un abord plus prudent, plus réfléchi, mais aussi plus global qu'un juriste ou un économiste (ou un sciences-politicien ou un énarque littéraire). S'il fait de la recherche, il doit inventer, il doit être imaginatif. Sa formation l'incite à avoir de la rigueur. Et même s'il y a des exceptions, il doit être honnête intellectuellement - ça fait partie du cursus quand on apprend la science.

Autre point positif, un scientifique n'est pas impliqué dans les circuits financiers (sauf, le pauvre, quand il doit passer la sébile pour avoir des crédits…)

Au lieu d'avoir des administratifs qui demandent (trop rarement) leur avis à un scientifique pour n'en tenir compte que lorsque cela les arrange, on aurait l'inverse, des scientifiques qui feraient mettre en application leurs directives par des administratifs.

Mais je rêve, bien sûr. D'abord parce qu'un scientifique a d'abord envie de faire de la science, et on ne peut pas le forcer à faire autre chose. Ensuite, parce que les foules ont besoin d'être séduites, et que la séduction scientifique n'est pas de celles qui plaisent aux foules.

On n'en sortira pas. Dès qu'il y a suffrage universel, il n'y a que deux possibilités. Élire des cons, des aventuristes et des fous. Mais ça, le système des partis l'évite à peu près. Ou élire des gens prêts à tous les compromis, médiocrement compétents qui ne modifieront jamais le système dont ils sont issus.



Il sait qu'un jour il sera vieux, il se fera balancer. Et il se demandera : j'ai fait quoi de ma vie ? Toute ma vie, j'ai tenté de plaire aux imbéciles. Quel idéal...


XI - Hommes d'état scientifiques


Pourtant, des hommes d'état qui ont eu une formation scientifique, il y en a déjà eu.

- Napoléon a fait des maths à Brienne, à l'école militaire. Il a pas mal déconné et ce n'était pas un vrai scientifique. Quand même, il a apporté quelques trucs intéressants comme le Code Civil, une bonne organisation de l'État - bref, des constructions rigoureuses. Mais bon, pas le meilleur exemple de scientifique.

- Raymond Poincaré, cousin du mathématicien génial Henri Poincaré, était polytechnicien. Tout comme Sadi Carnot et le président Lebrun. De Gaulle a aussi eu une solide formation en maths. On s'accorde à dire que ces quatre-là n'ont pas démérité.

- Deux Cavaignac, un Giscard d'Estaing, une Kosciusko-Morizet, j'en oublie certainement (un raton-laveur ?)

- Un personnage beaucoup moins connu, Stanislas Chouchkievich, pourtant intéressant : c'est l'ancien président de la Biélorussie juste après l'éclatement de l'empire, destitué après son élection du fait des pressions pro-russes. Il était docteur en mathématique et en physique, directeur du département de physique nucléaire de l'université de Minsk. Manifestement un type qui allait dans la bonne direction, mais qu'on a empêché…

- Et on a aussi notre Angela, spécialiste en chimie quantique et en statistiques - élue et réélue trois fois… et qui ne brille pourtant pas par sa séduction extérieure.

Bref, l'histoire semble démontrer qu'un scientifique aux commandes, c'est globalement positif.

Ah, j'oubliais ! Le Meilleur des Mondes dont j'ai fait ici l'exégèse enthousiaste. On se rappelle que Mustapha Lalune, le maître du monde auquel est confronté le héros : c'est un ancien scientifique qui a longtemps hésité avant de quitter la recherche pour embrasser une carrière de dirigeant, et se consacrer au bien publique. Efficace, bienveillant quand il le peut, sans illusion et pragmatique. Brave New Huxley


PS : non, ce n'est pas une indication cachée sur mon vote... mais des lecteurs m'ont amicalement demandé si après un constat aussi pessimiste, j'allais voter ; j'ai répondu que oui, il fallait bien faire avec ce qu'on nous proposait ; et pour qui ? a-t-on continué. Je n'ai pas envie de répondre directement, mais je peux expliquer mon raisonnement.

