jeudi 14 juin 2018

Houellebecq et "Les particules élémentaires" : un livre Wiki




Une amie s'étonnait d'une certaine parenté entre mes préoccupations et celles qu'exprime Houelbecq dans "Les particules élémentaires".

Question de génération, tout simplement. Houellebecq raconte la vie d'hommes mûrs d'origine plutôt bourgeoise et passés par l'université, plutôt intello et de culture très française. Il est bien naturel qu'il y ait de nombreux recoupements.

J'ai déjà lu Plate-forme et pour tout dire, je ne me rappelle pas si je suis allé jusqu'au bout, je sais seulement que j'ai trouvé le bouquin accrocheur mais complaisant et rapidement lassant. J'ai aussi lu Soumission : l'idée est amusante, j'ai aimé la provocation, mais la structure est vraiment faite de grosse ficelle, avec beaucoup de remplissage. Je n'étais donc pas très enthousiaste pour un autre Houelbecq.

On m'a incité à jeter un coup d'œil sur les particules et je me suis laissé faire. Déjà, le titre prétentieux, utilisant un lieu-commun de la fascination grand public pour la physique moderne : moyen (au fait, "particules élémentaires", ça ne se dit plus dans les labos).

Ensuite, je me suis surpris plusieurs fois à vouloir corriger le style :
- Zut, il faudrait supprimer ce morceau de phrase, il n'apporte rien, il est en trop...
- Là, ce n'était peut-être pas la peine de faire autant la pute, il vaudrait mieux couper...
- A quoi ça sert de citer des marques ? Parce que le lecteur a utilisé les mêmes, il va s'y croire...?

Etc.

Curieusement, je n'ai jamais eu cette envie en lisant Flaubert ou Sarraute.

Les passages sexuels sont lassants, mais je ne dis rien, peut-être que d'autres seront émoustillés.

Et surtout, pour résumer, on va dire que c'est un livre Wiki : tu sais, ces livres constitué d'articles Wikipédia. Ok, les articles sont plutôt intelligemment retranscrits, Houellebecq les personnalise, et les relie par le fil du roman. Mais la structure affleure et n'a rien de grandiose.

En fait, comme j'ai internet, je préfère choisir moi-même les articles qui m'intéressent...

J'ai jeté très vite… mais j'en ai lu assez, je maintiens mon opinion, et tant pis si on me trouve péremptoire.

...

Tu dis ? Ce livre raconte les mœurs d'aujourd'hui, pose des questions sur le bonheur et la solitude contemporaine, fait une analyse psychologique qui tient la route. Peut-être, mais on disait déjà ça de Paul Bourget en 1918. Tu as lu du Paul Bourget, toi ? Non ? Alors, circule, virgule, ou je t'apostrophe !


mardi 12 juin 2018

Donald, le vilain petit canard


Zut, le médium est coincé, j'arrive pas à le sortir !

Alors que Fox News et CNN nous faisaient vivre minute par minute les préparatifs totalement inintéressants du sommet américano-coréen, je m'interroge sur l'exécration dont Trump est l'objet en France - pire que Poutine.

On connaît ses twits, on a vu sa grande gueule et son épouse qui a tout d'une femme de footballer. On a lu ce que l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme écrivait de Trump. On a aussi beaucoup lu ce que l'homme qui n'a jamais vu l'homme dit de lui...

Mais qui a pris la peine d'aller un peu plus loin ? Certainement pas moi... jusqu'à aujourd'hui. Préjugé de classe pour ce personnage vulgaire. Peur de l'inconnu devant cet engin politique qui ne ressemble ni aux Bush père et fils ni aux Clinton mari et femme. Défiance envers un promoteur immobilier, un présentateur télé qui n'est sorti ni de Harvard ni de Yale. Et je vous mets quoi avec ça ? Une petite culotte en prêt-à-penser, s'il vous plaît !

Si Marine Le Pen avait eu un peu d'envergure, elle l'aurait emporté contre le premier de classe Macron. Car Marine Le Pen est, elle aussi, vulgaire, inéduquée, à l'emporte-pièce. Mais elle n'a ni les épaules ni la persévérance de Trump. En plus, elle ne vient pas de la société civile, c'est tout juste si elle a travaillé hors politique trois ans dans sa vie. Et elle semble trop limitée intellectuellement.


Trump, lui, est malin. Il plait parce qu'il parle le même langage que l'américain moyen. C'est l'anti-langue de bois : il dit tout ce qui lui passe par la tête. Et il change d'avis régulièrement. Résultat, les américains le trouvent plus humain. Il n'est jamais suspect de machiavélisme - il est tellement spontané !

Flûte, le FBI vient de m'annoncer que ce soir, c'était soupe au potiron à la maison...

Et s'il obtient un énorme 45% d'opinions favorables (selon CNN, média pourtant opposé à Trump), c'est parce qu'il fait ce qu'il a promis dans sa campagne. Le mur anti-immigration : il ne renonce pas malgré les difficultés avec les Mexicains. Le retour en arrière sur la "sécu" américaine : il reprend après un blocage temporaire. L'isolationnisme des USA par rapport au reste du monde : c'est en route. Les lois sur les étrangers : c'est par là qu'il a commencé.

