vendredi 9 novembre 2018

Paris est-il encore une fête ?


Fête déguisée sur l'esplanade des Invalides un soir de juin naguère. Diapo. J'avais toujours mon reflex sur moi...

"Paris est une fête" est un livre d'Hemingway. Il y raconte sa vie et ses relations avec des artistes célèbres dans le Paris des années 20.

J'avais déjà lu ce livre il y a longtemps, et je n'en avais qu'une vague réminiscence. Compréhensible car ce livre de souvenirs ne laisse pas une empreinte marquante : il n'y a pas de "pitch" comme on dit aujourd'hui. Hemingway y évoque son amitié avec Gertrude Stein, Scott Fitzgerald, le peintre Pascin, Joyce, Ford Madox Ford (dont je n'ai jamais rien lu) ou encore le poète et critique Ezra Pound (idem).

Il raconte la joyeuse pauvreté dans laquelle il vit, qui lui permet d'habiter dans le cinquième arrondissement de Paris, de faire de la Closerie des Lilas sa cantine, de fréquenter les Deux Magots, de boire force canons au restaurant. Et de ne sortir du quartier que pour aller jouer aux courses à Enghien ou passer plusieurs mois aux sports d'hiver dans les Alpes autrichiennes. Tout en étant parfois obligé de sauter un repas. Tout cela nous semble maintenant incroyable.




Ce sont des livres comme celui-ci qui m'ont fait "monter" à Paris, pour ne pas mourir idiot... Le quartier latin sentait encore la pipe de Sartre. Le long spectre de Vian hantait la Huchette. Zazie courait dans le métro. Le Dôme était un temple où j'allais religieusement me faire servir un café parmi les ombres... J'étais naïf !

J'ai adoré cette ville quand j'habitais rue de Turbigo, en face du restaurant américain Jo Allen où l'on mangeait des T-ribs. Un sixième étage sans ascenseur, un escalier de service où j'avais réussi à faire monter mon piano à queue "sur le clavier", c'est à dire la queue à la verticale... après avoir scié un petit bout de rampe qui interdisait de franchir les derniers mètres ! Merci monsieur Cassais, spécialiste du piano difficile...

J'aimais le béton, le grand escalator des Halles qui plongeait au tréfond de Paris, comme en enfer. Le caboulot arabe où le patron ramassait les merguez qu'il avait fait tomber sur le sol crasseux en regardant autour de lui pour voir si on l'avait vu. Le parfum de la boulangerie de la rue Tiquetonne où trente personnes faisaient la queue à cinq heures du soir pour se faire engueuler par la vieille boulangère si on ne refermait pas la porte au nez de ceux qui attendaient dans la rue.

Au père tranquille...

La ville appartenait aux deux roues que les dangereux couloirs de bus n'avaient pas encore condamnés à mort. Aux gays qui revendiquaient leur place au soleil et faisaient des effets de torse au dessus de l'Orangerie. Les pauvres et les vieilles dames n'avaient pas encore été chassées des immeubles haussmanniens et les concierges livraient leurs derniers combats dans des loges sombres hantées par d'énormes chats gris.

Mais d'élite, point. Je n'ai rien vu. Pas assez introduit ? Sans doute. J'ai une autre explication. Il n'y avait plus d'élite. L'audio-visuel tenait le haut du panier. On se retournait parce qu'on avait croisé un présentateur télé...

Quelle Closerie fréquente l'élite culturelle fauchée d'aujourd'hui ? J'imagine cette élite dispersée aux quatre coins du monde, avec une forte densité sur la côte ouest des États-Unis. Paris est un temple rempli de fervents touristes, mais un temple dont les dieux sont morts.

Tant pis ! Il y avait le conservatoire où je bossais dur pour obtenir mes diplômes de fin d'année. J'y chantais avec Sonia, une belle gréco-hollandaise dont la voix me donnait des frissons. Il y avait les amis de plusieurs pays, les rendez-vous galants au Père Tranquille et les sorties avec mon fils au parc de Marly le dimanche. Les allées de la FNAC, temple de la littérature et du papier. L'odeur unique (et délicieuse) du métro à minuit quand les remugles de transpiration avaient disparu. Et la gentille voisine d'en-face, fille de militants espagnols chassés par le franquisme, dont la mère se mourait d'un cancer.

Pas le carrousel du Louvre, un carrousel au Louvre

"Paris est une fête"... Bien que tout ne se passe pas à Paris, la traduction française du titre n'est pas abusive, elle reflète l'esprit du roman. Le titre originel, A Moveable Feast, se réfère aux fêtes "mobiles" et donc imprévisibles du calendrier : Hemingway raconte la fête au quotidien qu'ont été ses années parisiennes. Il évoque ses incertitudes d'auteur, sa discipline d'écriture. Et le souvenir doux de la vie commune avec Hadley, la première de ses quatre femmes. Livre d'un bon vivant, mais aussi livre attendrissant - je suis sensible aux atmosphères nostalgiques. Enfin livre publié sur le tard, en 64, trois ans après son suicide.

