dimanche 10 janvier 2016

Une conne administrative


J'ai longtemps vécu en Moldo-Valachie. Et je peux vous le dire maintenant - pas très souvent sous de vastes portiques ! En fait de voluptés calmes… l'administration moldo-valaque m'a trop souvent donné des exemples de stupidité. Un certain nombre de fonctionnaires n'a manifestement pas les qualités intellectuelles pour remplir les missions confiées à leurs talents. Sans doute du fait de sa complication, l'application du Droit administratif est devenue une gageure dans ce pays. Perdus, ces fonctionnaires se raccrochent à la lettre de la Loi sans jamais chercher à voir plus haut que le bout de leur nez. Il faut dire qu'on ne leur a pas appris.

Ils pourraient se servir de leur bon sens. Il est probable qu'ils n'en sont pas privés, en dehors du cadre de leur travail. Mais ce serait les faire sortir du bois, que de le leur en demander. Ils auraient trop peur de se mettre en défaut (par rapport à leur supérieur hiérarchique). Ce sont sans doute des gens qui vivent en permanence dans la crainte.

Le pire est quand on tombe sur un con administratif ombrageux, ou décidé à faire connaître au monde entier son pouvoir de dire non.

"Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère !"

Il vous assène facilement ses fausses vérités, et ne supporte pas la contradiction. Tout est simplifié, rigidifié dans leur tête. J'ai souvenir d'une employée de mairie moldo-valaque qui soulignait au crayon rouge ses demandes : "attention, tous les documents que vous produirez devront avoir moins de trois mois !". Pas grave si dans les documents exigés, il y avait un acte de vente immobilière vieux de vingt ans, et mon passeport qui en avait sept. Elle voulait se donner le plaisir de humer l'encre fraîche de la photocopieuse.

On a beau leur démontrer qu'ils ont tort, ils ne peuvent baisser la garde. Ils répondent à côté aux questions qui les gênent, ou ne répondent pas, sans doute par crainte assez fondée de dire une nouvelle connerie.

Mais il n'y a pas qu'en Moldo-Valachie qu'il se passe des choses étranges. Il y a quelques mois, je me suis vu refuser l'inscription sur la liste consulaire des français vivant à l'étranger au motif que je n'avais pas d'adresse fixe en Thaïlande. J'avais le visa longue durée, les tampons du service de l'immigration, je respectais les conditions requises, j'avais un email pour être informé des mises en gardes par l'ambassade lors de troubles locaux (et c'était la seule chose qui m'intéressait dans cette inscription - il venait d'y avoir un coup d'état dans le pays). L'adresse parfaitement inutile pouvait être remplacée sur le formulaire de saisie du programme informatique par un quelconque dummy. Bref, j'étais de fait un français qui vivait à l'étranger, mais ce n'était pas suffisant. Peut-être y avait-il une cause à laquelle je n'avais pas pensé ? J'ai demandé plusieurs fois par courrier sur quel élément juridique était fondé ce refus. Pas de réponse. Reste-t-il encore une peur du nomade dans l'administration française ? Le souvenir scolaire du Hun derrière lequel l'herbe ne repoussait plus ?

Mais revenons à la Moldo-Valachie. J'y suis tombé sur une conne administrative de niveau 4. Ce n'est pas mal, un niveau 4 quand on sait que 5 représente le ciel de la connerie administrative. Je préparais des documents de mariage. J'avais élu domicile dans un vieux palais décrépi du centre ville. J'y étais connu de tous les services de police et tous les services fiscaux, et je ne manquais jamais une de leurs aimables invitations. Toutes les administrations me reconnaissaient unanimement domicilié dans mon vieux palais.

Il se trouve que je n'étais pas très souvent chez moi, certains devoirs m'obligeant à passer un temps notable en Ukraine. Le texte de la loi moldo-valaque, pour faciliter les choses, prévoyait qu'on puisse se marier dans la mairie de son domicile, OU la mairie d'un endroit quelconque où l'on aura tenu résidence depuis au moins un mois. Le texte ajoutait même d'autres possibilités, hors sujet, mais qui démontraient la flexibilité voulue par le législateur moldo-valaque.

Comment réagit notre conne administrative ? "Tenu résidence depuis plus d'un mois"…? Voilà une nouvelle règle de créée. Du moment que c'est contraignant pour le public, c'est forcément juste et bon pour l'administration. Désormais, pour se marier dans la mairie de son propre domicile, il faut en outre y avoir séjourné pendant un mois.

Je me suis donc vu infliger une interdiction de mariage formelle pendant le mois qui a suivi mon retour d'Ukraine. Avec assignation à résidence moldo-valaque si je voulais voir lever la peine.

En bref, je ne pouvais plus me marier chez moi, dans ma propre ville. On se serait cru chez les soviets.

Vous me direz que des cons, il n'y en a pas que dans l'administration. Ce n'est pas faux. J'ai eu un voisin qui vendait des mobs dans la vie de tous les jours, mais qui s'est révélé un législateur d'une incroyable inventivité. Il m'a déclaré un jour qu'une bande de mon terrain lui appartenait pour une raison contorsionnée, parfaitement insensée et grotesque. Il avait trouvé un quatrième moyen d'accéder à la propriété qui n'existait pas dans le droit français - et qui n'existe d'ailleurs toujours pas !