mercredi 25 mai 2016

Elle avait imposé des rapports sexuels à un adolescent




Aujourd'hui,  le « Harmony of the Seas » quitte Saint Nazaire. Un ami m'a gentiment piégé, et je me retrouve dans la foule des curieux. Je les regarde avec fascination. Tout est dans la tête. Ils ont déjà vu le bateau au quai, parfois de près. Ils ont déjà vu d'autres bateaux, tout aussi gros, sortir ou entrer du port. Ce qui est important, c'est que ce soit « le plus grand bateau du monde » (il y en a de plus grands, mais pas des paquebots), que ce soit la première fois qu'il sort (en réalité, c'est la troisième), et sans doute aussi qu'il parte pour l'Amérique (en fait il va en Angleterre).

Qu'y a-t-il à comprendre dans ce départ ? Rien. Qu'y a-t-il de drôle ? Rien. Tout tient dans l'émotion que procure la rareté de l'évènement. Comme de voir passer 100 000 kilomètres tout rond sur le compteur d'une voiture ? Sans doute. Sauf que là, ils sont plusieurs milliers ensemble, et ça doit être important. Est-ce ainsi qu'on se fabrique de bons souvenirs ?

J'oublie quelque chose - peut-être l'essentiel : c'est un événement dont parlent les médias, et il est donc glorieux d'y participer. Comme je suis malveillant !

Heureusement, en lisant La Presqu'ïle Guérandaise (le canard local) pour me désennuyer, je tombe sur un passionnant article. Le titre dit tout. Elle avait imposé des rapports sexuels à un adolescent. Elle avait quarante ans. Lui treize. Elle l'a forcé à faire l'amour avec elle à trois reprises.

J'ai toujours une petite réaction d'étonnement quand on dit qu'on a forcé un homme. Personnellement, il me semble que j'aurais de la peine. Mais bon, malgré la diffusion de l'information, malgré internet, la libéralisation des mœurs, je ne sais pas ce que font les autres, et je ne parle jamais à un autre homme de mon fonctionnement sexuel – je ne sais pas vraiment pourquoi, j'ai arrêté à l'âge de douze ans. J'en parlerait plus volontiers à ma petite amie. C'est vrai qu'elle est directement intéressée.

Peut-être que d'autres le font. Personnellement, cela ne me gênerait pas. Après tout, c'est la nature. Mais je sens que ce serait perçu comme inconvenant. Quant à la médecine, elle ne s'est jamais vraiment penchée sur ce sujet : son domaine, ce sont les maladies, pas la gaudriole. Il n'y a donc aucune lumière à espérer de son côté.

En lisant la suite de l'article, je me demande trente seconde si le journaliste a fait exprès. On est maintenant au tribunal. La présidente a ciblé le vif du sujet. […] « Il avait une morphologie d'adulte » affirme la prévenue pour se dédouaner, aussitôt démentie par le juge photos à l'appui ! Photo de quoi ? Du vif du sujet ? J'imagine la partie civile faisant passer à la juge des photos de parties fort militaires, dans un splendide garde-à-vous.

Et le journaliste de conclure : « Du reste, l'adolescent était reconnu comme introverti »Introverti, inverti – j'espère que ce n'est pas une coquouille, en tout cas, cette conclusion me plonge dans un océan d'interrogations : quel... rapport entre l'introversion du jeune homme, et son intromission dans la quadragénaire ?





lundi 16 mai 2016

Infiniment mimi



Le pont de St. Nazaire

Si tu prononces le mot "infini", tu sais que je sortirai mon révolver. Il n'y a pas d'infini. Sauf en math, bien sûr, mais les créations mathématiques sortent de l'imaginaire.

L'idée d'infini est poussée en avant par les religions. Les catholiques en pointe. Avec l'infinie miséricorde de notre Seigneur qui nous promet une vie éternelle, et secula seculorum.

Il n'y a pas de temps infini. Il y a un début de la matière-temps, et bien sûr, il n'y a rien avant le Big Bang - c'est impossible par définition, puisque le Big Bang est le commencement de tout. Il faut arrêter de penser le monde physique comme des boîtes (la boîte du temps, la boîte de l'espace) qui contiendraient des évènements particuliers se déroulant dans le temps et dans l'espace. Ces boîtes n'existent pas, elles ont juste été utile, un moment, pour faire des calculs et fixer l'imagination.

Il n'y a pas d'espace infini, on a des idées sur la taille de notre univers, plus grand que le chapeau de ma tante, et même que le jardin de mon oncle. Avec de la patience, on pourrait le mesurer avec un double-décimètre.

Il n'y a pas d'infiniment petit non plus. Arrête avec ça ! Il y a du petit, du très petit. Jusqu'à la molécule, ça va, on se sent chez soi. Les molécules ont des caractéristiques spatiales. Il y en a même de gauchères et de droitières. Il y a les "trans" et les "cis". Évidemment, une petite molécule, c'est un peu difficile à voir. Mais on pourrait se la représenter comme une forme très floue.

Quand on regardait une paramécie à la loupe binoculaire, on utilisait un artifice. Un artifice analogique, qui donnait l'impression qu'on pouvait répondre positivement à la question : "est-ce qu'on la voit vraiment ?"