Est-il indispensable de le lire ? Ce n'est pas un mauvais livre. Il est intéressant... si on s'intéresse à Hemingway ou aux contemporains dont il parle. Mais à ne pas choisir comme entrée en matière dans son œuvre.

La brasserie Vagenende, boulevard St Germain

Je n'ai pas jugé important de le lire dans le texte, le style d'Hemingway étant épuré, sans prétention, efficace : selon moi, sans finesses excessives, ce qui est une qualité. Je ne pense pas que la traduction lui ait fait perdre grand chose. D'autant que le traducteur, Marc Saporta, était un vrai connaisseur de la littérature américaine.



ps : à mettre en parallèle : Jours Tranquilles à Clichy, de Henry Miller. Encore un américain à Paris. Un peu plus tardif. 1930. Mais beaucoup plus sulfureux...



vendredi 2 novembre 2018

L'Iliade : pourquoi les enfants relisent-ils vingt fois le même livre ?


A première vue, un homme de lettres...?

Quand j'étais petit, je lisais inlassablement les mêmes livres. A quelques mois d'intervalle, j'y trouvais toujours des choses à découvrir.

Lenteur d'esprit ? Incapacité à comprendre du premier coup ? Non. Je relisais parce que je voulais retrouver le plaisir que j'avais déjà eu une fois. Ou plusieurs.

Avec un petit plus : une finesse du dessin jusque là invisible, une subtilité du texte qui m'avait semblé obscure m'étaient révélées. Parfois bien longtemps après la première lecture.

Ma fille fait comme moi - et sans doute comme toi autrefois. Livres, vidéos, elle ne se lasse que très lentement - en fait elle se lasse quand le contenu est devenu trop "bébé".

Je suis donc missionné pour relire indéfiniment les trois petits cochons. Ou prendre cent fois la même grande respiration… et d'un air dramatique : "Soudain, la montagne devint violette…" Tu te rappelles ? La chèvre de monsieur Seguin. L'une des plus jolies (et amères) histoires de cocufiage de la littérature française.

Cocufiage ? J'en cause plus loin...

Épaule contre épaule, ma fille et moi faisons tourner les pages. Les détails d'une image sont explorés, revisités, commentés. L'action est vécue avec force - peur, fureur, soulagement… Ne pas hésiter à gonfler la voix, jouer fort pour que l'enfant comprenne que les mots ne sont pas des signes sans vie, tristes et noirs, mais des animaux bruyants, énormes, parfois velus, parfois venimeux, tout un zoo ! On lit encore et encore, on ne se fatigue pas… mieux, on guette un retour qu'on trouvera à la page suivante, on anticipe et le plaisir est double.

Grosse différence avec les adultes. Un film appelle l'autre. Le dernier Goncourt, la nouvelle saison d'une série… Comme si en première lecture ou après une séance, on avait tout compris. La prétention !... Les auteurs ont mis un an à fignoler les détails, et hop : expédié en quelques heures.

Et puis si c'est pour se taper la littérature de merde qu'on nous sert aujourd'hui, je passe - l'auteur veut faire joli et ça se voit comme la ficelle d'un saucisson.

C'est quoi cette boulimie ? L'envie d'être au courant ? Tenir le crachoir devant la machine à café ? Ou quand t'as invité à dîner des gens que tu n'aimes pas ?

La trouille de passer à côté de quelque chose d'important et de se retrouver comme un con ?

L'impression qu'on perd son temps si on recommence ce qu'on a déjà fait une fois ? Qu'on ne s'enrichit pas ? On est tellement occupés, on a si peu de temps… Dressés à consommer : un nouveau canapé, un nouveau film, un nouveau smartphone - quelle différence ?

Je viens de relire pour la cinq ou sixième fois… euh... je te dirai après le nom de ce bouquin !

C'est eux.

Jack est un petit chef de bande, la trentaine, pas beau, pas très futé, qui le sait et qui le dit sans complexe. Mais il n'oublie pas d'ajouter qu'il en a de très grosses, et que pour la baston, c'est lui le plus fort.

Pour une stupide histoire, il se fait flouer de sa part de butin par Andy, le big boss, après un casse. Où pourtant, Jack a pris un max de risques… Il est fou de rage. Mais il ne peut rien contre le boss.

Andy est un dur, un malin qui connaît le business, mais qui a le sens de la famille. Il se trouve que la greluche de son frangin a levé la jambe pour un bellâtre. Alors il a entrepris une grosse opération de représailles contre la bande à Howard qui règne sur le quartier où s'est planqué le gonze.

Le problème, c'est qu'Howard est un bon chef, il connaît la baston et il est conseillé par son père, un vieux mec expérimenté. L'affaire s'embourbe, les deux bandes s'étripent et se déciment en pure perte : Andy ne réussit pas à aller au bout de sa vengeance.

