dimanche 10 janvier 2016

Mémoires


La mémoire est un sujet inépuisable de méditation - et pour ma famille, de malédictions.

Les neurophysiologistes savent qu'il n'y a pas un centre de la mémoire bien localisé dans le cerveau, et aussi qu'il n'y a pas qu'une sorte de mémoire, mais plusieurs. On s'accorde pour l'instant à en dénombrer cinq[1].

Il y a la mémoire immédiate, celle du numéro de téléphone qu'on retient quelques secondes, le temps de le noter ou de le taper sur le clavier. J'ai souvenir d'avoir été bloqué devant un immeuble avec mon ex-femme, impossible de retrouver le papier sur lequel j'avais inscrit le code qu'on nous avait oralement donné la veille. Après quelques instants de réflexion, mon ex a tapoté sur le digicode et le pêne a claqué. J'étais bluffé. Du très long court terme !

La mémoire du savoir et de la connaissance concerne notre histoire et expérience, et le monde. Son principe est d'être consciente quand elle devient nécessaire. A quoi nous servirait-elle, si l'information selon laquelle Louis XIV avait vécu au dix-huitième siècle devait rester enfouie ?

La mémoire des automatismes, celle des sportifs et des artistes, permet d'éprouver que faire du vélo, une fois qu'on a appris, ne s'oublie jamais. En revanche, cette mémoire n'est pas consciente. Pourrais-tu expliquer pourquoi et comment tu tiens debout sur ton surf ? C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, contrairement à une idée répandue, les sports ne s'enseignent pas. Certes, on peut donner des directions de recherche, éviter des grosses erreurs au débutant. Mais l'essentiel se fait par une consolidation neurologique du cervelet et du tronc cérébral, à force de répétitions. Ces répétitions permettent d'enlever tous les mouvements parasites du début : le patineur débutant jette les bras et le torse dans tous les sens pour rester debout, mais une semaine d'exercices plus tard, il ne gesticule plus comme un pantin.

Soit dit au passage, je déteste ces moniteurs qui vous harcèlent avec un mouvement parfait qu'on devrait imiter : notre corps ne le veut ni le peut, il faut lui donner le temps de créer ses synapses. C'est pourquoi les cours collectifs sont souvent tout aussi efficaces que les cours particuliers - à moins d'avoir à faire à un enseignant exceptionnel. Et mieux encore, l'auto-apprentissage, aidé de quelques conseils, qui permet d'aller à son rythme.

La mémoire perceptive est plus discrète. Elle enregistre silencieusement les lieux, les visages, les voix, et permet de se repérer sans en avoir vraiment conscience.

La cinquième mémoire, dit mémoire épisodique, est plus étrange et plus complexe à définir, mais essentielle pour la constitution de ce que nous sommes. Chose curieuse, le circuit qui la porte sert aussi à se projeter dans le futur. C'est une mémoire accessible à la fenêtre de notre conscience. Elle porte sur les évènements qui nous arrivent - donc une mémoire autobiographique, mais pas seulement. Avec le temps, son contenu finit par s'épurer et migrer vers la mémoire du savoir et de la connaissance. Elle "tombe" en premier lors des maladies d'Alzheimer.

Je me rappelle, quand j'étais enfant, les gens simples disaient de quelqu'un qui avait une bonne mémoire qu'il était intelligent - parce qu'il pouvait tout apprendre. Je me demande s'il existe encore des gens qui pensent ainsi aujourd'hui.

Personnellement, j'ai une mémoire exécrable quand il faut retenir durablement quelque chose de neutre et nouveau. Enfant, j'ai souvenir de l'impatience de ma mère, qui me faisait réciter mes poésies, et qui les savait bien avant moi, sans se donner de peine. J'avais la tête dure, comme on disait. Il y avait des expédients. Je devais apprendre la veille au soir, avant de me coucher, et le lendemain matin, les choses apprises revenaient mieux. "Ton cerveau va travailler pendant la nuit", me promettait-elle. Certaines expérimentations lui ont donné raison.

