vendredi 1 avril 2016

J'ai trop honte, j'ai regardé Dirty Sexy Money



J'ai regardé une mauvaise série américaine. Je suis allé jusqu'au bout de la seconde saison. Errare... Perseverare… La série s'appelle Dirty sexy money. Elle a eu si peu de succès que les commanditaires n'ont pas reconduit les crédits pour une troisième saison. Et je ne pense pas que cette absence de réussite soit due à un excès d'originalité... J'ai honte.

L'histoire se déroule dans une richissime famille new-yorkaise. Genre les Hilton. Avec une mère pathétiquement tirée et refaite, et des enfants… un peu légers. Le pouvoir de l'argent est monté en paillettes. Un anniversaire ? On loue le Brooklyn bridge pendant plusieurs heures. Une fête, on s'adjoint les services de musiciens du philharmonique de New York… pour faire la musique d'ambiance. Comme on ne peut pas sortir, on s'offre un concert à domicile. Bref, le bourgeois en prend plein les yeux.

Le casting est à la hauteur. Le père, c'est Donald Sutherland (l'un des 12 salopards). Le personnage central est joué par Peter Krause, le héros de Six Feet Under. Il incarne de nouveau un personnage de Mister Good / Mister Wise. Son jeu est identique - on pourrait presque croiser les deux séries. Compare avec Bryan Cranston, le héros de Breaking Bad, et le père dans l'excellent Malcom : certes leurs personnages sont aux antipodes, mais Cranston est vraiment méconnaissable quand on passe d'une série à l'autre, il n'a jamais la même expression.

Oui, Krause est monolithique, mais c'est un acteur très agréable. C'est aussi l'un des producteurs de la série. On y trouve aussi une chinoise qui a des taches de rousseur, et qui joue habituellement des rôles de tueuse superbe et antipathique : impressionnante... surtout quand elle tourne le dos après avoir décoché une phrase cinglante et fait voler sa magnifique chevelure noire Sunsilk. Je veux la même !

Malheureusement, les intrigues sont tirées par les cheveux. La psychologie des personnages n'est guère plus élaborée que celle de Casimir ou Bruce Lee. On est souvent dans l'excès sentimental ou dramatique. Il n'y a pas souvent de surprises, sauf quand c'est incohérent - ce qui arrive ! Mais le suspens de fin d'épisode est assez réussi - c'est ce qui m'a enchaîné. La prise de vue est banale. Évidemment, ça fait toujours plaisir de voir New-York, surtout par en haut.

Le jeu est parfois presque mauvais - je dis presque… L'un des personnages n'a aucune crédibilité (celui du riche milliardaire ennemi), ni dans ses réactions, ni dans son histoire : il est black, mais censé avoir passé une partie de sa vie en Russie, ses parents étant russes - il faut vraiment avoir de l'imagination pour y croire.

La musique est vraiment nulle, cheap, du rabâché, avec l'amplitude qui monte très fort et s'arrête net pour les scènes de crises qui s'interrompent because publicité. Et des petites notes sentimentales pour le reste. A se demander si elle n'est pas délibérément ciblée ringard, pour un certain public (je n'ose te dire lequel). Particulièrement dans la première saison. On ne se rend pas compte à quel point la musique est consubstantielle des séries - et importante.

Je n'ai jamais vu Dallas ni Dynasty, mais ce que j'en ai entendu me fait penser que Dirty Sexy Money s'inscrit un peu dans la trajectoire.

Tu me diras : comment es-tu tombé sur cette série ? Pas compliqué, elle est mentionnée dans le livre de Piketty (dont j'ai fait un long commentaire sur ce blog). Piketty la cite en contrepoint de ses commentaires sur Balzac et Jane Austen, et la perception de la position de rentier au cours des derniers siècles : "Dans Dirty Sexy Money, on voit même de jeunes héritiers décadents, peu dotés en mérite et en vertu, vivre sans vergogne du patrimoine familial". Piketty s'inquiète de l'amoralité des américains à travers leurs productions télévisuelles - encore une pique contre les Etats-Unis… et un nouvel instantané de Piketty en jacobin.

Mais il n'a sans doute pas tout regardé - il a été moins faible que moi. Car il aurait remarqué que les héritiers ont des mérites et des vertus - avant tout d'avoir l'esprit de famille, LA valeur des séries américaines par excellence. Et à l'exception d'un des rejetons (et encore), ils ne sont pas mauvais, pas vicieux, pas sadiques.

Tu vas me dire que le moteur de la série, c'est de montrer que même très riche, on a quand même des problèmes. Démontrer que finalement, ce n'est pas si rose, il ne faut pas les envier - parce qu'ils finissent par perdre leur âme, leurs valeurs. Et l'autre projet de la série, c'est de montrer comment vivent les riches et t'en mettre plein la vue. Tu as bien résumé, c'est exactement ça.

Oui, j'ai regardé. Il y a des rebondissements à la noix, mais ça te tient quand même, tu as envie de connaître la suite. Les personnages sont suffisamment à la dérive pour en devenir attachants. Et tout au début, il y a une intrigue (qui a tué le père de l'avocat - not a spoiler) qui reste un fil rouge pendant les deux saisons - on attend la réponse. Le fil rouge, la fleur bleue, la couleur de l'or, quand son pouvoir dépasse tout ce qu'on connaît…ok, j'ai honte. Mais bon... je m'en remettrai ! Et puis je t'ai vu, l'autre jour, dans la salle d'attente de ton dentiste. Tu regardais Closer !