mardi 13 septembre 2016

Romans autobiographiques et livres de débutants


Le soir, avant le pont Saint Louis - Paris

Je viens de terminer Odile, de Raymond Queneau. Cela faisait une éternité que je n’avais rien lu de lui. Le problème des auteurs qu'on adore, c’est qu’on veut tout lire d’eux : au départ, on tombe sur les meilleurs livres ; puis on arrive aux moins réussis ; puis aux œuvres de jeunesse ou aux ratages. Qui a lu le Rose et le Vert de Stendhal sait de quoi je veux parler. Et là, on est un peu triste parce que c'est fini, on est arrivé au bout. Et on termine avec un mauvais goût dans la bouche.

Je pourrais aussi citer L’homme qui rit, de Hugo, qui est une m… comparé à Quatre-vingt-treize, les Misérables, Notre Dame de Paris, les Travailleurs de la mer, etc. A côté des vingt ou  trente meilleurs de Balzac (quand même !) combien de livres mal conçus, mal ficelés, mal finis a-t-il écrit ? Dans les Rougon-Macquart de Zola, le rêve est quand même très faible. On pourrait donner cent exemples. Si on n'y fait pas attention, l'image de l'auteur génial finit par être écornée.

Odile fait partie des trois livres autobiographiques de Queneau, des œuvres de jeunesse. Il y raconte sa vie à Paris, ses contacts avec les surréalistes (sans les nommer explicitement), avec d’autres groupes engagés politiquement et des membres de la pègre.

On pourrait faire plusieurs reproches à ce livre. Le personnage qui lui donne son titre n'émerge que dans la seconde moitié, avant, il est inexistant ou insignifiant. Honnêtement, il n'a jamais vraiment d'épaisseur, mais c'est sans importance : ce n'est pas le propos de Queneau. Le livre manque d'un soupçon de tension qui emmènerait le lecteur plus facilement du début à la fin. Le style est encore en gestation, il ne chatoie pas encore, même s'il est déjà agréable.

J’ai retrouvé avec plaisir un personnage à la Queneau, Pierrot lunaire gentil, à côté de la plaque, malgré tout lucide. La lecture qu’on fait des personnages surréalistes, du fonctionnement des groupes politiques ou autres, de leurs stratégies, de leur sectarisme, de leurs petites malhonnêtetés et de leur refus de la réalité est plutôt distrayante.

Odile est un roman de rite de passage : le fond de l’histoire est l’accession à l’âge d'homme. Après diverses expériences, le jeune héros accepte d’être banal, d'être comme les autres, de n'avoir rien d'extraordinaire - et notamment de tomber amoureux. C’est plutôt touchant. Surtout quand on pense à quel point l'auteur s’est révélé être au dessus des autres.

Car je considère Queneau comme l’un des plus grands romanciers du siècle dernier (pas à cause de Zazie, qui a été une mode). Odile n’est certainement pas un grand roman - mais se laisse lire… rapidement, car il ne fait qu’une centaine de pages. Les amateurs de Queneau préféreront relire un de ses chef-d'œuvre. Ses amis auront plaisir à regarder la carte postale de sa jeunesse.


Le pont Sully sur la Seine