Un soir, ma mère est revenue avec un livre qui paraissait très sérieux : c'est pour toi, m'a-t-elle dit. C'était un livre de "mnémotechnique". Méthode qui suggérait d'associer ce qu'on avait à apprendre à des histoires qu'on inventait. Genre "Judith n'était pas fière (Bavière) quand Louis lui disait de se mettre au pieu (Louis le Pieux)". Il y avait aussi des dessins marrants dans ce livre. J'ai utilisé ce système, sans obtenir des miracles, mais avec un mieux, et je m'en sers encore aujourd'hui.

Les plus gros exercices de mémoire que j'ai faits, je crois que c'était lorsque j'ai appris l'anatomie des nerfs crâniens. Je me rappelle encore les ramifications du trijumeau sur le visage, et la fourchette du facial derrière la parotide. Là, l'association se faisait avec un voyage imagé qui se déroulait dans son propre crâne, comme si on suivait la descente d'un ruisseau : "de là, il se projette en avant et en bas, suivant un court trajet et croisant par au dessus l'artère du même nom, avant d'aborder la face postérieure de…" Je suppose que de nos jours, les étudiants ne font plus le voyage avec des mots, mais avec des vidéos en trois D.

Plus tard, toujours en médecine, quand nous étudiions les certificats (de gynéco, de pneumo, de cardio, de gastro etc., sortes de mini-spécialités), je devais ingurgiter tout le certif en quelques semaines, car je dois confesser - je n'étais pas un étudiant très régulier. Après un mois d'exercice quotidien de mémorisations, j'étais surpris de ma capacité à retenir trois fois plus vite qu'au départ, y compris les moindre détails. Soixante-dix pages denses d'une science dont je n'avais pas la moindre idée, apprises en dix jours.

Evidemment, rien à voir avec Jeff, un autre étudiant, qui enregistrait littéralement des pages et des pages (jusqu'à une trentaine, il me semble), en deux ou trois lectures, et pouvait les restituer quasi intégralement. J'ai crû comprendre qu'il avait eu d'assez graves troubles mentaux - bien triste car c'était un bon copain de fac. Impossible de dire s'il y a un lien entre la maladie et les exceptionnelles capacités de mémorisation de Jeff.

Lorsque j'ai commencé l'informatique, je me suis tout de suite appuyé sur des bases de données pour soulager ma mémoire. Les numéros de téléphone par exemple, les adresses, les prénoms des enfants des amis... Tout était classé dans mon disque dur, et si je ne retrouvais pas le dossier par la logique du classement, j'y accédais par une recherche. Résultat, au bout de dix ans, j'ai tenté de me sevrer, et j'ai alors compris que je ne pouvais quasiment plus mémoriser. Je ne sais pas si c'est arrivé à d'autres personnes.

Depuis, j'essaye d'entretenir ce qui reste de ma mémoire. Je voudrais résister au déclin des fonctions cognitives qui frappe tous les humains parvenus à l'âge de quarante cinq ans (oui, si tôt !) Et ce d'autant que ma famille est très fortement touchée par l'Alzheimer.

C'est en apprenant des langues étrangères que je fais travailler mes capacités mnésiques. Pour les langues d'Europe, les racines du vocabulaire sont identiques, et il est presque rare de devoir faire appel à sa mémoire brute. Ainsi, en anglais, pester veut dire harceler (comme la peste), bail veut dire mettre en liberté sous caution (il faut bailler quelque chose pour sortir), bounty, générosité, ressemble à bonté. Il n'y a que les racines saxonnes qui posent problème.

Mais pour une langue comme l'indonésien, il est moins fréquent de trouver une racine connue. En cherchant bien : bahasa, la langue, est proche de pahasa, la langue en Thaï. Sekolah, l'école, rappelle school. Kecil, petit, évoque Kutçulu, tout petit en persan, kamar, la chambre, fait penser à Kammer, même chose en allemand. Pasar, le marché ressemble étrangement à bazar, qui doit être d'origine arabe, sabtu, samedi évoque субботу (subotu) russe, et bien sûr shabbat.  Kantor n'a rien à voir avec un chanteur ou une cantatrice, mais avec un bureau, au sens de comptoir (comptoir des Indes), dont il est une version déformée. Et enfin, surat, dont on connaît le sens coranique, veut dire lettre, facture, document. Il faut ratisser large.

