dimanche 10 janvier 2016

La dernière lettre - chapitre 2/4 : il m'arrive une très sale histoire


Quelques jours plus tard, nous avons invité Tania dans l'un des meilleurs restaurants de la ville, en terrasse sur le gorsad, le jardin public du centre. Natalia était avec nous. Nous étions détendus, heureux. Mais nous étions tenaillés par la question des filles. J'avais commencé à apprendre le russe, mais quels progrès peut-on faire en cinq jours, même quand on est très motivé ? J'ai demandé à Tania ce qu'on faisait ici pour aborder un fille.
- Tu lui demandes l'heure, c'est tout. Cela suffit.
Le lendemain, sur la plage, j'ai enlevé ma montre (à vrai dire, au début, j'ai oublié de l'enlever) et j'ai demandé l'heure aux baigneuses. Avec un succès mitigé. J'ai quand même décroché le numéro d'une brune qui avait un décolleté vertigineux. Mais elle m'a expliqué qu'elle partait le lendemain en vacances en Tchéquie. Pas de chance. Une prochaine fois… H n'avait guère plus de succès. Nous ne connaissions pas assez la société slave pour en décoder les messages. A leurs yeux, nous portions sans doute une criarde panoplie d'imbécile, nous avions l'allure de touristes en goguette parfaitement ridicules, et dont on sait pourquoi ils sont ici.
Tania était contente de pratiquer son anglais avec nous, elle était vaguement flattée de fréquenter des français, c'était plutôt chic. Et elle avait une curiosité amusée pour nos aventures dans sa ville. Elle se plaisait d'autant plus en notre compagnie que nous la traitions sur un grand pied, restaurants et cafés élégants où elle était notre invitée permanente. Quand nous l'avons rencontrée deux jours après, je lui ai fait part de mes déboires sur la plage. Elle a soupiré et n'a rien dit… La conversation a repris.
De son côté, H hésitait, un pas en avant un pas en arrière avec Natalia. Le vendredi suivant, j'ai retenu des places à la Datcha, un nouveau restaurant très en vogue sur Frantsouzki boulvard, et j'ai téléphoné à Tania.
- Retiens une place de plus, m'a-t-elle dit.
J'ai encore mis mes belles pompes, je me suis arrosé de sent-bon, et nous sommes partis pour la Datcha. Il faisait très beau et la température était beaucoup plus raisonnable que dans l'après-midi. Nous avons pris l'apéritif. S'est posée la question de commencer à dîner, mais Tania a coupé : "nous attendons encore quelqu'un".
Qui donc ? Sa secrétaire. Irina. Une jeune divorcée d'une trentaine d'années. Libre. A qui elle avait proposé de dîner avec nous, si cela ne nous dérangeait pas.
- Mais comment donc !
Irina était rentrée chez elle se pomponner après le travail. Elle habitait assez loin. Elle est enfin arrivée. Une jolie fille aux cheveux bruns tombant jusqu'aux fesses, à la belle peau crémeuse, l'air timide, parlant assez maladroitement l'anglais. Grande, très grande avec une taille fine qu'on aurait entouré des deux mains.
Il faisait frais. Nous avons décidé de quitter le jardin pour nous mettre à l'abri des courants d'air, dans le restaurant. Un sentier étroit y menait. J'étais derrière Ira, et je voyais ses cheveux onduler tandis qu'elle marchait. Et j'ai compris les silences de Tania quand elle me regardait fixement. Je pensais : "c'est donc cette fille qu'elle te destine…" Ira avançait devant moi, il me semblait voir un bateau sous voiles, en vent arrière, qui roule un peu sur les vagues...
J'ai revu Ira au cours des jours suivants, nous avons sympathisé, je l'ai un peu embrassée, et elle s'est laissé faire. Mais c'était la fin du séjour, il fallait rentrer en France. Nous avons échangé nos adresses mail. Et j'ai quitté Odessa, le cœur gros.