C'est clair, si Jack acceptait de l'aider, il réussirait à battre Howard. Alors il délègue Alec, un vieux copain à Jack, un mec qui cause bien, pour essayer de l'amadouer. Mais Jack est toujours furax. Il fait bon accueil à Alec tout en lui opposant un niet catégorique, pendant une bonne bouffe où on encule les mouches.

Il se trouve que Jack a un vieux pote, Bernd. Ce que j'ai oublié de te dire, c'est que Jack est bi. Et son Bernd, il l'adore.

Voilà que Bernd se met en tête d'aider Andy. Lors d'un accrochage, il tombe sur Howard qui le zigouille. Jack est fou de douleur, et ça le décide à faire la peau d'Howard.

Les deux hommes se retrouvent face à face. Howard comprend qu'il ne fait pas le poids, il a la trouille et essaye de se barrer. Mais Jack réussit à le coincer, il le dérouille salement et le dessoude. Il crache sur son cadavre avant de le jeter dans une décharge.

Le vieux d'Howard a tout vu de loin. Il veut récupérer le macchabe de son fils pour l'ensevelir et faire dire une messe.

Et là, t'as l'un des plus beaux passages du bouquin.

Le paternel réussit à se faufiler chez Jack, en trompant la vigilance des gardes du corps, prenant un risque extrême. Il le supplie de lui rendre les restes de son fils. Jack est encore sous le coup de la mort de son pote, il en a gros sur la patate et se laisse attendrir. Il invite le vieux à bouffer avec lui. Tous les deux se disent que la guerre est une chierie, et pas besoin d'en rajouter. Jack est ok pour retrouver le macchabée d'Howard, et son daron pourra l'emporter. Mais il faut qu'il se grouille, car ce gros connard d'Andy risque de rouincer dur s'il entend dire que Jack a pris une initiative sans le tenir au parfum.

Lourd, ce repas : le vieux avec l'assassin de son fils, réunis par le deuil. Dignité, tristesse absolue. Et la mort qui rôde sur le vieux et le gamin car la guerre n'est pas finie. J'en avais les larmes aux yeux.

En fin de repas, Jack se ressaisit un peu. Il dit au vieux de trisser vite fait, avant qu'il ne se remette en pétard. Le daron se casse, reconnaissant, avec le cadavre.

Voilà, il y a une suite, mais je voulais te faire profiter de ce moment très émouvant de l'Iliade. Je sais que je raconte mal. Et j'ai passé plein de détails. Par ordre d'apparition, tu auras reconnu Achille, Agamemnon, Hector, Ulysse, Patrocle, Priam.

Bikers morts devant Troie. A cause de cette salope de Lena !


Rien à voir : en 2005 est sorti un film intitulé Troie - et non l'Iliade, nuance. Péplum américain qui prend des libertés avec le texte original. Mais bon, un réalisateur est libre de faire ce qu'il veut, on le jugera au résultat et non sur sa servilité. J'ai été tenté de le regarder. J'ai laissé tomber quand j'ai vu que Brad Pitt jouait Achille. Mauvais choix. Achille est une petite brute, un pas beau, un teigneux pas très malin, et pas mauvais mec au fond. Le beau Brad n'avait rien à faire dans cette histoire. De même, Peter O'Toole comme Priam. Excellents acteurs, mais pas ici. Faut quand même pas exagérer.

mercredi 24 octobre 2018

Star Trek : la paix des étoiles


Scoop : Mr. Spock est le demi-frère de la sulfureuse Betty Paige. Devine comment j'ai trouvé.

"Trek" : mot boer repris par les anglais, et mal traduit par le terme "randonnée" en français : il y manque le côté aventureux, difficile du trek.

Star Trek : série SF de légende. Depuis longtemps - plus de 50 ans maintenant ! On y trouve des rochers en carton-pâte, des vêtements ridicules, des équipements scientifiques tocards avec des petites lumières multicolores et des boutons dans tous les sens. Le plus sophistiqué des trucages consiste à effacer progressivement du fond l'image d'un personnage.

Il y souffle le vent fort qui a secoué l'Amérique durant la présidence Kennedy, celui de la conquête spatiale, de la NASA triomphante avec son budget pharaonique. Espoir de sortir par le haut - par le ciel - des pénibles problèmes terrestres, guerre froide, émeutes raciales...

L'astronef s'appelle USS… : United States Ship… l'appellation consacrée par l'US Navy ? Non, United Star Ship, ou United Space Ship… Bien qu'on parle anglais dans tout l'univers, jamais le drapeau américain n'est montré. Il y a un officier russe à bord, un pilote japonais.  On compte bien plus de cinquante États Unis en 2270 : un ordre terrestre a été instauré. Et même une alliance galactique.

L'USS Enterprise : la fille d'un avion à réaction et d'une soucoupe volante

Le USS Enterprise est un navire de guerre chargé d'une mission d'exploration pacifique. L'ambiance à bord : hiérarchisée mais relax, celle d'un bâtiment militaire en temps de paix. L'insoumission, de règle dans tout film récent, n'est pas au menu - pas plus que les brimades de garnison.