On lit que l'Indonésien est de la même famille que le malagacy (malgache). Une anecdote m'a même été contée, lors qu'un dîner entre voisins et amis à Nosy Bé. Le narrateur faisait le récit d'une mémorable entrevue entre les souverains d'Indonésie et de Madagascar. Il y avait des interprètes qui traduisaient au fur et à mesure. Mais à un moment, le président (ou roi) de Madagascar a arraché son oreillette. Scandale ! Irrespect ! Alors que les conseillers s'empressaient auprès du souverain malgache, dans la panique, et que de l'autre côté de la table, les sourcils se fronçaient au point de se toucher, le malgache a déclaré : "je n'ai pas besoin d'interprètes, je le comprends parfaitement bien comme ça !"

A moins qu'il ne s'agisse d'un récit très ancien et mis au goût du jour (le roi porte une oreillette), datant d'une époque où il y aurait eu une véritable proximité entre les deux langues, il s'agit là d'un conte, sans le moindre fondement. Les éléments de vocabulaire de base que j'ai du malagacy n'ont aucun point commun avec l'indonésien. Les deux langues ont sans doute des parentés que les philologues peuvent trouver (dans la grammaire, je pense, ou plutôt l'affranchissement de la grammaire), mais elles ont chacune dérivé pour leur propre compte, le malagacy avec des emprunts à l'arabe ou aux langues africaines notamment. En tout état de cause, il est certainement aussi difficile de comprendre l'indonésien pour un malgache que le polonais pour un russe, ou l'anglais pour un français quand il n'a aucune notion de cette langue.

Mais bon, l'histoire était bien racontée, et j'ai laissé se propager cette aimable fable... d'autant qu'elle était racontée par notre hôte.

Quand j'étudie une langue, je suis surpris de voir se détacher différentes composantes de la mémoire. Si je me fais une interrogation "thème", c'est-à-dire français - langue étrangère, et que je réussis un sans faute, je n'ai pas la garantie de faire un sans faute avec les mêmes mots quand je me fais une interrogation "version", langue étrangère - français. Ce mot que j'ai été capable d'écrire tout à l'heure, il me paraît maintenant étranger. Non, il m'est familier, mais de là à savoir ce qu'il veut dire, il y a un océan. Je le regarde, je le découpe en syllabes, il me semble bizarre. Je le presse frénétiquement, mais rien n'en sort.

Thème puis version de la même liste de mots : ce n'est même pas forcément sur les mêmes binômes que je vais buter. C'est dire à quel point, même pour retenir un simple mot, il y a plusieurs facettes, plusieurs compartiments à activer.

Autre effet parasite, l'effet de substitution. Quand un mot me manque, sa traduction dans une autre langue connue me vient à l'esprit. Quand j'apprenais le russe, c'était l'allemand. Pour le thaï, c'était le russe. Maintenant, c'est le thaï qui vient quand je sèche en indonésien. Quand je vivais à Odessa, parlant et pensant en russe en permanence, j'ai eu l'impression d'avoir complètement écrasé l'allemand. Mais quand le russe a laissé la place au thaï, l'allemand est revenu en partie.

Les stocks sont à peu près conservés, hormis les déprédations du temps. Ce qui fait défaut, c'est l'accès aux stocks, la capacité d'évocation. Elle s'oppose à la création des stocks, la fixation mnésique. En effet, le processus de mémoire fait appel à deux fonctions : d'abord on mémorise, ensuite on se rappelle. Ce sont en effet des processus bien différenciés. On peut fixer (mémoriser), sans avoir la capacité d'évoquer (de se rappeler).