Un mois et demi plus tard, j'y suis retourné. Septembre à Odessa : les touristes sont partis mais il faut encore très beau et chaud, la mer est à vingt-quatre degrés. La ville est verte, avec tous ses arbres qui bordent les rues et ses vignes qui grimpent sur les façades. Les tomates mikado voient leur prix s'effondrer, on peut les manger sans même un filet d'huile et sans sel tellement elles sont goûtues. C'est aussi une explosion de fruits tous plus parfumés les uns que les autres. En cette période, fruits et légumes justifieraient à eux seuls le déplacement à Odessa.
Je suis revenu avec E, un vieux copain marié et fermement déterminé à tromper sa femme si l'occasion s'en présentait - et il était décidé à aider le hasard. Non que je lui eusse dit quoi que ce soit qui eut pu l'induire à penser que c'était possible, bien sûr.
J'ai retrouvé Ira le second jour. Je lui ai parlé d'E et de son problème, sans dire qu'il était marié. Elle m'a dit qu'elle avait entendu parler d'une agence de mariage assez sérieuse et m'a donné l'adresse. Le lendemain, j'ai accompagné E à l'agence. Nous avons été accueillis par Viktoria (que tout le monde appelait Vita), une petite femme mince, rousse aux yeux verts, plutôt jolie, vive et amusante. Vita a soumis E à un interrogatoire assez long pour connaître ses motivations et ses goûts. Après quoi elle a déposé devant lui trois gros books remplis de photos de filles en lui demandant de poser des signets dans les pages qui l'intéressaient. Je me suis emparé d'un book, et je l'ai épluché avec la curiosité que tu imagines. Plusieurs filles vraiment jolies. E a jeté son dévolu sur une petite blonde au visage honnête et régulier. Vita a téléphoné à la fille. Un rendez-vous a été fixé en fin d'après-midi, avec un interprète. Nous sortons faire un tour, puis revenons à l'heure fixée. Je vois arriver la fille, toute pimpante, et je laisse E... entre de bonnes mains. Il reviendra de son rendez-vous deux heures plus tard tout émoustillé. Il faut maintenant qu'il téléphone à l'agence pour faire un petit compte-rendu, et demander un nouveau rendez-vous si tout le monde est ok. Vita fait l'intermédiaire. Victoire, la fille accepte de le revoir deux jours plus tard (pas le lendemain, car elle travaille). Et le rendez-vous aura lieu à l'agence. Ensuite, E et la fille partiront se promener.
Le jours suivant s'est passé à la plage. Ira travaillait, et je devais la retrouver le soir. J'ai laissé E en centre ville, et j'ai retrouvé ma belle amante. Amante ? Je m'avance, nous n'avions rien consommé.
A dix heure du soir, Ira me laisse, elle habite loin et se lève tôt demain. Nous nous décollons, englués de tendresse, je lui propose un taxi, mais elle s'en tient au bus. Je rejoins E dans un des cafés du centre. Il est très euphorique, il a pris des photos amusantes de la ville. A côté de notre table, il y a deux prostituées qui nous proposent la botte. E, curieux, leur pose des questions, demande le tarif… et finalement, les laisse tomber comme des chaussettes. Elles sont un peu mécontentes et le manifestent. Un peu ? Beaucoup ? Peut-être l'explication du drame qui va survenir.
Nous quittons le café, nous descendons vers le port, E veut aller voir je ne sais plus quoi. En route, un gamin demande à E de l'argent. Il est très insistant, et c'est déplaisant. Et comme nous persistons à ne rien donner, il passe par derrière et pousse E dans le dos. E furieux se retourne, le gamin détale, E a juste le temps de lui donner un petit coup de pied aux fesses. Autre incident. Encore une explication plausible au futur drame ?