Les intrigues tiennent la route avec un dénouement (souvent) inattendu dans les cinq dernières minutes. Mais l'imprudence permanente de Kirk, le capitaine, est invraisemblable… Le côté technologique est un décor, ce sont des histoires humaines qui se racontent. Souvent des questions morales, discutées dans un sens positif, ouvert, bienveillant.

La loyauté, le devoir, le respect de la hiérarchie mais aussi des libertés individuelles comme celles des peuples à disposer d'eux-même sont au centre de ces questions - plus que la solidarité, l'égalité ou la réparation d'injustices. Star Trek républicain plus que démocrate ?

L'amitié pudique qui lie Kirk et Mr. Spock se veut un prototype d'attitude antiraciste - beaucoup de romans de SF présentent encore l'alien comme la menace absolue. Un Mr. Spock au sang vert, moitié humain, moitié vulcain, dont tout le monde connaît les oreilles pointues et la logique fallacieusement inaffective. On ne le confondra pas avec le docteur Spock, pédopsychiatre qui fonda un style de rapport plus souple et permissif avec les enfants et dont le livre a - seulement - fait le tour du monde...

L'équipage est composé d'hommes qui commandent et de femmes qui obéissent. Elles montrent leurs cuisses empaquetées dans des collants noirs sous une jupette ultra-courte : Mary Quant est à Londres, encore toute jeune, elle donne le ton de l'uniforme de la flotte des Etoiles-Unies, deux siècles plus tard, comme si la mode s'était coincée dans l'ourlet au ras du coquillage.

Nichelle Nichols, conspuée par une partie du public parce que femme et "de couleur". Il a fallu l'intervention de Martin Luther King pour la convaincre de rester à son poste. En revanche, personne ne s'est plaint de sa tenue martiale.

Question sexisme, les répliques suivantes me font hurler de rire (ça vaut mieux que de pleurer) :
Kirk : (en parlant de la femme lieutenant chargée des communications dont le robot a nettoyé l'intelligence) : Que lui avez-vous fait ?
Le robot…avec une voix de robot : Cette unité est défectueuse. Sa pensée est chaotique.
Mr. Spock (d'un ton de reproche) : Cette unité est une femme…
On ne peut jurer qu'il s'agisse d'une explication… ou d'un simple rappel du fait qu'il s'agit d'un être humain. Mais je suis certain qu'il y a malice de la part du réalisateur...

Quant aux blacks, ils sont ici beaucoup moins présents aux postes de responsabilité - ils sont aujourd'hui obligatoires, volonté incantatoire plus que réalité…

L'ensemble pourrait faire penser que Star Trek est une série républicaine. A tort : il est démontré qu'avec cinquante ans de décalage, ce qui était libéral connote aujourd'hui républicain. Star Trek avait des idées "avancées", et l'on entend même le capitaine Kirk critiquer sévèrement l'usage de la bombe atomique (S02E06).

A part lui, beau gosse de service un peu grassouillet, les acteurs ne sont pas très beaux, ce qui donne un côté "comme chez nous" à l'équipage.

Pas la photo la plus glamour de Kirk
Je comprends qu'on préfère des intrigues plus tordues, des personnages plus complexes ou extravagants, des moyens techniques plus sophistiqués. Mais je saute à pieds joints au dessus des naïvetés et vieilleries de Star Trek. Nous savons bien que la SF d'aujourd'hui semblera tout aussi grotesque dans cinquante ans. J'aime cette série. Sans doute parce que je suis - par mon père - un enfant de cette Amérique qui y croyait… On pensait prendre en charge d'autres mondes : dire qu'on n'est même pas capable de s'occuper correctement de celui qui a permis l'apparition de notre espèce.

On évoque souvent Star Trek dans "The big bang theory", TV show qui raconte une histoire de geeks confrontés à la réalité quotidienne. Je la recommande ici malgré les rires en boîte, et même si, comme toujours, les dernières saisons sont plus faibles. A aucun prix, les héros du Big Bang Theory ne rateront la convention annuelle de Star Trek.

Kirk à la convention 2018 : 84 ans, toujours la pêche et la tronche d'un bon vivant.

Les droits de Star Trek appartiennent à la Paramount - CBS. Les "con" sont des évènements commerciaux (jusqu'à 75$ la photo avec un acteur , trois secondes d'interaction avec lui autorisées). Après tout, si on s'y amuse... Les fans se réunissent, déguisés, pour retrouver leurs pairs et rencontrer les acteurs. Plus pour longtemps : Mr. Spock est mort, le Dr. McCoy est mort, Mr. Sulu est mort. Et bien d'autres… dont les charmantes jeunes premières, victimes hebdomadaires du charme de Kirk, dont on voit les portraits rabougris sur internet, en fin de carrière, photos d'autant plus pathétiques qu'elles sont maintenant au cimetière. Personnages auxquels je m'étais trop vite attaché. Comme c'est triste…

Celeste Yarnall : RIP

Star Trek a fait des petits. Outre les trois saisons originelles du départ, il y a eu cinq reprises sous forme de séries après une interruption de quinze ans, et de nombreux films. Je n'ai pas vu les reprises. Je jetterai certainement un œil. Mais j'ai regardé plusieurs films pendant de longues heures d'avion. Ils ne valent pas trois kredits neptuniens. Bagarres d'astronefs tape-à-l'œil à mach 3 dans des goulets noirs et déchiquetés, américanismes psychologiques outranciers, le charme a disparu.