D'abord, c'est sûr que je ne voterai pas pour un ou une communiste - j'ai vu de mes yeux ce qu'ils ont fait en Ukraine et en Russie. Je ne voterai pas non plus pour des gens haineux, tout simplement parce que j'aime pas ça. Je voterai utile, donc pour un grand candidat - il sera trop tard au second tour. Je préfère voter pour quelqu'un qui a un programme détaillé et à peu près chiffré, même si je doute fortement qu'il puisse être appliqué. Et je voterai utile aussi dans le sens où tant qu'à faire, autant voter pour quelqu'un qui soit susceptible d'avoir une majorité parlementaire : voter pour quelqu'un qui sera paralysé par la structure politique, ça ne me fait pas trop envie.

samedi 8 avril 2017

Stranger things n'est pas du tout une série d'horreur et de fantastique !



 Easy Rider à treize ans : ça promet...


Voilà une série qui n'a rien d'exceptionnel, mais qui se laisse bien regarder parce qu'elle est sympa.

Quand j'ai vu qu'elle était classée dans le fantastique / horreur, j'ai eu un mouvement de surprise. Mais si : après tout, il y a un autre monde, des pouvoirs spéciaux, un monstre. Formellement, le classement est bon. Mais faire peur, étonner par une débauche d'imagination, ce n'est clairement pas le projet du film - c'est juste un prétexte.

En réalité, l'horreur et le fantastique sont des créations de l'imaginaire des enfants qui sont les héros du film, et si on regarde attentivement, on remarque quelques clins d’œil du réalisateur destinés à le faire comprendre.

Le scénario est simple, banal (même si la fin n'est pas totalement attendue). Bons et méchants portent une grosse étiquette. On retrouve les classiques : la science mal maîtrisée, les méchants scientifiques, le méchant gouvernement, ses sbires trop bien habillés et ses recherches secrètes, l'adulte amical qui a personnellement souffert dans le passé.

La psychologie dans cette série, c'est à peine mieux que Smallville. La prouesse, c'est la délicatesse avec laquelle le réalisateur fait déborder la pré-adolescence vers l'adolescence - juste quelques secondes, avant de revenir en arrière. Pourquoi cette psychologie rudimentaire ? Encore une fois, parce qu'il s'agit d'une création imaginaire pré-adolescente.

Les effets spéciaux sont antiques, avec des genres de toiles d'araignées faites à la bombe et des bruitages que décrit parfaitement le verbe anglais squelch : produire un bruit doux de succion comme si on arrachait quelque chose d'enfoncé dans une boue épaisse. Bon, il m'est quand même arrivé de sursauter une fois au cours de la saison, ce qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps.

Il paraît que cette série fait en permanence référence à des tas d'autres productions datant des années 1980. Je n'ai rien remarqué - pas assez cultivé... Il m'a quand même semblé voir une parenté avec Kyle XY, une série que j'avais bien aimée et qui a été interrompue en 2009 au bout de trois saisons sans jamais avoir de fin (grrrr !) Le point commun : l'apparition d'un ado dans Kyle, d'une pré-ado dans Stranger Things tous les deux venus de nulle part ou... d'un labo de recherche. En réalité, on est dans le cadre classique des "amis imaginaires". Ceux qui ont regardé l'excellentissime Malcolm se rappellent sans doute l'ami imaginaire de Dewey qui inquiète beaucoup sa mère...

Le véritable intérêt de la série, c'est une belle histoire d'enfants et d'amitiés. Un genre de Club des Cinq pour la classe au dessus. On adore les super-vélos avec lesquels les gamins se promènent partout - et quand les garçons foncent sur les chemins, les BMX la jouent Sons of Anarchy, Harley-Davidson… On adore aussi les Donjons and Dragons (qui sont la clé de la série), les serments d'amitié, l'école et le prof de science dévoué - l'école est un véritable personnage dans l'histoire, plus structurant que la famille qui s'est délitée ou n'a jamais existé. Et ça fait tellement de bien dedans quand un vieux coup de surnaturel vient sauver les bons et rétablir la justice - même si c'est totalement téléguidé.