Avoir un président qui tient ses promesses et parle comme eux-mêmes parlent, c'est le rêve de beaucoup de français. Quelqu'un qui ne se dégonfle pas. Quelqu'un qui ne joue pas selon les règles. Quelqu'un qui ne volera jamais un centime - car tellement riche ! Si en plus, il barre la route aux immigrants, propose un Frexit et un repli dans les frontières : il aurait toutes ses chances.

Et puis Trump n'est pas issu du monde politique, que les français ne respectent plus. Il faut l'imaginer comme un Bernard Arnaud ou un Vincent Bolloré qui parlerait comme un représentant de commerce.

Alors pourquoi autant d'anti-Trump en France ?


Déjà, les propos insultants vis à vis des femmes lui aliènent une moitié de la population. Le vote des français d'origine étrangère n'est pas pour lui. Le langage fleuri, tout le monde n'est pas fan, on reste encore assez guindé en France. On a une image présidentielle dont le président ne doit pas sortir, mais on l'accuse en même temps de ne pas être près du peuple  (et si tu n'es pas d'accord, casse-toi, pauvre con...)

Il y a aussi la méfiance des français pour les patrons et pour ceux qui réussissent sans être ni footballer ni chanteuse. Différence de culture qui n'est pas bien comprise en France.

L'anti-américanisme fait le reste. Car les français prennent vraiment les électeurs américains pour des attardés. Franchement, après avoir pas mal fréquenté les deux, je ne suis pas certain qu'on ait grand chose à leur envier de ce côté...

Quand on écoute les nouvelles aux USA, la qualité des débats dépasse sans difficulté la quasi absence de débat qu'il y a en France.


Il faut d'ailleurs se rappeler qu'aux USA, l'art du débat est enseigné à l'école secondaire. On donne un thème la veille à deux élèves. Le lendemain, on tire au sort pour savoir qui sera pour qui sera contre. Et on les envoie à la tribune avec toute la classe comme juge.

J'admire la ténacité de Trump et sa manière de dérouter ses adversaires par des provocations - plus calculées qu'on ne l'imagine. Très direct, il est souvent drôle... il suffit d'oublier qu'il est le président de la nation la plus puissante du monde.

Mais en France, un président qui plaisante, ça ne fait pas sérieux. En même temps, l'image présidentielle est régulièrement ridiculisée par les humoristes. On invoque la liberté de la presse, et on les laisse guider l'opinion. Car la moquerie a un pouvoir fort, bien plus fort que le raisonnement : elle a un effet direct, profond. Elle ne demande pas d'effort de la part du rieur, et elle frappe sous la ceinture.

C'est un permis de manipulation de l'opinion, accordé sans restriction. Pourtant, il me semble qu'il y a une différence majeure entre la liberté de critiquer et celle de moquer. La moquerie, qui fait partie des fondamentaux du racisme et de l'exclusion est-elle à mettre sur le même plan que la contestation ?


Ainsi, la loi interdit de dire que dans les prisons, la proportion de blacks et de maghrébins est écrasante. Parce qu'elle craint (à juste titre) que les gens soient incapables d'analyser cette info en termes d'origine sociale, de revenus moyens et d'âge. Le fait brut est néanmoins exact. En même temps, la loi autorise des présentations caricaturales du personnel politique - infondées, mensongères. Qui ne vont pas dans le sens d'une représentation éclairée du peuple par ses élus. Vérité sous le boisseau d'un côté, mensonge au grand jour de l'autre : j'avoue que je ne comprends pas.

Little rocket man is a sick puppy ! dit Trump du président nord-coréen il y a six mois.

(le petit homme-fusée est un chiot déconnant)

Manifestement, Trump a trouvé la parade : c'est lui qui fait le clown, avec un sens de la formule que je lui envie. L'homme m'amuse. Pourtant, je n'ai pas de sympathie pour sa politique. Je trouve détestable sa position sur la prise en charge médicale des classes défavorisées, et son soutien au lobby des armes. Je trouve plus qu'inélégant son comportement vis-à-vis des femmes. Surtout, c'est un homme du passé : il refuse de prendre acte de la mondialisation, qui n'est pas un choix, mais un fait. Il manque de hauteur et de vision.

Mais il ne mérite certainement pas l'excès d'indignité dont on l'accable, et la présentation caricaturale qu'on fait de lui. C'est un homme d'affaire, et sa spécialité, c'est de trouver des deals, toujours les plus intéressants, sans s'encombrer d'autres principes. C'est aux résultats qu'on le jugera - et s'il gère aussi astucieusement le dossier palestinien qu'il a géré le dossier coréen jusqu'ici, il faudra faire chapeau bas. A suivre...

Le sommet s'est achevé. Amusante mise en scène qui laisserait imaginer que les deux hommes ont réglé en tête à tête, en moins d'une heure, un conflit vieux de soixante ans. Évidemment, on ne se laissera pas prendre. Attendons d'abord de voir si le problème est réellement résolu : un échec sera déguisé en succès immédiat dans l'intérêt médiatique bien compris des deux dirigeants. Avant d'être transformé en trahison par la suite.