Et le message originel aussi. Celui que je répète à longueur de blog : si la terre était unifiée par un seul système gouvernemental et légal, nous pourrions vaquer à des occupations plus excitantes que la recherche du pouvoir et de l'argent. Par exemple :

"…explore strange new worlds, seek out new life and civilizations…"

lundi 1 octobre 2018

Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos : la drague jusqu'à la mort


Chaud derrière ? Mais elle est un peu facile...

J'ai adoré ce roman à quinze ans. Et maintenant ? Encore plus : à couper le souffle.

Tu connais l'histoire ? Un couple d'anciens amants, Valmont et la Merteuil, totalement amoraux, jouent la séduction dans la bonne société. Suborner les innocentes, pervertir les damoiseaux, les manipuler, les tromper, les souiller, préparer leur humiliation publique, et rire ensemble du succès de leurs sales manœuvres.

Tout a été dit sur ce roman extraordinaire par la perfection de son style et de sa construction. La correspondance - rien d'autre - de sept personnages qui se connaissent tous, sur une durée de six mois. Avec de l'amitié, de l'espoir, de la fraîcheur, du badinage, du bonheur, de la colère, de la tristesse, de la honte - parfois dans la même lettre. Ça te semble chiant ? Tu es fou. Jamais il n'y a eu meilleure adéquation entre la forme épistolaire et l'essence du roman. Je vais te dire pourquoi.

Jacques écrit à Julie pour expliquer quel piège il va tendre à Jean. Puis Jean écrit à Jacques qu'il croit son ami pour lui faire la narration des ennuis qui lui sont tombés dessus ce jour… et demande conseil à son bourreau ! Résultat, avec une fluidité insensée, le roman raconte à la fois ce qui se passe en apparence et les dessous de l'intrigue. De front. Comme deux rails parallèles… qui parfois s'entrecroisent, si bien que le train déraille et tombe dans le ravin. Constructions quasi-balistiques qui n'étonnent pas d'un auteur-artilleur ami des mathématiques.

Roman de la duplicité : l'apparent et le réel, le mensonge et la vérité - on voit double du début à la fin. Tiens, ça te rappelle quelque chose ? Je te vois venir… Amour, gloire et beauté, à côté : Champomy homéopathe contre Veuve Clicquot cuvée royale.

Des conquêtes : une parenté avec Julien Sorel dans le Rouge et le Noir ? Non. Julien va réussir à se faire aimer alors qu'il était loin d'avoir toutes les cartes au départ : histoire d'un ambitieux sorti du ruisseau qui séduit une dame de la haute. Alors que Valmont est aimé d'emblée - il est beau, intelligent, de bonne famille, fortuné, brillant et de plaisante compagnie. Julien lutte contre des préjugés sociaux, Valmont, contre des préventions morales.

Aujourd'hui, la femme qui aime ne se fait pas beaucoup prier pour lever la jambe. A peine le premier soir. Ce qui rendrait ce roman où les femmes résistent obsolète - s'il n'était un pur chef d'œuvre littéraire.

Dire qu'on ne l'enseignait pas dans les bonnes maisons ! Sans doute parce qu'on y parle de viol et d'avortement, et qu'on a craint qu'un tel roman ne donne des idées. Valmont y raconte comme on se lasse des femmes en huit jours, comme l'amour est une illusion et l'amitié un commerce où chacun se propose toujours quelque chose à gagner : pas politiquement correct. Il y a du La Rochefoucault chez Laclos.

J'ai récemment relu "Les travailleurs de la mer", de Hugo. Style flamboyant, effets de panache, tambours : Hugo veut faire beau, Hugo veut faire fort. Son roman est bon, il a du jus, mais il ne souffre pas la comparaison avec Laclos : il est fabriqué, ronflant. Alors que Laclos est tout en affreuse jubilation : simple, clair, subtillissime...


Mise en garde : ce roman sera insupportable aux féministes - comme regarder une corrida quand on est vegan. Les gentils ne sont pas récompensés… Mais si on y regarde de près, on se rend compte que sont punis ceux qui ont fauté... C'est l'argument de Laclos quand on a voulu interdire son livre : ne faites surtout pas ce que je dis - je le raconte pour que vous sachiez comment ne pas faire. Un gros malin ? Non : plus tard, il a milité pour les idées féministes...



PS : il y a eu plusieurs films dérivés du roman. Je ne les ai pas vus, mais en trouvera une analyse intéressante (de ma fille) ici : Madmoizelle...