Bref, c'est loin d'être génial, mais c'est très mignon… Et je pense que je jetterai quand même un coup d'œil au premier épisode de la saison deux, à tout hasard. Un petit coup de bons et de méchants, ça rassure et de temps en temps, ça fait du bien.


 L'électroencéphalographe date des Pierrafeu - mais comme le visage de Milly Brown est intéressant !

lundi 3 avril 2017

Marsupil'ennemi


 Quiche administrative apprenant à rebondir sur les propos d'un précédent intervenant
(on remarque le casque, qui porte la trace de plusieurs pets bien visibles).


Je voudrais rebondir sur ce que j'ai écrit dans un post précédent... Oui, rebondir. Et alors ?
- …?
- Ben oui, je suis le genre de mec qui rebondit. Dans ma vie antérieure, j'ai souvent été amené à travailler parmi des administratifs. C'est là que j'ai appris. Dans l'institution où j'allais, il fallait participer à des réunions. Les réunions, c'est des endroits faits pour que tout le monde montre comme il est intelligent.

Un jour, il est arrivé un truc très déconcertant. Je disais quelque chose (pour montrer comme j'étais intelligent), et  j'avais à peine terminé lorsque quelqu'un a enchaîné :
- Oui, tout à fait ! J'en profite pour rebondir…
Et il me regardait de l'air d'un bon chien plein de tendresse, de reconnaissance et de complicité.

Et toc, il s'est mis à rebondir.

Là, bien sûr, il faut que j'explique. La loi de conservation de l'énergie fait qu'il avait pris toute l'énergie cinétique de ce que j'avais dit et l'utilisait à son propre compte. Immédiatement, mes paroles sont tombées sur la grande table comme une poupée de chiffon, inertes. Mais lui montait vers le plafond, rempli de cette énergie qu'il avait absorbée, avec une vitesse magnifique - au point que j'avais peur qu'il ne le heurtât et se fit mal. Comme l'ensemble des autres participant de la commission, d'ailleurs, qui penchaient tous la tête dans le même sens pour suivre sa trajectoire, subjugués par ce rebond.

Au cours des réunions suivantes, la chose s'est reproduite plusieurs fois.

Force m'a été d'émettre quelques hypothèses sur ce phénomène. La première étant que mes collègues venaient de subir une métaplasie qui avait transformé leurs tissus en latex. Ben oui, pour rebondir comme ça, fallait que ce soit du latex, ou de la matière dont on fait les superballs, du Zectron. Comment la vulcanisation du polybutadiène avait été réalisée in vivo à 165 degrés Celsius et sous 240 atmosphère chez mes collègues, je n'en avais pas la moindre idée. Mais le résultat était là : ils n'arrêtaient pas de rebondir.

Il est vrai que la métaplasie n'était pas totale. Ainsi, je les ai vus parler, conduire une voiture, se nourrir assez normalement dans des restaurants voisins de l'institution où nous travaillions, ce qui suppose qu'ils avaient conservé une partie de leur cerveau, quelques coordinations neurales et un tube digestif fonctionnel (et un orifice d'évacuation dont j'espérais pour la femme de ménage qu'il ne fût pas en Zectron).

Un tube digestif fonctionnel…? A la réflexion, j'ai souvenir d'être allé une fois dans l'un de ces restaurants où j'ai commandé un steak. On m'a servi une tranche de pneu de tracteur usagé. Je n'ai rien dit, mais j'ai deviné qu'il y avait une entente secrète entre le patron du restaurant et mes collègues bondissants dont le métabolisme avait manifestement évolué.