Bien sûr que tout était déjà préparé à l'avance. Je me suis laissé dire que pendant l'heure qu'ils étaient obligés de passer ensemble, Trump et Kim avaient échangé des cartes Pokemon, avant de faire une partie de morpion endiablée. J'aurais voulu être une petite souris...

Moi, je le trouve un peu corné, ton Picachou, Kim...

PS : tu vas dire qu'avec mes photos détournées, je fais le contraire de ce que je préconise ; regarde bien et dis-moi : l'image de Trump est-elle déformée par mes petites plaisanteries ? Tout le monde sait ce que c'est, une photo ratée...

lundi 11 juin 2018

De l'indignation comme prothèse de cerveau


Leçon 1: regarder droit dans les yeux, moue ironique mais bienveillante, l'air de dire : tu me prends pour une pomme ?

J'ai des amis formidables. Surtout mes amis Facebook. Ils sont extraordinaires. Ils sont cools, plein d'humour, ils sont généreux, attentifs aux autres. Ils compatissent à la détresse des gens et font ce qu'ils peuvent to make the world a better place. Franchement, je ne suis pas sûr de mériter de tels amis, car je me trouve beaucoup plus égoïste et insensible.

Mais il y une chose.

Une chose qui m'agace pas mal me plaît plus que tout.

Ils sont indignés. Pas tous, malheureusement ! Une belle indignation. Noble. Puissante. C'est bien simple, ils sont tellement indignés qu'ils n'ont pas de mots (juste ceux des autres). Mais ils portent à ta connaissance les fulgurances d'un quelconque plumitif qui se répand sur le web.

La chambre des députés n'interdit pas le Triglougloustroupf. Vague d'indignation. Casino fait des bénéfices tout en maintenant son plan de licenciement. Marée d'indignation. Trump fait une plaisanterie stupide. Torrents d'indignation. Etc.

Facebook est un endroit où l'indignation coule à flot. Tu pourrais y naufrager un paquebot, on ne verrait pas les cheminées.

Ce qui est bien, avec ces indignations, c'est que ça dispense de penser. On n'a pas à expliquer, à donner des raisons : on est indigné et ça suffit. L'indignation s'auto-justifie.

C'est ce qui la rend si pratique. Car si le lecteur du billet vengeur ne s'est pas indigné à son tour, c'est qu'il est lui-même indigne. L'indignation, c'est une manière de te forcer à être d'accord sans réfléchir. Le consensus obligatoire. La connivence forcée. T'es mon ami ? Oui ? Alors mange la chenille vivante que je te mets sous le nez. Et discute pas. L'indigné, c'est la forme occidentale de l'ayatollah, bien propre sur lui, sans les babouches.

Avec l'indignation, tu coupes le monde en deux : les bons et les mauvais. Ceux qui sont indignés sont les gentils. Les autres sont forcément des salauds.

Pas la peine de réfléchir : on t'apporte du tout cuit, du tout mâché, inutile de chercher des arguments. Ne prend pas de recul, tu pourrais tomber sur le dos ! Surtout ne donne pas la parole à l'autre, son cas est déjà jugé. Il est présumé coupable - par essence, puisqu'il est le motif d'indignation.

C'est grâce à l'indignation que l'extrême-droite a fait naguère le plein des voix - en véhiculant des histoires hallucinantes racontées par un "homme de bonne volonté issu du peuple", forcé par les évènement à prendre la parole pour dire enfin la vérité ! Il est cocasse de voir que la recette piquée à une formation dont la générosité est discutable, est reprise par un concert de voix très disparates, mais qui revendiquent toutes d'avoir l'apanage du cœur. Du cœur, peut-être, mais pour le cerveau, j'ai des doutes.

Mieux que le protoxyde d'azote : un petit flash d'anesthésie à l'indignation, et hop, ablation complète de la glande à esprit critique. Après ça, t'es plus emmerdé, tu pourras digérer les histoires les plus invraisemblables, gober les chiffres les plus douteux.

Et si par hasard tu avais le mauvais goût de demander les sources, on te renverrait vers le site du plumitif ou ses œuvres complètes pour accéder à l'étape suprême de la connaissance qu'ils ont déjà, forcément... C'est fou le nombre de spécialistes en économie, droit, relations internationales, médecine, diététique, physiologie humaine, éducation, etc. que je connais !

Parce que le copier-coller qu'ils ont fait, c'est juste pour élever le niveau de conscience des gens - "ma réaction à chaud pour les avertir, les informer, les alerter, tu comprends ?"

Euh... balancer des propos incendiaires, des chiffres à la noix, bref, prendre les gens pour des billes, je ne suis pas sûr que ça les éclaire beaucoup !

J'ai sans doute tort de me plaindre. Grâce à l'indignation, je retrouve mes sept ans et la littérature enfantine, avec des méchants qui sont des génies du mal, fourbes, cruels, machiavéliques, riches et sans cœur. Le monde devient tellement plus simple. Si facile à comprendre. C'est magique. Merci Facebook !