A l'hôpital, on distingue plusieurs cas. Il y a d'abord l'amnésique qui ne peut pas rappeler trois mots banals qu'on lui a demandé de mémoriser cinq minutes auparavant. Mais si on noie ces trois mots dans une liste, il les retrouve. Il n'a plus la possibilité de piocher dans ses stocks, de faire remonter le mot "à la surface", d'évoquer. Mais il est encore capable de fixer les mots, et de savoir ce qui se trouve dans ces réserves. Son problème, c'est l'évocation : le talon d'Achille qu'on a sur le bout de la langue...

Il y a aussi l'amnésique qui n'est pas capable de retrouver les trois mots, lui non plus. Pire, mis en face de la liste où ces mots sont noyés, il ne peut pas les retrouver. Pourquoi ? Parce qu'il ne leur a attaché aucune étiquette, il ne les a pas stockés, il ne les a pas fixés. Dans ces conditions, comment pourrait-il les évoquer !

Il est intéressant de noter que ces mots existent déjà dans son vocabulaire, "quelque part". Existe-t-il des gens qui pourraient fixer des objets mnésiques nouveaux, mais sans les indexer ? La fixation est-elle synonyme d'indexation ?

Personnellement, je réussis à peu près à fixer, à condition d'associer. Si on me dit : citron, poule, ballon, j'aurai oublié cinq minutes après, mais je pourrai les retrouver dans une liste. Mais si je visualise la poule qui veut pondre un ballon, mais ne réussit qu'à pondre un citron, j'aurai des chances de me souvenir des trois mots. Je n'arrive à évoquer qu'en remontant la chaine d'association utilisée pour fixer : il est plus simple de se rappeler une petite histoire que des mots isolés.

L'apprentissage d'une langue ne se résume pas à la réussite d'une interro écrite de vocabulaire. Parler une langue, c'est avoir en automatique les mots qui se présentent à l'élocution au fil de la conversation (ou de la rédaction).

Je peux apprendre vingt mots, me les réciter sans une faute. Mais lorsque je suis dans le magasin et que je veux acheter du poulet, le mot nécessaire que je viens d'apprendre et de réciter n'est pas à ma disposition. Pourquoi ? Le mot est comme un simple souvenir, comme un visage, un paysage, une ariette… Je me rappelle sa sonorité, ou les lettres qui le composent, ou l'aspect global de ces lettres, ou l'association que j'ai faite avec lui. Je me rappelle l'étiquette "traduction du mot xxx" que je lui ai donnée. En somme, je me rappelle ses aspects. Mais il n'est pas encore fonctionnel, il est juste souvenir, et il n'a pas été intégré dans le processus du langage.

Ce passage totalement insensible de l'état de souvenir à celui d'élément du langage reste très mystérieux. Au départ, le nouveau mot est bien associé à un sens (celui de l'étiquette qu'on lui a donné), mais c'est le sens qui n'a pas encore associé le mot. Le mot apparaît dans mes souvenirs presque comme le menu de mon dîner d'hier soir, il n'est pas encore intégré au processus de langage.

Il me semble don qu'il y a deux familles de processus assez distincts, celui de la mémoire (et des souvenirs), et celui du langage - même s'il y a une filiation entre les deux.

Je pourrais aussi m'interroger sur la manière dont un troisième processus, non des moindres, interagit avec les deux premiers. En effet, les études sur l'intelligence de patients privés de langage, sur les sourds muets de naissance, sur les patients atteints de lésions frontales qui désorganisent leur intelligence tout en respectant parfaitement le langage, entre autres, permettent d'affirmer qu'il existe bien une pensée, une intelligence qui ne passe pas par le langage. Mais introduire cette pensée non langagière dans cette discussion sur la mémoire me semble hasardeux. La pensée non verbale est certainement tributaire de la mémoire, mais c'est tout ce que je peux en dire.

Retournons dans ce magasin. J'hésite, tandis qu'un autre mot de même signification dans une autre langue me vient automatiquement à l'esprit. Le plus étrange, c'est que je ne vais pas prononcer ce mot, je vais me rendre compte du pataquès au dernier moment, jamais il ne sortira. Qui m'a mit ce mot la langue ? C'était parfaitement inapproprié et désadapté, mon vendeur thaï n'aurait jamais compris si je lui avais dit le mot poulet en russe. A quoi ce mécanisme peut-il bien servir ? De quel outil est-il le raté ?

