dimanche 19 juin 2016

Vorace et coriace à la fois


Vorace le chat, et coriace l'oiseau, qui a profité d'une occasion pour
s'envoler cinq minutes après avoir été pris...


Aujourd'hui, j'ai eu une très bonne nouvelle. Mais avant d'en venir là, je voudrais rassembler pour toi quelques souvenirs universitaires.

J'ai appris il y a longtemps que le corps était formé d'un grand nombre de cellules. La cellule, c'est la brique de base. Il y en a de toutes sortes, spécialisées pour constituer tel ou tel organe. Des cellules du foie, qui sont de vraies usines chimiques, des cellules de peau, qui finissent par constituer un produit dur et se dessécher, ce qui fait qu'on n'a pas la peau comme la langue. Des cellules cérébrales, qui transmettent des influx électriques et constituent des circuits compliqués. Etc. Et de bêtes cellules qui servent à boucher les trous, à former des tuyaux (pour le sang par exemple), ou qui se contractent grâce à des électroaimants quand on fait passer un courant dedans – ce qui est pratique pour faire bouger les muscles. Tu sais sans doute tout cela, peu ou prou.

Chaque cellule est un genre de sac rempli d'eau pour l'essentiel, avec une paroi solide qui ne laisse passer que ce qu'elle veut, de manière à conserver un intérieur assez stable. Ce sac contient un noyau. Respect ! Le noyau, c'est la bibliothèque où se trouvent rangés tous les plans nécessaire non seulement à cette cellule en particulier, mais à l'être vivant que constituent toutes les cellules. C'est donc là que se trouve l'ADN. Et aussi les photocopieuses, car ce n'est pas le tout d'avoir les plans, il faut aussi emporter ces plans sur le terrain, pour que les usines sachent ce qu'elles ont à fabriquer et quel rôle elles ont à jouer.

Inutile de préciser que ce sont des photocopieuses intelligentes. Pas la peine de tout recopier. D'habiles messagers emportent ces plans là où on doit les utiliser, et lisent les bons passages. C'est un travail très bien organisé.

Dans chaque cellule, il y a plusieurs types d'usines. Certaines sont chargées de fabriquer des protéines, d'autres des lipides, etc. avec plusieurs chaînes de montage spécialisées pour chacun. D'autres de détruire les déchets, et éventuellement, de les jeter en vrac dehors. D'autres de stocker des éléments utiles ou dangereux – bien à l'abri. Tu l'auras compris, une cellule - une simple cellule, comme tu en as des millions ! - c'est vraiment beau.

Et l'énergie ? Il faut bien de l'énergie pour faire tourner les usines ? Heureusement il y a des centrales qu'on appelle mitochondries. Ces centrales sont de gros organites complexes, qui utilisent aussi des plans pour accomplir leur travail. Mais les plans ne viennent pas d'en haut, du bureau des ingénieurs ! Voilà qui est très étrange ! D'où viennent-ils donc ? C'est là qu'arrive la bonne nouvelle.

Quand j'ai appris tout cela, on m'avait dit que ces gros organites énergétiques, les mitochondries, avaient peut-être une curieuse histoire. A l'époque où ni les hommes ni les animaux existaient, époque qui se chiffre en plusieurs centaines de millions d'années, il n'y avait que des « cellules » primitives. Par exemple des bactéries. Une bactérie, pour simplifier, c'est une cellule toute seule, et sans noyau (pas de bibliothèque, les plans traînent à l'intérieur du sac). Mais il y avait aussi des organismes plus gros, mieux organisés, et dotés, eux, d'une belle bibliothèque bien rangée dans le noyau.

Tu me croiras où non, mais certaines de ces grosses « cellules » ont boulotté des bactéries. Pas mastiquées, non, bien sûr. Mais inclus ces bactéries dans leur sac. Résultat, la bactérie a "survécu", elle s'est sentie à l'aise dans le "ventre" de la grosse cellule. Celle-ci a utilisé et exploité les capacités de la bactérie à fabriquer de l'énergie pour elle-même. Un peu comme si on te cousait ton chat dans le ventre, et que vous continuiez tous les deux à vivre heureux. C'est magnifique, non ? (enfin quand je dis « un peu comme si », c'est vraiment « un tout petit petit peu »).

Voilà ce qu'on m'avait raconté avec des « si » et des « peut-être ». Dix ans plus tard, j'avais à peu près fini mes études, ou du moins, je ne faisais plus de cytologie. J'ai quitté l'université avec ces « si » et ces « peut-être », et j'ai oublié. Et là, voilà que par hasard, en lisant le cours de CAPES sur l'évolution darwinienne, je tombe sur une confirmation. Oui, on a fait une enquête, on tient le coupable : on est quasiment sûr que la cellule a boulotté la bactérie. Parce que justement, la bactérie-mitochondrie de la cellule contient ses propres plans, et qu'on ne saurait l'expliquer autrement.

La fin d'un beau mystère. Va savoir pourquoi, je suis tout joyeux !

Et si je me le fais coudre dans le ventre, ça va m'apporter quoi ?