dimanche 10 janvier 2016

Duel




Je viens de revoir Duel, un film de Spielberg. Quarante ans plus tard, toujours le même plaisir.

L'histoire est simple : un semi remorque suit une voiture pour la mettre dans le décor - rien d'autre. On ne sait pas pourquoi, et ça n'a aucune importance, ce n'est pas le sujet du film. Du début à la fin, c'est une course-poursuite. Les dialogues n'ont pratiquement pas d'intérêt pour l'histoire - c'est un film à voir avec sa petite amie qui ne parle pas la langue. Il y a une déconcertante économie de moyens, une indigence délibérée : l'histoire filiforme, la banalité des décors, une route californienne presque déserte, sans charme, le faible nombre de personnages, les rares dialogues d'une totale banalité.

Le semi-remorque est conduit par un inconnu qu'on ne voit jamais, à peine a-t-on un aperçu de ses boots épaisses, puis de son bras puissant - mythologie du trucker.  Mais le héros du film, c'est bien le semi-remorque, vieille machine noire, sale, puissante, avec sa tête articulée et son corps cylindrique aplati (une citerne d'essence). C'est un lézard, un dinosaure, un serpent sinistre et terrifiant qui joue avec une souris. La caméra joue avec les contre-plongées qui rendent la bête encore plus effrayante, les accélérés qui décrochent le cœur, et les gros plans inquiétants qui montrent les moyeux et l'immense arbre de transmission jusqu'au différentiel. L'un des passages les plus intenses, c'est quand on voit le monstre guetter sur le bord de la route, prêt à s'élancer, menaçant, en laissant échapper des salves de ces râles caverneux qu'émettent les gros diesel, comme du fond de la poitrine. Grrrââ- grrrrââ-grrrrââ...

Le minable qui est dans la voiture est la petite souris idéale, grise, banale, faible, parfaitement ajusté à sa voiture médiocre d'une couleur ridicule. Il est le faire valoir du semi-remorque. Mais dans un jeu du chat et de la souris, la souris a autant d'importance que le chat !

Duel, c'est les variations Goldberg du cinéma. Un thème de quelques petites notes, qui donne naissance à une musique invraisemblable. Spielberg est un génie.

Je me pose une question. Ce film peut-il plaire autant aux femmes de notre culture ? Elles n'ont pas joué avec des camions citernes Dinky Toys quand elles étaient petites filles. Elles n'ont pas fait tomber leurs voitures du haut du précipice, derrière le canapé du salon. Alors ? Tu en penses quoi ?