Au cours des mois qui ont suivi, la situation a pris un tour très étrange. Le nombre de collègues qui rebondissaient n'a cessé d'augmenter. La salle de réunion offrait un spectacle étourdissant, avec les uns et les autres qui décrivaient autour et au dessus de la table des orbes toutes plus gracieuses les unes que les autres. L'honnêteté m'oblige à dire qu'il y a eu des accidents, des gens qui rebondissaient mal, qui se télescopaient. Mais dans l'ensemble, l'adresse avec laquelle tout le monde rebondissait sur ce qui venait de se dire était éblouissante. Et le plus étrange était que ces rebondissements étaient devenus une passion. Combien de fois ai-je entendu un collègue, l'air gourmand, commencer par :
- J'ai envie de rebondir sur ce que tu viens de dire…

Et hop, aussitôt dit, aussitôt fait, le voilà qui s'éjecte de son fauteuil à une vitesse proche de la vitesse de libération !

Il faut dire qu'on sortait d'une époque moins dynamique, où les gens étaient tout à fait d'accord sur tout ce qui se disait. Demandais-je à quelqu'un s'il habitait Paris, il me répondait que : tout à fait. Bien sûr, j'étais content de cette précision. Car j'aurais volontiers suspecté l'individu de dormir sur le périphérique extérieur malgré le risque de s'y faire écraser, avec de temps à autre le bras voire l'épaule dépassant extra muros, au dessus d'un département de la petite couronne : ce qui aurait démontré qu'il n'habitait pas tout à fait à Paris.

Eussé-je demandé si le dimanche était suivi du lundi, j'aurais appris que cette assertion n'était pas partiellement exacte, mais qu'elle l'était tout à fait. Utile clarification dont tu peux prendre de la graine.

Pour fuir ces certitudes universelles (moi-même, à force de prendre de la graine, j'ai fini par ressembler à un épi de plantain), je me défilais, j'indiquais que j'allais déjeuner - et demandais par politesse si quelqu'un venait avec moi. Malheureusement, il se trouvait toujours un collègue qui répondait qu'il venait, tout à fait. J'aurais nettement préféré qu'il ne vienne pas tout à fait, par exemple juste sa jambe droite, ou s'il voulait absolument avoir une activité digestive, son tube éponyme avec son pied gauche, une oreille et quelques dents. Mais non, il venait tout à fait.

J'essayais alors d'avoir une conversation peu dangereuse, sur un sujet certes un peu vain et mondain, mais où je ne pensais pas prendre grand risque. Sans succès : évoquais-je la distributivité dans l'algèbre de Boole, ou la décomposition canonique, la réponse tombait, invariable : un était tout à fait égal à un. Et j'étais très malheureux.

Bon, si tu ne m'avais pas interrompu, on serait déjà arrivé au but de ce post. Je voulais dire que je m'étais trompé. Pas la peine de hurler de rire. Je sais que je n'arrête pas de me tromper. Mais là, c'est à propos d'un post où j'indiquais qu'on connaissait la taille de l'univers. Je crois même que je donnais un nombre, genre 13.8 milliards d'années lumière.

Erreur ! On sait depuis pas très longtemps (grâce aux relevés faits au cours de la mission Planck publiés en 2015) que la courbure de l'univers est très faible. Sa taille est encore incertaine. Ce qu'on connaît, c'est la distance à l'horizon au-delà duquel on ne peut pas regarder - précisément ces 13.8 milliards d'années lumière que j'évoquais. Cette distance représente l'univers observable.

Je fais donc amende honorable. Il me serait agréable que personne ne rebondisse sur ma bourde. En revanche, un petit "tout à fait, Pascal" me permettrait de manger mon chapeau avec plus d'appétit.

Merci d'avance !


 Madame R..., de la compta, sur laquelle j'aurais bien voulu rebondir


dimanche 2 avril 2017

Quand le physicien trépigne, pleurniche et tape du pied...


- Nous sommes les comiques troupiers chargés de vous distraire pendant cet exposé à la c...

Une définition moderne et minimaliste de la physique

La physique peut se définir comme la science de la matière.