Il existe des salauds dans le monde. Des cyniques, des malveillants, des cupides. Plein.

Quand elle les juge, la Justice leur donne la parole, elle entend toutes les parties : elle est aveugle, mais elle n'est pas sourde. L'indignation Facebook est plus expéditive. Elle a le côté sommaire de la justice populaire, avec ses fourches et ses torches, elle-même pas très loin de celle des pays dits totalitaires.

Mais elle n'est pas méchante. Elle est tout simplement bête.

Leçon 2 : supporter avec douceur le manque de respect qu'on témoigne pour ton intelligence, et répondre suivant un format adapté à la compréhension de ton interlocuteur - mais toujours avec gentillesse...

jeudi 7 juin 2018

A un ami qui voit parfois en blanc et noir



"Ils". Ces salauds inconnus, égoïstes qui se gobergent de caviar en conchiant la planète et ne pensent qu'à leurs bénéfices.

"Ils" ont bon dos. C'est plus facile de leur donner une identité même anonyme. Pour les montrer du doigt, déclencher la rage. Ces ordures qui bientôt nous vendront l'air pour respirer. A nous qui sommes les gentils...

Je sais, le monde est essentiellement mené par l'égoïsme et l'avidité. Beaucoup plus rares sont les gens guidés par la curiosité scientifique, l'envie de comprendre, celle de transmettre le savoir, et encore plus rares ceux qui veulent faire du bien.

Mais dire "ils", ça dispense de se poser des problèmes de structure : quelle est cette organisation qui permet de se goberger de caviar en conchiant la planète ? Qui l'a mise en place ? Quelles sont les alternatives ? Comment tient-elle ?

Car le problème, c'est que ce "ils", c'est aussi nous, même si nous n'avons pas de caviar sur la table. Le simple fait de mettre une petite épargne sur un compte qui rapporte, dans une assurance-vie, et nous participons au système : nous sommes dans l'engrenage, nous cotisons au salaire des brokers. Le simple fait d'aimer les belles voitures, les appareils photos ou les vacances à l'étranger : nous sommes dans la consommation. Et quand on râle sur nos impôts ou qu'on se réjouit de la baisse du chômage, on doit savoir que c'est le résultat de l'échec de la vente de Rafales, ou la construction de trois TGV en Chine en fermant les yeux sur la censure et la répression.

Car tout est intriqué, bien plus qu'on ne le pense. D'abord, les économies de tous les pays du monde. Ce qui est très bon dans un sens : les marchands ne veulent pas de guerre : une guerre, c'est la fin d'un marché, sauf pour les marchands de canons. La paix mondiale ne tient pas aux décisions des grands pays, mais à l'intérêt des grands groupes. Détruire la Syrie, ça, on peut quand même : ils ne produisent que des babouches, et quand on aura fini, on enverra Bouyghes reconstruire, ce qui fera du bien à l'emploi. Juste à déplorer une baisse de la vente de tablettes pendant les bombardements.

Les grands groupes ont l'art de faire des otages. Ton Samsung, ton Apple qui ne te quittent plus, ils peuvent paraître chers. Pourtant, si tu réfléchis à ce que représentent ces merveilles technologiques en termes de R&D, ils sont bon marché. Mais ils leurs permettent d'acheter ton temps, celui que tu passes à regarder les pubs - malgré toi. Ils leurs permettent d'acheter ta mémoire, comme ils loueraient une place de parking. Si je te demande de citer cinq marques de smartphones, ce sont celles qui font le plus de pub qui reviendront en mémoire.

Trois marques de lessives... Et trois marques de lunettes... Bordel, mais regarde la merde qu'on a dans la tête ! Est-ce qu'on a besoin de savoir ça ?

Car la mémoire est souillée. A force d'être violée tous les jours, elle est remplie d'opinions et de préférences qui n'ont pas grand chose à voir avec ce que tu es. Jamais tu ne choisis : on guide ton choix. On te donne l'illusion de décider pour Apple ou Samsung - ou Huaei. Chacun correspond à un marché, à un profil de consommateur. La connaissance que tu as de ton environnement matériel, elle t'a été inculquée de force, tu es l'oie qu'ils ont gavée. Et maintenant, même si tu t'en défends, tu es dépendant de la technologie, tu es dépendant des grandes marques. Intrication...

Essaye une seconde d'imaginer la clarté du cerveau de ton arrière-arrière grand-père. Le beurre dans son assiette était sans marque. Sa voiture à cheval sortait d'un atelier local. Jamais il n'avait vu une chemise Lacoste. Les seuls noms propres qu'il avait dans la tête étaient ceux de ses amis et connaissances, et de quelques personnages célèbres.

Je ne prône pas un retour en arrière, la bougie et la marche à pied. J'aime le progrès. Je trimballe les deux cents bouquins de ma liseuse dans une seule poche. Je suis content de ne plus être obligé de donner accès à mon compteur : ma consommation est automatiquement télétransmise. Il n'y a pas de jour où je ne consulte Google à la recherche d'une information. Pas question de vivre comme mes grands parents.

