vendredi 1 avril 2016

Yann Moix et le style néo-nouille : une grosse déception


Abbey road à Bangkok

J'ai lu un Moix pour la première fois. Yann Moix, je l'ai connu en écoutant l'émission de Ruquier sur Europe (autrefois). Il était plutôt pertinent, clair, notamment dans ses analyses de livres (une fois par semaine). Pour tout dire agréable et sympathique. J'ai décidé de commencer par son premier livre, Jubilations vers le ciel, pour lequel il a eu un prix. Déjà le titre aurait dû m'alarmer. D'autant que je n'en ai toujours pas compris le sens. Et que le héros (ni personne) ne jubile vraiment. Surtout vers le ciel.

C'est pourtant possible ! Personnellement, il m'est arrivé de jubiler vers le ciel, en avion, tout content d'aller vers ma destination - Odessa par exemple. Dans le livre, il n'y a pas vraiment d'avion (ni d'oiseaux hilares). Je crois que c'était pour faire joli. "Jubiler", c'est sympa comme verbe. Et vers le ciel, ça vous élève d'un seul coup, ça vous met à portée de poésie.

Mais je n'ai pas fait attention au titre. Et j'ai commencé à lire. Heureusement, on comprend tout de suite. On peut prendre n'importe quelle phrase au hasard, surtout dans la première moitié du livre (ensuite, ça se calme). Exemple :

"Nestor a laissé sur le sable le dessin de Nestor. Un plan diabolique, il court, le voilà derrière les rochers, contourne la grève, descend par un chemin de pirate, retient son souffle de pirate, plonge hop comme un pirate et court plouf sous l'eau verte jusqu'au navire crâneur, c'est un cent mètres des mers, Nestor athlète se découvre toutes les palmes de la vengeance, il se fraye un couloir à travers les algues et les bans de poissons translucides, pourfend quelques squales sur son passage halluciné, crève un milliard de bulles, surfe sur les raies, chevauche l'hippocampe."

Je ne dis pas que c'est imbitable. Non, on comprend, si on fait attention. Et je ne suis pas totalement insensible à la magie du verbe de Moix. Mais justement, qu'est-ce que c'est verbeux ! Qu'est-ce que c'est ampoulé ! Je ne savais pas qu'on pouvait écrire encore comme ça à la fin du XXème siècle. Rien que le nom du héros, Nestor...

Bon, je vais être franc, ça m'a rapidement gavé, j'ai lu pas mal de passages, pour vérifier, j'en ai pioché suffisamment pour comprendre l'histoire, qui est d'ailleurs intéressante, jusqu'à la fin. Et j'ai refermé le livre.

Oui, l'histoire est intéressante. Ça pourrait être la matière d'un excellent roman.