Pas besoin d'évoquer le mouvement, les forces, puisqu'à une bête constante près (le carré de la vitesse de la lumière), M = E, la masse est la même chose que l'énergie. La preuve, on utilise les mêmes unités.

Pas besoin non plus d'invoquer une "dynamique", des phénomènes qui se "produiraient" et qui auraient donc un début, une fin, une durée, car le temps est partie constituante de la matière, il n'existe pas de manière indépendante (d'ailleurs, il semble que la matière se transforme en temps et inversement dans certaines circonstances).

La physique une science. Elle procède donc par des hypothèses qui donnent lieu à des prédictions puis des vérifications expérimentales. Une théorie non vérifiée : exit.

Une théorie non vérifiable exit aussi - et c'est important. Pour avoir un ticket d'entrée dans la connaissance scientifique, il faut qu'il y ait une chance de vérification. Dieu ? Non vérifiable, donc exit. Le multivers ? Humm…

En quoi consistent ces théories vérifiables ? Ce sont des descriptions dynamiques du réel. Dynamiques parce que ce ne sont pas de simples photos : elles peuvent s'adapter à diverses situations grâce à l'outil descriptif qui est utilisé. Cet outil, c'est la mathématique.

On peut se poser la question de l'origine de la mathématique. Existe-t-elle dans la nature ou est-elle une invention de l'homme ? Est-ce que le dénombrement d'une collection d'objets n'existe que dans notre tête ? Est-ce que l'étrangeté des nombres premiers est une construction humaine, ou bien est-ce que les nombres ont par eux-mêmes ces caractéristiques qu'on leur a découvert ? Bien malin qui peut le dire.

Mais il n'est pas forcément nécessaire de répondre à ces questions pour utiliser la mathématique en physique. En revanche, la question du rapport entre mathématique et physique reste entière et doit être examinée.

- Là, l'autre naze, à tous les coups il va parler de trucs qu'il y a dans l'espace !
- Ben oui, il est totalement à côté de ses pompes !

Le rapport entre physique et mathématique

Ça fait toujours bien de citer Einstein… j'aimerais éviter, mais là, il est un peu incontournable. Il dit que ce qui est incompréhensible, c'est que le monde soit compréhensible.

Pas trop de doute sur ce à quoi il fait allusion : le langage mathématique par lequel s'exprimerait la Nature.

La physique pourrait n'être qu'une description verbale du monde, avec des systèmes et des théories, presque sans calcul, à la grecque. Cette physique ne serait pas très performante, mais elle pourrait faire des prédictions. Par exemple dire que le soleil va se lever demain, qu'une pierre qu'on lâche va tomber, ou que la lune sera ce soir dans son dernier quartier.

Ce qui étonne Einstein, c'est que la physique se marie si bien avec les mathématiques. Comment se fait-il que les formules mathématiques collent à ce point à la description du monde. Quel est par exemple le rapport entre U = RI et le phénomène électrique dont parle cette équation. Une bête multiplication. Comment faire plus simple !

Mais la vraie question, c'est : pourquoi est-ce qu'en utilisant le langage mathématique on peut aller plus loin ? On fabrique une formule en mettant dedans une force, une accélération, une pincée de sel, une cuillerée à café de sucre-glace, une constante, on secoue bien fort, on utilise des règles mathématiques (par exemple : si on ajoute la même chose aux deux membres d'une équation, cette équation est toujours valable), et miracle, au bout du compte - alors qu'on est passé par des règles abstraites - on retombe sur nos pieds, on aboutit à une nouvelle formule qui représente une autre facette de la réalité, un truc concret, la description d'un autre phénomène. Magique, non ?


 - Nous, on est des monstres. Alors la magie, on en fait tous les jours.
- Dans nos culottes !

 

Une théorie du tout, pour quoi faire ?