Tu dis que les grands groupes conchient la terre et s'enrichissent. C'est vrai, mais ils le font aussi pour nous, pour que notre abonnement internet soit bon marché, pour que notre facture d'électricité ne crève pas le plafond. Le bureau de recherche et développement de Google fait des miracles pour qu'on trouve plus vite, et plus pertinent. Si les voitures n'étaient pas produites à des milliers d'exemplaires, elles coûteraient bien plus cher et je n'aurais pas les moyens d'en acheter. Les économies d'échelle, nous en profitons énormément - et les économies d'échelle, ce sont les grands groupes. La diffusion du progrès technologique, ce sont les grands groupes.

L'intrication des problèmes est telle qu'il est quasiment impossible d'agir. Les politiques qu'on a trop vite fait de dire pourris sont dépassés par des forces qu'ils ne contrôlent pas. Il ne faut pas pour autant délaisser la politique. Il faut simplement ne pas en attendre plus qu'elle ne peut donner.
- La solution, ce sont les groupes antimondialisation…?
- Ceux-là, ils ont tout faux - en partant de constats justes. On ne fera jamais rien en proposant des solutions rétrogrades, en niant l'accélération des communications et le global village. C'est une forme de repli sur soi qu'ils proposent.

Au contraire, il faut être ultra-mondialiste, parce que c'est le sens de l'évolution technologique. Il faut penser à des solutions globales - sur le plan social, économique, fiscal, etc. pour reprendre le pouvoir sur les grands groupes. Les empêcher de toujours trouver ailleurs un paradis qui leur permet d'échapper aux contrôles, au fisc - aux hommes.

Je ne prône pas la conquête du monde par le prolétariat de tous les pays. L'idée a fait long feu, et l'expérimentation a donné des résultats catastrophiques. Mais je prône une internationale. Constituée de qui ? Des consommateurs qui veulent reprendre la main. Dans quel but ? Modifier la structure économique du monde. De quelle manière ? Par l'instauration d'un pouvoir supranational fort mais modéré - on n'est pas là pour couper des têtes. Un pouvoir démocratique et disposant du pouvoir de contrôler l'économie, le système bancaire et les structures sociales - et par ricochet l'écologie.

Reprendre le pouvoir : c'est ça qu'il faut faire. Car pour l'instant, nous sommes à la remorque !


Alors crier sur les méchants, pas sûr que ça serve à grand chose - sinon donner bonne conscience. J'ai tout lieu de penser que si j'étais à leur place, je ferais pareil. Tout simplement parce que je serais eux. Et toi aussi, forcément.

Brooklyn : petit pays de consommation tranquille




samedi 2 juin 2018

Tout sur ma perversion sexuelle (avec des photos compromettantes)


Oui, on va voir des photos d'insectes - collection personnelle. Tu comprendras plus loin pourquoi...

Salut, bande de pervers-narcissiques ! Une amie m'a dit la perversité supposait naturellement le narcissisme. Être pervers, dit-elle, c'est nier l'existence de l'autre, et donc ne se centrer que sur soi-même. Pervers, donc forcément narcissique !

Pas d'accord...

D'abord, il faut n'utiliser le terme de pervers qu'avec la plus grande prudence : bien trop ambigu.  Le mot connote pour l'immense majorité des gens qui ont tendance à confondre la perversion (sexuelle) et la perversité (malignité). Qu'on le veuille ou non, profond dans sa tête, on a tendance à mélanger.

C'est pourquoi les perversions sexuelles, on les appelle maintenant paraphilies. Un paraphile : tu penses tout de suite à un mec qui fait collection de parapluies. C'est tout de suite plus léger, et ça fait même assez gai... alors que le pervers sexuel, tu l'imagines avec de la graisse malsaine, les doigts boudinés, la poignée de main moite, le visage torve, le regard louche, les dents vertes, tout ça emballé dans un grand imperméable mastic et des fixe-chaussettes.


De toute manière, pour l'instant, ne sont considéré comme pervers sexuels que ceux qui ne peuvent parvenir au plaisir qu'en pratiquant leur perversion. Si tu aimes bien recevoir une fessée, que ton jules porte un slip tarzan, ta julie des porte-jarretelles - ou l'inverse - tu n'es pas forcément pervers, sauf si c'est le passage obligé pour t'envoyer en l'air.

Il faut dire aussi que la définition des perversions a bien évolué depuis Krafft-Ebing. L'homosexualité, par exemple, ne fait plus partie des perversions depuis vingt-cinq ans. La manière dont on considère beaucoup d'autres perversions a changé. Raison pour laquelle elles vont disparaître progressivement des classifications internationales des maladies mentales. Ainsi, transsexualisme, sadomasochisme seront bientôt retirés de la CIM 11.

Ce qui souligne la fragilité du savoir psychiatrique, puisqu'il puise nombre de ses définitions dans la culture du moment.