Nous croisons une bande de jeunes assez éméchés, qui gesticulent, parlent fort, et semblent un peu dangereux. Mais rien ne se passe. Finalement, nous remontons vers la rue Pouchkine, celle qui mène à notre appartement, à un kilomètre de là, en face de l'ambassade grecque. En chemin, nous nous arrêtons à une épicerie. Il y a beaucoup de monde. Au moment de payer, E ouvre son portefeuille, et laisse voir une liasse de gros billets. Mais quelqu'un a-t-il le temps de voir ? Encore une hypothèse qui pourrait bien expliquer de ce qui va nous tomber dessus.
Il fait nuit, et dans les rues du centre, il n'y a pas de lumières. Il faut faire attention aux caniveaux ouverts, aux nombreuses irrégularités du trottoir. Mais nous sommes de bonne humeur et nous marchons d'un bon pas, malgré nos sacs à provisions qui tirent sur les bras. Nous traversons notre rue. A Odessa, les immeubles anciens ont une cour intérieure, et on doit passer par un porche pour entrer dans la cour, monter quelques marches, prendre un couloir sombre où se trouve la porte des appartements. Contents de cette marche rapide, et de la perspective de dîner tranquillement, salivant à la pensée de nos achats, katlietis, pirojkis… nous entrons dans la cour. Et là…
Là, nous comprenons que nous sommes en grand danger. Deux types sont juste derrière nous, dont un géant, qui porte un teddy, et qui va s'attaquer à moi. Il a l'air si costaud que je comprends immédiatement : il n'y a pas d'autre solution que de fuir. Je coupe vers le porche. Il lève la jambe et d'un grand mouvement tournant de karaté ou de boxe thaïe, parfaitement exécuté, presque beau, il me donne un énorme coup dans la cuisse, qui me fait tomber comme un sac. Il se jette alors sur moi et commence à me bourrer de coups de poing sur la figure, du gauche et du droit. Mon nez éclate. Il me tient par une oreille, qui se déchire un peu tant il tire fort, et le sang coule aussi sur le côté. Au bout de quelques minutes, où j'essaye en vain d'éviter les coups, je me demande si je vais mourir. Il ralentit un peu. Je lui dis "ok, ok, diengi, money…" Tandis qu'il me tient toujours, je mets la main à la poche, je sors mon porte-monnaie et je lui tends. Il le prend, il me dit des choses que je ne comprend pas d'un ton agressif, il me donne encore quelques coups dans la figure, il se relève, siffle. Son copain passe en courant, il lui emboîte le pas et disparaît.
Je suis sur le dos, conscient, je n'ai plus vraiment mal tant je suis anesthésié - paradoxe - par la douleur et l'émotion. Je me relève et note avec satisfaction que tout va à peu près bien, c'est-à-dire que je ne suis pas mort et je n'ai rien de cassé, en apparence. Il aurait pu me shooter dans la figure, dans la tête, dans la rate ou le foie pendant que j'étais à terre. Ou encore dans le dos, les reins. Je pense : oui, j'ai de la chance. Je retourne dans la cour voir où en est E. Je l'appelle : pas de réponse. Il est allongé, on dirait qu'il est mort. Je m'approche, il ouvre très vite les yeux - ce qu'il en reste, car son visage est une grosse plaie. Il me demande où on est, et ce que je fais ici. C'est le début… Il va me poser ces deux questions environ deux cent fois au cours des trois heures suivantes. Il a une amnésie antérograde, et il est désorienté. Il a manifestement eu une commotion cérébrale - il était d'ailleurs inconscient quand je l'ai retrouvé.