Pourtant, de manière générale, les mots des différentes langues sont d'ordinaire bien rangés dans leurs cases respectives. Nous n'avons jamais de doute sur l'origine géographique d'un mot. Ils sont tous indexé sur la langue dont ils font partie. Alors pourquoi ce mot de substitution inutile m'a-t-il été envoyé ? Faut-il croire qu'il y ait aussi une indexation sur le sens ? J'ai peine à le croire. Lorsque j'essaie d'évoquer le même sens dans les différentes langues que je connais, il n'y a aucune fluidité. En tout cas pas comme ce qui s'est produit lors de l'incident du magasin.

Il serait bien utile de savoir comment s'organisent nos dictionnaires. Je suis maintenant persuadé qu'ils ne se nuisent pas les uns aux autres. En revanche, ils peuvent se masquer (cas de l'allemand, qui avait disparu derrière le russe, mais qui est réapparu lorsque le russe a été repoussé au second plan). J'ai des souvenirs agréables de ce phénomène de démasquage. Arrivant à Chicago, je débarque de l'avion. Dans le taxi je reprends mes marques, le paysage de cette ville superbe se déploie dans le lointain, tandis que le niveau de mon accent, l'importance de mon vocabulaire, une certaine aisance à enchaîner les phrases anglaises remontent d'un seul coup, comme par magie… et je demande au chauffeur depuis combien de temps il fait beau dans la région.

En somme, on peut penser que la fonction langage jouit d'une certaine autonomie par rapport aux fonctions mémoire usuelles, et qu'elle utilise des circuits spécifiques - ce qui ne veut pas dire qu'il n'existe ni ponts ni identité des mécanismes. L'individuation du langage par rapport à la mémoire est régulièrement illustrée par les neurologues. On en a de fréquentes observations chez les personnes atteintes d'Alzheimer. Certaines ont des troubles de la mémoire très importants, alors que le langage est assez bien conservé. L'inverse est vrai pour les patients souffrant de lésions des aires de Wernicke : leur fonction mémoire est intacte mais ils ne peuvent plus parler.

Quant à moi, pour l'instant, j'ai personnellement un gros blocage sur les noms propres. Je sais bien qui est Tom Cruise, je connais sa filmographie, j'ai même entendu parler de sa religion. Mais si on me demande de citer une belle gueule du cinéma américain, je reste sec. Je pense à lui, mais son nom ne sort pas. Alors tu imagines le problème, dans une soirée, quand on me présente trois inconnus de suite, dont je sais que je devrai les recontacter ultérieurement.

De même, il me semble que j'ai pas mal perdu en ce qui concerne la mémoire des physionomies. Mon ami Gilles, qui est généraliste, se plaint aussi d'un déficit concernant cette fonction spécifique. Il avait eu autrefois en consultation un patient dont il avait traité de banales hémorroïdes. Il avait demandé à l'homme de se déshabiller, notant au passage qu'il avait des roubignoles grosses comme des oranges andalouses. La semaine dernière, un patient vient le voir et se plaint de douleurs qui font craindre une fissure anale. Gilles lui demande de se déshabiller. Tout en s'exécutant, le patient lui dit qu'il est déjà venu, qu'il a été traité pour des hémorroïdes, et s'étonne de ne pas être reconnu, car cela ne fait pas si longtemps... Au moment précis où il retire son slip, Gilles : "Mais si, bien sûr, je vous remets parfaitement…"

On se pose tous des questions. Pour l'instant, je crois m'en sortir. Je "crois", mais je ne peux pas savoir. Dans ce domaine, on est comme l'autruche. On conserve indéfiniment l'illusion qu'on illusionne son entourage. Plus on se détériore, plus on devient crédule.

L'illusion d'illusionner. Un comble.

[1] Inserm 2014