Avec le microscope électronique, on est moins chaud pour dire qu'on voit vraiment. Mais quand on regarde une belle photo de virus, justement prise avec ce microscope électronique, on a vraiment envie de dire : "Comme il est mignon ! Il ne lui manque plus que la parole…" Pourtant, les virus ne sont ni verts ni bleus, contrairement aux images numériques qu'on en présente. En revanche, ils ont bien une forme arrondie, avec sans doute des genres d'élancements protéiques, des spicules qui leur permettent de réagir avec leur environnement. Ils ont bien une écorce et un intérieur. Les macromolécules, c'est pareil. Elles ont des caractéristiques spatiales d'ailleurs ultra importantes pour notre vie quotidienne. Elles ont des formes.


On continue vers du plus petit encore… et quand on arrive au niveau de l'atome, là, c'est la tasse. Il y a cent ans, on pouvait encore se le représenter comme un mini système solaire, avec son noyau et ses électrons qui gravitent autour - très joli. Maintenant, c'est fini.

Au-delà d'un certain point, on ne "voit" pas les choses. Elles nous sont représentées à travers des compilations de données quantiques où on attribue des couleurs à chaque point, pour qu'elles parlent à nos esprits, selon un code déterminé pour stimuler au maximum notre imagination. L'imagerie par résonance magnétique (l'IRM, qui utilise l'effet d'un champ magnétique intense sur le spin des protons) en est un bon exemple. Mais il s'agit d'un artifice. J'ai envie de chanter :

Praestet fides supplementum
Sensuum defectui

(que la Foi viennent en aide à nos sens imparfaits - extrait du Tantum ergo)

Et si on utilise des artifices, c'est précisément parce qu'on arrive à un niveau où la matière ne peut plus être représentée, et non parce que nous n'avons pas les instruments d'optique qu'il faut.

La question qu'il ne faut donc pas poser, c'est… qu'est-ce qui serait plus petit qu'un atome (ou plus exactement, qu'une particule atomique) ? C'est une mauvaise question. On ne peut pas, au nom d'une logique idiote, fondée sur la notion d'infini, dire qu'il y a plus petit, et prétendre qu'avec d'autres outils, on saura plus tard diviser l'électron, le photon, on pourra en découvrir la structure, les composants. Les particules atomiques n'ont pas de structure. Elles se décrivent mathématiquement, elles se manifestent par leurs effets. Mais on ne peut et on ne pourra jamais les voir. On ne peut pas les représenter, sinon de manière très abstraite, insuffisante et erronée.

On ne peut pas aller au-delà. Il n'y a pas d'infiniment petit. A un moment, tu tombes sur des objets physiques qui n'ont plus les propriétés d'une pomme de terre. Tu ne peux plus les couper en deux. Parce qu'ils sont l'alpha de la matière. Il ne sont d'ailleurs pas que matière. Ils sont aussi énergie (e=mc2  tu te rappelles ?). La matière, à un moment, arrête d'avoir les propriétés de la matière que nous connaissons. On l'appelle aussi "matière", par commodité, mais elle est différente. Elle obéit à d'autres lois. Elle se définit de manière ondulatoire. Elle est régie par la mécanique quantique. C'est le rez-de-chaussée. Apparemment, on peut pas aller plus bas - tout le monde descend !

Imaginer qu'on va pouvoir continuer à la diviser, c'est suivre le parcours du poing dans la gueule de Zénon. Le poing accomplit la moitié du trajet qu'il a à faire, puis la moitié qui reste, puis encore la moitié, et encore, etc. Et toujours en divisant par deux, le poing n'arrive jamais, il lui reste toujours une moitié de distance à parcourir : il y a là une forme d'infini. Mais c'est un paradoxe : tu sais bien que le poing finira par arriver sur la gueule. Bien fait pour Zénon, ce zéro, zélateur de l'infini.
 
Coupons, divisons comme des fous. Le temps par exemple. Pourquoi imaginer qu'on puisse indéfiniment le fractionner en s'appuyant encore sur l'idée d'infini ? Déjà, il est établi que la mesure du temps est obligatoirement liée à celle de l'espace. En plus, on est en train de commencer à démontrer que le temps n'existe pas (j'en parlerai une autre fois). Dans ces conditions, le minimum qu'on puisse faire, c'est imaginer qu'à force de découpages, on tombe sur des morceaux de temps élémentaires, les plus petites briques de temps qui puissent exister. Discontinues. Le fait qu'elles sont comptabilisée suivant le point de vue de l'observateur (en mouvement par rapport à un autre - relativité restreinte), permet d'imaginer, pourquoi pas, que les particules de temps paraissent plus "espacées" dans certains cas. Mais la quantité totale de temps (le nombre de petits morceaux) restera le même.

On confond facilement l'incompréhensible avec l'imaginaire. Ou l'étonnant avec l'absurde. Ce sont des fautes de raisonnement.

Alors s'il te plait, arrête de tout penser avec l'infini en arrière-fond. Ma patience est loin de l'être… infinie. Seule est infinie l'estime que je te porte, mon cher lecteur !



St Marc, Bretagne, carte postale avec un petit air de Corse