On observe encore un autre glissement. Seule sera considérée comme pathologique la perversité avec laquelle on pratique la perversion. Prenons l'exemple du sadomasochiste. Il faut l'être tout en douceur, sans une once de méchanceté… car le sadomasochisme n'est, paraît-il, qu'un jeu de rôles, une mise en scène de rapports de domination et soumission sans intention de faire mal. Tu connais l'histoire ? Le maso dit au sadique : "Fais-moi mal !" et le sadique lui répond : "Noooon !"

La dimension sexuelle n'aurait donc plus d'importance. Ce qui pose la question : est-ce la fin des perversions comme maladies ?

La nécrophilie pose des problèmes du fait de la législation sur les cadavres, mais on n'a jamais vu une victime porter plainte. L'ondinisme n'a jamais fait de mal à personne. De même, la coprophilie, le voyeurisme, les pratiques de soupeurs, j'en passe et des meilleures. D'après ce que m'ont avoué certaines amies, l'exhibitionnisme peut contribuer à l'éducation des jeunes filles. La gérontophilie aurait même un côté bon samaritain.

Et je ne parle pas de l'onanisme, rudement condamné par l'église et la morale publique à défaut des tribunaux il y a encore un demi-siècle ("si tu fais couler ton corps, tu ne pourras plus avoir d'enfants quand tu seras grand et en plus, tu seras névrosé... ah p...ain, maintenant je comprends tout !)


En revanche, le viol n'a jamais été considéré comme une perversion. Il y a un siècle c'était même l'inverse : le signe d'une vigoureuse santé. Il n'existe donc qu'en tant que crime. Pourtant, les violeurs en série peuvent-ils avoir du plaisir autrement qu'en violant, ce qui en ferait des personnes tout à fait normales - et à contrario des malades si le viol est leur seule manière d'obtenir du plaisir ? Mais s'ils sont malades, est-ce qu'on doit les soigner…? Est-ce qu'on peut les soigner...?

Pédophilie, même combat. Il paraît qu'un nouveau courant explique que les pédophiles ne sont pas moins victimes que coupables de leur penchant. Même s'ils ont une action dévastatrice sur les enfants ("certains enfants, mais pas forcément tous, et à des degrés très divers" disait un ami qui est mort, et auquel on peut difficilement jeter l'opprobre). C'est clair, ça ne doit pas être rigolo tous les jours d'être pédophile.

Bref, avec les perversions, on est dans un domaine bourbeux où l'on voit que le Droit suit en partie une psychiatrie qui elle-même obéit aux injonctions de la société. On est loin des examens de labo.


La perversité fait moins question, même si son cousinage avec tout ce qui est considéré comme anti-social pose aussi un problème de limite. J'ai souvenir d'un grand débat, les américains introduisant la sociopathie dans leur classification propre, ce qui avait indigné les européens, soucieux de ne pas médicaliser des actes antisociaux... comme on l'avait fait le bon Nikita en Union Soviétique dans une optique humanitaire ! Car la médiane de survie à la maison jaune - l'hôpital psychiatrique - est bien plus élevée qu'au goulag au fond de la Sibérie...

Posons d'abord que la "bonne santé" se définit non pas comme une norme, une moyenne ou une médiane, mais comme un état de satisfaction global, quelle que soit la position de l'individu sur les courbes de fréquence de ses fonctionnements. En bref, on peut avoir un fonctionnement marginal et être plus heureux qu'un individu standard.

Pour ce qui est de la sphère sexuelle, tout ce qui est accompli seul ou avec des partenaires en capacité de donner leur consentement n'appartient pas à la définition du pathologique. Sauf si l'individu lui-même souffre de sa particularité. Mais peut-être en souffre-t-il essentiellement par le regard qu'on a sur lui ? La cougar semble porter assez facilement son horrible dépravation, alors que le vieux beau amateur de chair fraîche baisse la tête...

Pour ce qui est de la perversité, le pervers ne souffre pas, c'est l'autre qui prend. En retour, le pervers peut se retrouver isolé, en difficulté avec la société, mais rares sont les cas où il est en "souffrance psychologique" - c'est un peu la définition.


Exception faite pour l'exhibitionnisme, la Loi n'a rien à voir avec la répression des déviances (au sens : éloignement par rapport à la norme) et encore moins leur illusoire traitement. Elle ne réprime que la violence.

Pourtant, elle peut être amenée à intervenir dans le domaine de la vie privée. Imaginons que soudain, l'humanité entière se passionne pour des leurres sexuels (robots, etc.) avec pour conséquence une diminution massive du taux de reproduction. La Loi pourrait réglementer l'usage de ces leurres, de même qu'elle peut interdire de tuer les requins du fait de leur raréfaction. Ce qui n'implique pas que les tueurs de requins soient de grands malades mentaux. Et en théorie, que les utilisateurs de robots sexuels soient des déviants.

Le problème, c'est qu'il y a souvent des amalgames... Ce qui est puni par la loi est négatif pour la communauté. Mais est-ce forcément mal sur le plan moral, au niveau personnel ?

