dimanche 10 janvier 2016

Je suis Charlie (le 10/01/2015)


Je suis Charlie. Un évènement qui m'a rendu triste à un point que je ne m'explique pas. Peut-être la mort de ces soixante-huitards attardés qui étaient presque mes contemporains, et qui, un moment donné, représentaient un courant de pensée auquel je n'ai jamais cessé d'adhérer, la contestation ?

Je suis Charlie. Aussi un magnifique mouvement moutonnier. Pendant que des intellectuels s'indignaient contre une attaque contre la liberté de la presse, les juifs et leurs défenseurs déploraient l'acte antisémite. Un troisième groupe, aux opinions pas très clairement définies, descendait dans la rue pour exprimer de l'hostilité contre la violence aveugle extrémiste et religieuse, voire une islamophobie ou une arabophobie cachée. D'autres, comme moi, étaient attristés par la disparition d'un symbole de leur jeunesse. D'autres parce que le spectacle de cette lamentable violence les avait choqués. D'autres par solidarité avec la police, qui a payé un lourd tribut - honneur à eux, la France a la meilleure police au monde que je connaisse. Il y en avait pour tous les goûts.

Vu de Thaïlande, à la télévision, cela faisait bien, toute cette France qui se soulevait d'un seul coup pour la bonne cause. L'indignation générale d'un pays suite à un massacre ignoble. Personnellement, j'étais plutôt content de la réaction produite à l'étranger.

Mais au fond de moi-même, j'étais un peu mal à l'aise. J'étais loin d'être certain du bien fondé d'une liberté qui aboutissait à choquer non seulement des extrémistes, mais un grand nombre de croyants peu enclins à la violence.

C'est comme dans le train : si quelqu'un veut que la fenêtre soit ouverte, mais que d'autres se plaignent du vent, du froid, du bruit… la civilité, l'harmonie exigent qu'on ferme la fenêtre.

Ce jour-là, j'ai trouvé l'air glacial. Devait-on vraiment laisser la fenêtre ouverte ?