J'ai peine à imaginer comment le grand art de Laclos - celui-là même qui consiste à raconter presque en même temps le point de vue de deux personnages différents sur une même aventure - peut être mis en scène. J'ai pourtant regardé avec plaisir la version télévisée qu'on trouve assez facilement sur Youtube. Catherine Deneuve y est Madame de Merteuil, et Rupert Everett un excellent Valmont. Le décor est délicieusement suranné, fin des années cinquante avec vieille Jaguar et luxueuse propriété en bord de mer sur la Côte d'Azur. Mais la subtilité littéraire a disparu.

jeudi 30 août 2018

Quatre particularités qui font de "Her" un film différent des autres histoires de robots


Pour te dire à quel point il ne se passe rien dans ce film : pas d'images sur Google. Pourtant, le film est prenant !

Film de science-fiction : à quelques années seulement d'aujourd'hui, le learning des systèmes informatiques a fait des progrès considérables.

Sais-tu ce qu'est le learning ? Une méthode de conception des programmes. L'ordinateur n'est pas instruit par un codage en dur des informations, de manière fixe et rigide. On lui donne des outils pour se faire sa propre opinion par essais et erreurs, et on le fait accéder à une base de données aussi grosse que possible. Si le data sur lequel il travaille est assez fourni et si on attend assez longtemps, les résultats sont étonnants : c'est de l'intelligence artificielle car elle est évolutive.

Le learning est l'avenir de l'informatique... et la toile de fond de cette histoire.

Le thème : l'interaction affective de l'homme avec la machine. Enfin machine... je m'avance un peu. Ce n'est pas le sempiternel robot féminin aux formes parfaites... qui sidère le public masculin parce qu'en plus, il est super intelligent ! Contentes les filles...?

Non, ici, la séductrice est un "OS", un operating system, la première couche logicielle au-dessus de la machine matérielle et du silicium. "Her" est donc un robot abstrait. Première différence.

L'OS parle, comprend, répond de manière adaptée, plaisante, hésite parfois. Et manifeste des sentiments qui ne sont pas joués : ils résultent de son apprentissage et de la complexité de son être logique. Pour une fois - et c'est la deuxième différence - l'ordinateur n'est pas présenté comme un être froid, inaffectif et calculateur. On reconnaît là une hypothèse classique sur le devenir des intelligences artificielles : au-delà d'une certaine complexité, les "sentiments" sinon la conscience leurs viendront naturellement.

L'augmentation de leur intelligence ne les amène pas à vouloir dominer les humains. Ils sont avant tout motivés par l'idée de découvrir le monde (et eux-mêmes) à l'aide de leurs capacités exponentielles d'apprentissage. C'est la troisième différence avec les films de robots (ou d'ordinateur central tout puissant) : il n'y a pas de conflit homme - machine, pas d'hostilité.

J'ai regardé le film en anglais (je ne sais pas ce que donne la traduction). Les dialogues sont simples. Ce sont pourtant de purs joyaux d'américanisme west coast bobo cool - et ça ne pouvait se passer qu'à Los Angeles. Discours policé d'intellos, tout en précautions oratoires… Impressionnant au dernier des points. Je ne vais pas entrer dans le détail, il y a trop de ces petites expressions américaines passe-partout, destinées à lustrer les échanges, faire jaillir de mignonnes étincelles - qu'en restera-t-il dans vingt ans ?

Ici, les gens sont extrêmement gentils et polis. Ils font les plaisanteries qu'il faut. Ils sont respectueux les uns envers les autres. Ils se touchent, se prennent dans les bras, sont chaleureux, attentifs, délicats.

Peut-être que le réalisateur l'a vraiment fait exprès, pour illustrer l'évolution des mœurs vers un raffinement et une pacification des sentiments et interactions humaines. Évolution dont parle brillamment Steven Pinker dans The better angels of our nature (dont je dis un mot ici). Ce serait vraiment fort !

Le contexte est bobo… Restaurants hype et cosy. Bureau avec vue dominant les gratte-ciel. Intérieurs étudiés, sans être cossus : on est chez des intellos, c'est encore plus beau qu'une pub Ikéa... Je me suis demandé quel effet ça pouvait avoir sur un électeur de Trump, ce genre de film - un bon électeur-éleveur du Kentucky...

Pourtant, ce n'est pas un film intello, merci bien ! Plutôt un film psychologique où se posent des questions assez justes concernant les relations amoureuses et la solitude.

Film classique, presque sobre. On aurait pourtant pu imaginer une version gay où le héros se serait épris d'un OS à la voix masculine. Intéressant. Mais le message aurait vraiment été brouillé. On va attendre encore un peu, d'accord ?

No spoiler : je ne dirai rien de l'évolution de la relation entre l'homme et l'OS.
Hint : il faut se rappeler que le learning est la clé des sentiments de la machine…

Peut-être dois-je prévenir ? Il ne se passe rien - absolument rien - il n'y a pas d'action. L'acmé, c'est la signature d'un protocole de divorce... Quatrième originalité : un film de robots sans violence, qu'on confondra difficilement avec Robocop. Pourtant, pas ennuyé une seconde !