Je suis en train de lire un livre qui date déjà un peu puisqu'il a été publié en 2007. L'auteur tente d'avoir une position équilibrée sur la théorie des cordes. En deux mots, il dit que c'est une théorie toute pourrie, qu'elle n'a pas du tout rempli ses promesses, qu'elle n'a pas été vérifiée, qu'elle a fait travailler l'élite des mille meilleurs physiciens du monde pendant trente ans sans aboutir à un résultat (à part des sous-produits, comme le développement de certaines branches de la mathématique). Et aussi qu'elle a abouti à une stérilisation de la recherche en physique car il était impossible de faire carrière sans être un homme sinon de sac du moins de cordes.

L'auteur, c'est Lee Smolin, et ce n'est pas une crêpe. Il est co-inventeur de la théorie de la gravité quantique à boucles, petite rivale de la théorie des cordes.

La théorie des cordes a pour projet d'unifier la physique : unifier les forces, les particules, les explications, dans une théorie du tout. Mais pour quoi faire ? Est-ce vraiment nécessaire ?

Si on s'occupe de viscosité, on utilise la loi de Poiseuille, et si on s'occupe de thermodynamique, on utilise les lois relatives à l'entropie. Alors quel est le problème ? Pourquoi vouloir unifier à tout prix ? Pour faire zoli ?

Les premiers chapitres du bouquin de Smolin illustrent bien comment les unifications sont la base du progrès en physique. Galilée a unifié le mouvement et l'immobilité, Newton a unifié la chute des pommes et la rotation de la terre autour du soleil, Einstein a unifié le temps et l'espace, la masse et l'énergie. Déjà, ça fait envie. Mais les physiciens d'aujourd'hui ont un problème précis sur lequel ils se cassent les dents, et c'est leur boulot d'essayer de le résoudre : ils sont donc obligés d'unifier.

La première partie du problème, c'est qu'on a une théorie avec des formules mathématiques qui fonctionnent bien pour décrire la gravitation, et qui ont abouti à décrire le réel d'une certaine manière. C'est la relativité généralisée, impliquant la fusion du temps avec les autres dimensions, et surtout, l'absence de "fond" pour décrire l'univers, l'univers étant lui-même son propre fond, un fond plutôt caoutchouteux dont les torsions se traduisent par l'émission d'ondes gravitationnelles.

La seconde partie du problème, c'est qu'on a aussi des formules mathématiques superbes pour décrire d'autres phénomènes physiques - on est là plutôt dans la granularité la plus fine de la matière, avec son zoo de particules de tous genres, bosons et fermions réunis : c'est le "modèle standard".

On vivrait bien avec toutes ces formules pour décrire ce qui doit être décrit là où cela doit être décrit. Là ou ça coince, c'est qu'il y a des endroits dans l'univers où les deux types de phénomènes (gravitation d'un côté, et grains très fins de l'autre) vont être observés en même temps sur les mêmes objets à la même échelle.

- Moi je suis Bohr et je t'emmerde !
- Et moi je suis Einstein et je te pisse à la raie !


 

Parenthèse en forme d'échelles

Je fais une parenthèse sur cette idée d'échelle. Oui, parce qu'il y a un truc très logique et pourtant très intrigant en physique, c'est que la taille compte. Quand j'étais petit et que je regardais les poussières éclairées par le soleil qui traversait les rideaux de ma chambre à coucher, je m'imaginais que chacune des poussières pouvait bien être un monde, avec des habitants microscopiques, des chats microscopiques courant derrière des souris microscopiques. J'avais tort.

Car le grand n'est pas une sorte de multiplication du petit. L'atome avec son noyau et ses électrons est tout sauf une réplique miniature d'un système solaire. La nature est intrinsèquement différente suivant l'échelle à laquelle on l'examine. Ce n'est pas un ensemble de Mandelbrot. Le monde n'est pas proportionnel, et il ne suffit pas de faire des règles de trois en fonction de la taille pour décrire le plus grand et le plus petit.