E se remet péniblement debout. Je l'entraîne vers l'appartement. J'étais persuadé que personne n'habitait l'immeuble - la cour est occupée par deux petites compagnies d'électronique et de service, et je n'ai jamais vu de lumière dans les étages. Un type sort dans la cour, demande ce qui s'est passé, voit le sang qui a abondamment coulé là où j'étais couché, propose d'appeler un taxi. Une seconde, lui demandai-je, je voudrais faire un petit bilan…
Dans l'appartement, je me poste devant la glace, et je vois que j'ai le nez de traviole, carrément à plat sur la joue : manifestement les os propres du nez sont fracturés. J'ai aussi un énorme coquard, et diverses traces des coups que j'ai reçus - c'est impressionnant. Du sang coule de mon oreille. Au palper, il ne semble pas y avoir de fracture de l'arcade ni des malaires, et je vois bien des deux yeux. Aucune dent de cassée. La lèvre à peine fendue. Pour le nez, je sais qu'il vaut mieux agir le plus vite possible. Je le prend fermement dans ma main, bien à la racine, et je tire très fort pour le remettre droit. Très fort, mais il faut tirer plus fort encore... Il y a un gros craquement, et ça fait mal, j'ai les yeux qui s'emplissent de larmes. Mais je vois dans la glace : le nez est presque revenu dans l'axe.
Maintenant que je vais (à peu près) bien, il faut que je m'occupe de E. Il vaut mieux l'emmener aux urgences faire une radio pour voir s'il a un épanchement sous-dural, qui peut être extrêmement dangereux s'il continue de saigner dans son crâne. Nous partons en taxi, dans la nuit noire et sinistre, par les rues que rien d'autre n'éclaire  que les phares de notre véhicule. L'hôpital est à perpète. Il est très vieux, à peine plus que le médecin de garde, un vieillard qui examine sommairement E. Les flics sont alertés et viennent nous interroger comme si nous étions coupables. Je suis injuste : s'ils pensaient vraiment que nous étions coupables, ils nous auraient certainement frappés.
Pendant ce temps, E ne cesse de demander à quel endroit nous sommes, pourquoi Odessa, et pourquoi je suis là avec lui. Toutes les minutes. Extrêmement angoissant et stressant. E passe devant une radio qui doit dater des années soixante et m'évoque Hiroshima et Nagasaki. On ne voit rien, pas de lésion. On va réveiller la pharmacienne de l'hôpital pour lui acheter du fil à recoudre avec des aiguilles, des pansements, de l'alcool. E se fait recoudre. Les flics nous interrogent et nous réinterrogent. Avions-nous bu ? Combien exactement - sans mentir ? Nous avions sans doute provoqué nos agresseurs. Etc. Nous sommes convoqués au commissariat central le lendemain. Atmosphère d'agressivité, qui s'ajoute à l'impression d'incompétence du plateau technique de l'hôpital, sans parler des bâtiments sordides, des murs lépreux, de l'hygiène plus que douteuse.
Au bout de trois ou quatre heures, E finit par reprendre ses esprits, très lentement. Il n'a aucun souvenir de ce qui s'est passé, sinon qu'il aurait été attaqué par derrière. Je lui demande s'il s'est défendu, et s'il a tenté de sauver son sac à dos qui contenait son passeport et son bel appareil photo. Il m'assure que non. Pourtant, il s'est fait méchamment massacrer. Il dit que l'agresseur a sans doute cru qu'il s'accrochait à son sac, dont les sangles lui passaient sur les épaules, et s'est acharné sur lui pour cette raison. Maintenant, question tête, E ne fonctionne pas plus mal qu'avant ! Mais il voit mal, il voit double. J'espère que c'est l'œdème, que ce n'est pas grave. Nous irons chez l'ophtalmo demain. C'est l'aube. Nous rentrons nous coucher.
Je ne m'attarderai pas sur le traitement ignoble auquel nous avons été soumis par la police le lendemain. Attente interminable, absence d'information, obligation de rester debout dans les couloirs après un temps infini à faire le pied de grue - "par respect"… Menaces, chantages à la rétention dans le pays - en dépit des dates de nos vols de retour. Tout cela pour obtenir un bakchich. Ils nous ont finalement laissé partir - après tout, il n'y avait pas de plainte contre nous ! Mais il exige que nous revenions le lendemain - l'affaire n'est pas close, et ne le sera que lorsqu'il aura réussi à nous extorquer de l'argent.