Alors pourquoi ne pas nettoyer la pratique judiciaire de toute cette dimension morale, en ne gardant que son aspect utilitariste pour l'ensemble de la communauté humaine ? Ne jamais punir pour punir, mais faire tout ce qu'il faut pour préserver la société ? Ce n'est sans doute pas si simple, mais on pourrait un peu essayer, quand même ?

Pardon de ce gros détour pour en arriver aux pervers narcissiques. Appellation ronflante qu'on doit bannir de toute conversation... avant qu'elle ne tombe en désuétude. En effet, sauf à l'utiliser dans un sens humoristique, elle n'apporte rien de plus, rien de neuf. Elle désigne les personnes qu'on qualifiait auparavant de manipulateurs, terme qui n'est lui-même pas très ancien - une mode des années 60 qui a fait fureur… et flop. Et qui ouvre un autre chapitre assez compliqué, car la limite est ténue entre les séducteurs, les diplomates, les arrondisseurs d'angles, les mains de fer dans un gant de velours, le service marketing… (cf. mon coup de gueule contre le marketing ).

L'appellation pervers narcissique ne fait référence qu'à quelques rares écrits psychanalytiques des années 80. Elle n'appartient à aucune classification. Ce n'est que du vent : une mode sinon une escroquerie.


Mais y a-t-il un lien entre perversité et narcissisme ? A priori aucun.

La perversité équivaut à la malignité (même s'il existe aussi une définition plus sexualisée de corruption et de dépravation). Le pervers ignore l'autre et sa souffrance par définition.

Le personnage mythologique de Narcisse est amoureux de sa propre image et finit par en mourir. Nous connaissons tous des gens qui ne peuvent passer devant une vitre sans regarder leur reflet. Narcisse est leur porte-drapeau. Il a fallu que Freud s'en mêle, dérive le sens, et parle de narcissisme originel, période de la vie de l'enfant auquel il prête, comme d'habitude, bien plus que ce que montre l'observation.

Alors pervers narcissique ? Juste un embrouillamini de psychanalystes, une juxtaposition sans aucun intérêt pratique ni même théorique, pour impressionner les gogos.

Si tu veux, le pervers narcissique, c'est juste un mec qui fait un croche-pied à un cul-de-jatte en remettant sa mèche dans un rétroviseur.

*          *
*

Désolé, ce post est un fouillis indescriptible. Et comme je vis complètement à l'écart de l'actualité, j'ai bien peur qu'il ne se borne à enfoncer des portes ouvertes. Je te supplie donc de bien vouloir m'accorder ton indulgence...


Et maintenant que j'ai bien plaidé ma cause, je peux t'avouer, j'ai une vraie perversion : j'enc... les mouches. Et pas mal d'autres insectes.


mardi 29 mai 2018

Mamoudou Gassama : un titre de séjour gagné à la force du poignet




Un ami officier médaillé fait des pieds et des mains pour obtenir un permis de séjour pour son épouse étrangère. La procédure traîne. Alors qu'il suffirait de consulter ses états de service pour savoir à qui on a à faire, on enquête sur son honorabilité, pourtant hors de doute. Ce n'est pas une gamine maquillée et couverte de dauphins tatoués sur les épaules pour qui il sollicite un permis. Alors pourquoi lui faire des ennuis ?

Un égalitarisme stupide veut qu'il passe les fourches caudines sous lesquelles se plient les africains arrivés avec soixante euros en poche, au passé introuvable.

Justement, un africain sauve un enfant devant des caméras : il bénéficie en deux jours d'un titre de séjour pour son acte héroïque. L'ami officier l'a mauvaise, et je le comprends. On serait amer pour moins.

Mais comment s'est décidé l'attribution du titre de séjour ?

Sur une soustraction :
        nombre de points de popularité en plus
      - nombre de points de popularité en moins
     
Si le résultat est largement supérieur à zéro, on fait. Sinon, on ne fait pas.

Y a-t-il encore tant de monde à croire que la politique se décide autrement ?

Pour être élu, et ensuite pour faire des réformes, il faut être populaire.
Pour être populaire, il faut faire plaisir à une majorité des français.

Sinon, impossible de faire des réformes.
Impossible de tenir les promesses électorales.

Est-ce que nous, électeurs de base, nous voulons que les promesses électorales soient tenues ? Oui, forcément. Pour pouvoir juger sur les résultats. Même si nous n'avons pas voté pour le candidat - car nous respectons le verdict des urnes. Aussi médiocre soit-il, c'est le moins dangereux, le moins mauvais.

Donc il faut que les réformes soient faites. Donc il faut que la rue et l'opinion publique ne s'y opposent pas. Donc il faut qu'une majorité de personnes soient contentes.

La règle du jeu, pour pouvoir réellement gouverner (et non pas se maintenir simplement au pouvoir comme le précédent président), c'est de faire plaisir au plus grand nombre sur des petites choses pour pouvoir en faire de grandes.

Qu'on soit d'accord ou non sur le projet du président actuel, peu importe. Dans notre pays, le pouvoir est démocratique. Si la démocratie n'est pas directe, elle n'en est pas moins fragile et tributaire des mouvements sociaux.

L'alternative serait de n'avoir pas une démocratie, mais un pouvoir autoritaire. Est-ce cela que nous souhaitons ?