Il faut dire que je me suis pas mal torturé les méninges pour savoir si j'aurais complètement crisé en regardant une version francisée : un journaliste de Libé dont l'appartement donnerait sur les jardins du Luxembourg, discutant aux Deux Magots de ses problèmes de divorce avec une amie d'enfance. Une culture différente, ça rend très indulgent… et surtout très aveugle.

Ok, je me gausse… En fait, j'ai trouvé ce film original, beau, bien réalisé… et pour tout dire émouvant. L'amour avec un robot - une intelligence artificielle - c'est un de mes vieux démons…

Ce n'est pas tiré du film "Her". Mais j'aime trop la burette de WD-40 sur la table de nuit...


ps : l'amour avec un robot, c'est d'ailleurs le sujet d'une nouvelle délirante, "Le club féministe", que j'ai écrite il y a quelques années ; tu peux la télécharger ici sur la page de mes essais, si tu as la curiosité. C'est moins fin et sentimental que "Her"...

samedi 25 août 2018

La sorcière dans les airs : conte traditionnel ou cartoon moderne ?



Un bête problème de place sur le balai d'une sorcière... Qu'elle emporte un chat avec elle, passe encore. Mais quand d'autres animaux se présentent, ça devient compliqué... Sûr que tu n'as jamais pensé à ce genre de détail. Peut-être tu devrais y réfléchir, qui sait ce que l'avenir te réserve ?

- Pour moi, la sorcière dans les airs est un conte classique !


a/ une sorcière, de la magie, un balai volant, un dragon qui crache le feu - on est dans la plus pure tradition ;

b/ des animaux qui parlent, comme dans une fable de La Fontaine, ou un Disney d'autrefois ;

c/ un leitmotiv que les enfants adorent et retiennent : "Y a-t-il une petite place pour moi sur ce balai ?" Marque des grands auteurs et des grands contes ! Tu te rappelles forcément le Petit Chaperon Rouge : "Tire la chevillette et la bobinette cherra..."

d/ aucune trace de modernité (électricité, téléphones, etc.) Et franchement, ça repose !


- Non ! Tu n'y es pas du tout ! La sorcière dans les airs est un conte très moderne !


a/ chaque animal possède des caractéristiques psychologiques spécifiques (le chien est bon garçon, le chat colérique et possessif, la grenouille un peu obsessionnelle et l'oiseau traîne un lourd passé) ; on est loin des psychologies plates des contes de Perrault, de Grimm, d'Andersen…

b/ un humour discret et efficace du début à la fin ; non seulement expressions du "visage" des animaux, mais aussi petites phrases, allusions (l'aiguille dans une botte de foin), confusions de formes (papillon = os = nœud papillon), etc. ; en revanche, l'humour est rare dans les contes traditionnels. Rien de drôle dans Le Petit Poucet ou La Belle et la Bête - et beaucoup de contes d'Andersen sont carrément glaçants !

c/ c'est un conte moral ; certes les fables de La Fontaine ont une morale - mais ce ne sont pas tout à fait des contes ; la morale dans les contes traditionnels existe parfois, mais elle doit être remise dans son contexte. Quand le joueur de flûte de Hamelin noie tous les enfants de la ville parce que ses dirigeants se sont montrés ingrats, le lecteur moderne se pose des questions… Quand le chat botté réussit à escroquer tout le monde et jouit impunément de son succès, on se demande vraiment ! Outre que de manière générale, dans les contes classiques, les "méchants" reçoivent une peine d'une cruauté qui nous choque.

Dans l'histoire du balai, la morale est triple : un bienfait n'est jamais perdu, l'union fait la force, et plus accessoirement : malgré sa différence on peut toujours trouver sa place. Quant au "méchant", il ne reçoit aucun châtiment - il part frustré, c'est tout.

Mais le plus intéressant, ce sont les interactions entre les personnages.


D'abord, la sorcière n'est pas méchante. En revanche, les animaux ne sont pas exempts de réactions négatives, dire que c'est de la faute de l'autre, rejeter les étrangers, suivre bêtement, se moquer, conserver ses privilèges : ces animaux sont très humains !

J'ai regardé ce film avec ma fille, trois ans. Vingt minutes de bonne humeur. Vingt minutes seulement, ce qui permet de soutenir l'attention et de ne pas se perdre dans des complications : le film est droit comme un "Y", avec deux branches simples à comprendre qui se rejoignent astucieusement : le problème de la place sur le balai et celui du dragon qui n'est pas cool.

Même la partie conclusive qui vient après la défaite du dragon (je ne crois pas faire un gros spoiler, tu t'en doutais un peu) n'est pas inutile. Elle permet d'avoir une vraie closure : l'incertitude convient aux adultes, pas aux gosses.

Presque tout peut être compris par un enfant de l'âge de ma fille - ce n'est pas un de ces faux trucs pour enfants destinés aux grands (Booba par exemple). Mais ce n'est pas une niaiserie - il y a une vraie histoire, une évolution, une dramatisation, tout s'articule. Rien de gnangnan, ce qui est un tour de force - sans doute obtenu par la complexité des réactions des animaux, les gentils ne sont pas toujours gentils.