Et là, E s'est rappelé qu'il avait rendez-vous avec la fille blonde. Il faut prévenir, aller à l'agence - qui se trouve tout près du commissariat central. Vita nous voit arriver, défigurés, encore sanglants. Elle s'exclame. Et là, elle se montre vraiment secourable. Elle emmènera E dans une clinique ophtalmo renommée. Le confrère lui demande cent dollars et passe à côté du diagnostic. On découvrira plus tard que E a une fracture du plancher de l'orbite. Mais ce n'est pas la faute de Vita si la consultation n'a servi à rien. Vita nous trouvera aussi un autre appartement - nous sommes un peu dégoûtés du notre. Avec dans le hall, cette énorme tache de sang. Vita me dégotte une vieille paire de lunettes, car mon agresseur, pour une raison incompréhensible, a volé les miennes. Elle fait intervenir une amie bien placée pour nous libérer des griffes de la police, apparemment fermement décidée à nous faire chanter. Bref, elle est aux petits soins, passe du temps avec nous, ce qui nous réconforte - particulièrement E qui ne va pas bien et qui a été bien plus amoché.
Pour ma part, j'ai rendez-vous avec Ira deux jours plus tard. Je l'appelle, je lui explique. Elle me dit que le rendez-vous est maintenu, et me demande de l'attendre à tel croisement, à seize heures trente. Ce jour-là, malgré l'heure, il fait très sombre. Un ciel noir recouvre Odessa, l'orage fulmine, il pleut des cordes, et je n'ai rien pris pour m'abriter. Je suis au milieu de la rue et je fais le pied de grue. Je guette le parapluie d'Ira, mais ne vois rien venir. Soudain, un taxi s'arrête devant moi, une porte s'ouvre, je vois à l'arrière Ira qui me fait signe. Je bondis, claque la porte, et me tourne vers elle. Bon Dieu qu'elle est belle ! Elle s'est apprêtée comme seules les russes et les ukrainiennes savent le faire. Son petit corsage blanc et sage, mais entrouvert, sa jupe droite courte, sa frange parfaite, ses lèvres cerise… Je me jette sur elle et je l'embrasse, elle m'entoure de ses bras et se colle contre moi. Le tonnerre gronde, et brutalement, c'est la nuit partout, dans le taxi, mais aussi dehors. Panne générale d'électricité sur Odessa. Seuls les phares éclairent les trombes d'eau qui tombent et que les essuie-glace ne réussissent pas à écarter assez vite pour qu'on puisse vraiment voir devant. L'eau tombe par paquets. Il n'y a plus personne dans les rues. Où allons-nous ? L'agression m'a rendu parano. Derrière l'excitation, il y a la peur. Et si j'avais droit à un comité d'accueil à l'arrivée ? Après tout, j'ai vu Ira juste avant de me faire attaquer. Y a-t-il un lien ? Mais quel lien pourrait faire sens ? Qui connaît qui dans cette ville sinistre ?
La petite Lada pourrie roule à tombeau ouvert sous la pluie - et je ne sais pas si nous allons au nord, à l'est, à l'ouest. Il y a des inondations, des gerbes d'eau jaillissent de chaque côté. Sur un bas côté, l'eau est montée jusqu'au portières d'une voiture, le taxi doit ralentir, faire demi tour, zigzaguer dans les rues désertes, bordées de vieux immeubles des années soixante - des kroutchevskiyés.
- Nous ne sommes plus très loin, me dit Ira, toute palpitante. Nous allons chez moi, dans mon appartement. Je suis seule…
Je serai bref sur la suite. Le taxi s'est arrêté encore trop loin de l'immeuble et il a fallu faire vingt mètres à pied. Je me rappelle la double entrée de l'appartement avec les doubles serrures à la mode russe, l'impression d'être sauvé une fois que la seconde porte s'est fermée derrière moi, mes chaussures gorgées d'eau que j'enlève en entrant et que je fais sécher près du chauffage éteint. Et ensuite, Ira… jusqu'au lendemain midi.