C'est d'ailleurs décevant. Quand j'ai eu ma première matriochka dans les mains, j'ai été triste de constater que malgré la ressemblance de la plus grande des poupées avec celle qu'elle contenait, elles n'étaient pas parfaitement semblables. Et quand je la comparais avec la plus petite, la différence était horriblement flagrante. Mais je m'en suis remis…

Bref, ce n'est pas étonnant qu'on soit obligé d'utiliser des outils mathématiques différents pour décrire le fonctionnement de la matière suivant l'échelle à laquelle on l'examine. Mais...

 - Je suis payée à l'heure. Et toi ?
- Moi je me suis fait avoir. Je suis payé en nature.

C'est là où le physicien tape du pied…

Mais quand on veut utiliser les lois de la gravitation à l'échelle des particules élémentaires, on tombe sur un bec. Impossible de faire entrer dans une seule formule les méthodes probabilistes des particules avec la description d'un univers sans fond où chaque objet porte son temps propre. Ça coince. Les formules, ce sont des équations, et l'intérêt d'une équation, c'est qu'elle a des solutions. Or, ici, les solutions sont des infinis. Donc elles ne décrivent rien du tout.

Résultat, on ne réussit pas à concevoir certains phénomènes (qu'on appelle des singularités - on trouve ces singularités dans les trous noirs et au début de l'univers, avant l'expansion accélérée). Ce n'est pas un caprice de physicien qui tape du pied et pleurniche parce qu'il doit utiliser plusieurs formules. Non, il est dans la m… parce qu'il n'a aucune équation qui marche, il ne peut pas prédire ce qui se passe et donc il est bloqué. Impossible de décrire la nature à cet endroit.

Dans son livre, Smolin liste les cinq problèmes qu'une théorie du tout comme la théorie des cordes doit remplir selon lui. Il apparaît que la théorie des cordes fournit des réponses dans deux cas sur cinq. Il s'agit alors d'hypothèses théoriques qui "fonctionnent" mathématiquement. Mais sans qu'il n'y ait jamais prédiction ou validation expérimentale.

En fait, il y a des milliers de théories des cordes. C'est encore plus la zone : l'une peut résoudre un problème, mais pas l'autre. J'aimerais maintenant lire un livre avocat de la théorie des cordes. Mais je ne vois pas trop ce qu'il pourrait dire. Pour l'instant, cette théorie, il ne lui reste plus qu'à… trouver une corde pour se pendre. Malheureusement, les cordes, elle n'en démontre absolument pas l'existence.

 - Ah l'autre ringard ! Avec ses plaisanteries sur les cordes qui pèsent cent tonnes !

Éloge de la brouette

Si tu veux bien, je voudrais maintenant revenir sur notre U = RI. Oui, cette formule mathématique permet de prédire des évènements. Mais elle n'explique pas vraiment. Ainsi, on est incapable de faire la relation entre U = RI et ce qui se passe au niveau de l'électromagnétisme quantique.

J'ai eu un prof de physique qui disait des maths que c'était une brouette. Je percevais bien que les maths, c'était utile. Mais il m'a fallu du temps pour comprendre que cette brouette était unique, et qu'elle seule pouvait porter plus loin les concepts de la physique grâce à son formalisme. Sans elle, la physique n'aurait PAS pu sortir de la simple observation de la nature, elle était carrément plantée, elle n'avait aucun moyen de se déplacer. Alors c'est vrai que la capacité de la mathématique à faire avancer la physique est étonnante. Il y a là, entre les deux, un truc subtil, sur lequel il faut sans doute réfléchir. A la suite du bon Albert !

Mais pas de quoi devenir mystique. Après tout, U = RI, il y a des chances pour que ce soit une approximation (et ça, ça me fout le vertige). Car contrairement à ce que disent ceux qui ignorent le fonctionnement des sciences, la physique n'ambitionne pas de trouver la vérité sur la nature, elle cherche seulement à en faire une description la moins fausse possible.

- Et comment on se barre d'ici, maintenant ?
- Y a une bouche de ventilation juste au dessus. Mais faudrait une corde. Tu crois qu'on peut lui demander ?