Si nous voulons rester en démocratie, laissons passer ces petits jeux d'image, ces concessions au bon cœur, cette vox populi qui dit noir aujourd'hui, mais dira blanc demain.



mardi 8 mai 2018

Good Behaviour : la sale américaine



Letty, l'héroïne de cette excellente série a vraiment une sale gueule. Une gueule banale d'américaine vindicative, avec un regard de serpent, et parfois, des expressions très cons. Ajoute une voix basse détestable, le contraire de sensuelle, et cet accent déplaisant qu'ont beaucoup d'américaines : elles parlent avec un sac de couchage roulé sous la langue, ou comme un roquet qui gronde. Mais cela ne l'empêche pas d'être jolie - au moins sexy - quand elle est maquillée et parée : impressionnante métamorphose. Letty, c'est un super-personnage.

A côté, on trouve sa mère, qui a carrément une gueule de raie - peau ravagée, voix cassée par le tabac, et une touche que même les américains qualifieront de vulgaire - ils ne sont pourtant pas bégueules. Pour te dire, à côté, la femme de Trump à la classe de la reine d'Angleterre.

Cette mère anime un téléphone sexy pour les sexa. Quand on voit sa maison, on devine qu'elle a plumé ses ex-maris. Elle a le caractère d'un crotale, en moins suave mais en plus avide.

Dans la famille Déglingos, je demande la mère...

Letty est alcoolo, toxico, escroc, klepto… et pas moderato. Manipulatrice amorale, elle n'a manifestement jamais foutu grand-chose de sa vie - il faut dire qu'elle a passé un certain temps au gnouf.

Il y a aussi l'amie d'enfance, prix de beauté de chef-lieu de canton avec le gingin d'une palourde. Et la terrifiante fille du FBI, concentré de sécrétions murales de pénitencier.

Je demande l'amie d'enfance...

Les mâles de l'histoire ne font pas tellement mieux. Un tueur en série, un acteur porno repenti, un ancien prof couillon jeté de l'éducation pour alcoolisme. A la limite, le plus frais, c'est le bon plouc de Caroline du Sud, un état peu renommé pour ses intellos - plutôt pour ses red necks et ses petits blancs. Le bon plouc se contente de vendre des tondeuses, de faire des blagues salaces, d'être con et alcoolique "comme tout le monde". Je passe sur l'avocat - no spoilers - qui n'est pas clair non plus, c'est le moins qu'on puisse dire.

Pour corser le tout, trois graines de dissonance raciale moulues fin (il faut quand même faire attention). Au fait, Letty, qui est blanche comme un bidet, porte un nom généralement porté par des black aux États-Unis - Letty est le diminutif de Leticia. Tout est dans ce genre de petits ratages.

- Ça te donne envie, j'espère ?
- C'est pas un peu trop, quand même…?
- Pas du tout, ça passe comme une lettre à la poste. Le contexte, l'immersion... Je ne suis pas en train de te dire que c'est vraisemblable. Mais c'est acceptable… et pour le moins distrayant et original.

Car pour une fois, les scénaristes ne jouent pas sur le désir de résolution positive du spectateur. La jubilation quand le bon "y arrive". Ni sur l'ambiguïté des méchants qui (au fond) sont bons, ou sympathiques malgré tout, et qui finissent par gagner… ou perdre en beauté. Ni sur les gentils qui font le bien en utilisant des méthodes peu orthodoxes. Pas les ficelles habituelles. Ça marche autrement.

Letty n'en rate pas une pour se mettre dans la m… Elle y réussit très bien. On comprend qu'elle est incapable de résister, c'est une loque, une loque intelligente, mais une loque quand même - et c'est grandiose ! On assiste au spectacle de sa chute et de ses efforts pour se relever, comme un insecte tombé posé à l'envers : ça y est, encore un effort, tu y es presque… Et toc, je te pousse du doigt et tu retombes sur le dos, avec tes petites pattes qui s'agitent ridiculement…

Cette série m'évoque Eastbound and down, l'histoire d'une célébrité du baseball déchue, complètement beauf et has been, mais qui s'y croit encore - série dont j'ai connement négligé de faire la recension car trop vulgaire, je me sentais honteux de l'avoir regardée jusqu'au bout ! La différence entre Eastbound et Good behaviour étant que la première est une série comique (comique assez bas de gamme).

Bref, Good Behaviour, ce sont des acteurs excellents, une bonne musique, du suspens à forte dose - tout simplement parce que tu te demandes comment elle va encore se casser la gueule. J'ai eu la crainte inverse en regardant l'épisode 8 de la première saison. Tout le monde devenait un peu gentil, ça commençait à s'arranger, l'angoisse : on sentait l'approche du grand méchant mou. Et puis c'est reparti à la baisse, Letty a tout fait foirer… ouf !

Bien sûr, tout cela n'aurait aucun intérêt s'il n'y avait pas d'humanité dans ce paquet de merde...

Maintenant, tu as compris comment elle fonctionnait, cette série ?

Blonde et bien radasse : un régal !