Le graphisme, net et classique, est de style anglais - ils sont très forts et depuis longtemps. C'est même parfois beau.

La musique est pensée pour les enfants, avec des airs simples associés à certaines actions. Encore des mêmes.

Il y a une allusion à la numération - la sorcière et le chat comptent sur leurs doigts - et ça va bien avec l'évolution d'un enfant de trois ans. Tout comme la question de l'abstraction et des points communs : qu'est-ce qui a la forme d'un nœud papillon mais qui n'est pas un nœud papillon ? Un boulevard pour commenter et questionner : cool.

Hé ? Quoi ? Tu n'as pas d'enfant de trois ans ? N'hésite pas, achètes-en un. Tu ne seras pas déçu.




Le coin des anglomanes


Le titre original de ce dessin animé est "Room on the Broom", de la place sur le balai. Belle assonance entre "room" et "broom" ! La traduction, sorcière dans les airs, avec sa rime médiocre, ne rend pas le sens initial, ce qui est dommage pour la compréhension, l'enfant a besoin d'être orienté dès le départ.

Le reste du dessin animé, avec des voix qui vont bien, est assez fidèle à la V.O. On perd néanmoins les sympathiques rimes du texte original - le conte est fidèle à la tradition du nursery rhyme. L'allusion au fish and chips est passée par pertes et profits. Et dans la manière de présenter les animaux, il manque un petit quelque chose d'humoristique et de très british.

Malgré tout, globalement satisfait… même s'il n'y avait pas beaucoup matière à traduction.



samedi 18 août 2018

Faire sa propre promotion sur internet


La promotion sur internet : un cercle pas forcément vicieux

On trouve beaucoup de bouquins pour apprendre le crawl, mais ils sont plutôt destinés à un public jeune et sportif. J'ai donc écrit un livre dont le titre décrit fidèlement le contenu : "Comment apprendre le crawl à l'âge adulte". Je crois qu'il y a un créneau : rares sont les maîtres-nageurs qui n'ont pas appris très jeunes, à l'instinct - comme un enfant devient bilingue. Et dans ce cas, il est difficile pour eux de communiquer des sensations et d'aider un adulte.

Je ne cherche pas à me faire de l'argent (le pognon, s'il y en a, ira à l'illustratrice qui aura bossé beaucoup plus que moi). Mais j'ai envie de partager mon expérience et j'espère faire gagner du temps aux autres, si possible échanger et apprendre moi-même en retour. Je souhaite donc qu'il soit lu.

Il est quasiment terminé, ne manquent que les illustrations. Comment le diffuser ? Je regarde sur internet qui me répond à l'unisson : la qualité du produit compte, mais l'essentiel, c'est la promotion.

Il y a aussi consensus sur la méthode.
- Aller sur les sites qui traitent du même sujet. Participer. Se faire connaître en ayant l'air positif et souriant. Vampiriser discrètement l'intérêt suscité par le site où on participe. Faire le vautour pour devenir un lion.
- Avoir un Facebook dédié au sujet, ou un site web (dans ces deux cas, il faut déjà intéresser les gens et être un peu connu).

Tout cela prend du temps, nécessite une certaine abnégation ou au moins un entregent que tout le monde n'a pas.

En bref, d'abord se faire "suivre" et connaître. Ensuite - et ensuite seulement, quand on est déjà connu - publier.

Je n'arrive pas à m'y faire. On dirait que ce qui compte, c'est le réseautage, la capacité à entraîner les gens derrière sa personnalité, la médiagénie. L'essentiel serait d'abord l'homme. L'homme médiagénique. Et derrière, l'œuvre.

Quelque chose me dérange aussi : si j'ai bien compris, la médiagénie serait largement due à un effet boule de neige ? L'intérêt d'un contenu - selon les moteurs de recherche de Google - serait proportionnel à sa popularité ? Plutôt que l'inverse ? Pas sûr d'avoir tout pigé - c'est horriblement compliqué, un moteur de recherche.

Je pense à tous ceux qui ont un excellent "contenu" et qui ne réussiraient donc pas à se faire connaître sans promotion.

A moins que… On raconte l'histoire de ces vidéos qui deviennent virales. De ces livres qui trouvent tout de suite leur public et un éditeur (50 nuances de gris ?) Ça doit bien exister. L'excellence pourrait se passer de promotion. Mais tous les médiocres (au rang desquels je me place) ne pourraient faire la différence qu'à travers cette promotion.

Il y aurait une morale. Les meilleurs auraient la dispense. Les autres seraient obligés de faire le tapin auprès d'éventuels lecteurs, clients, spectateurs…

Bon. Me voilà rassuré… Comme disait Pangloss, tout est

Dessin piqué sur le site d'un blogger de Portland ou s'est joué une adaptation de Candide. J'aime bien : "snakes are cool" (ici le lien vers ce site assez bordélique)