vendredi 9 septembre 2016

Quand mon ordinateur me ment, je prive ma souris de fromage


Un plafond de grand magasin,quand on enlève le plafond blanc uni, c'est bien plus beau

Quand j’ai commencé l’informatique, j’ai lu un livre fascinant : "Apple human interface guidelines". C’est le livre officiel des ingénieurs d’Apple qui décrit comment un programme doit se comporter pour être intégré harmonieusement dans l’environnement à la pomme. En d’autres termes, il avoue tous les petits mensonges que l’ordinateur fait aux utilisateurs, il raconte comment il les leurre de A à Z.

Ainsi, j’ai découvert qu’il n’y avait pas une petite corbeille dans mon SE30. Mais un ensemble de lignes de programme qui repérait qu’on avait tiré un objet dessiné sur l’écran jusqu’à une certaine zone, là où se trouvait le dessin de la corbeille. Puis allait chercher dans le grand livre des objets où se trouvait réellement dans le disque dur l’objet symbolisé sur l’écran, effaçait sa mention dans le grand livre, supprimait plus ou moins sa trace sur le disque, faisait disparaître son dessin de l’écran, remplaçait le dessin de la corbeille par un autre, etc.

Le livre expliquait comment le programme devait être "user friendly", amical pour l’utilisateur. Si on avait lancé une commande, l’ordinateur devait faire un discret signe de tête à cet utilisateur pour lui dire : ok, boss, j’ai bien compris, j’ai mis en route la procédure pour faire ce que tu m’as demandé. Surtout pas un gros signe de tête qui aurait désarçonné l’utilisateur ("mais qu’est-ce qu’il me veut, celui-là ?") Pas un silence glacial non plus ("il a compris, ce con ?"). Non, juste un "blink", ou un très bref passage du blanc au noir puis retour au blanc d’une icone.

(Tiens, en passant, à propos d’icone, tu sais qu’on écrit ce mot avec un accent circonflexe quand on désigne un petit tableau religieux peint sur bois, et sans accent quand on est dans la symbolique informatique ? Ridicule, non ?)

Bref, les "Apple human interface guidelines", c’était une révélation. Oui, merci, je suis pas débile, j’avais compris que la petite corbeille n’était ni en plastique, ni en osier, ni en métal perforé. Mais de là à voir décrit tout se qui se passe dans les coulisses ! Tout ça pour faire croire qu’on a réalisé sur l’ordinateur un geste naturel de la vie courante ! J’étais bluffé. Quelle affreuse et délicieuse entreprise de tromperie ! C’est une des raisons qui m’a encouragé à programmer. Pour un menteur pathologique : une occasion inespérée.

Hier, un ami m’a envoyé une petite devinette mathématique. J’ai planché pendant une heure, sans trouver la solution. Et je suis allé me coucher. Le lendemain matin, au réveil, une petite voix m’a rappelé le problème et donné la solution. Je suis allé à l’ordinateur, j’ai regardé. Oui, ça collait parfaitement.

C’est ça qui est beau dans le cerveau humain. Il est construit selon les ""Apple human interface guidelines". Il te fait croire que tu réfléchis consciemment, il t’amuse. Pendant ce temps, des daemons vont bosser à ta place. Comment ils bossent, on ne sait pas vraiment. Mais en tout cas, ils sont efficaces.

Là, ce matin, ils ne se sont pas donné beaucoup de peine pour dissimuler leurs petites manœuvres nocturnes. D’habitude, ils sont plus cauteleux.

Tout ça pour en arriver à quelle conclusion ? La conscience humaine n’est qu’une interface. Une couche supplémentaire. Mais l’essentiel de la programmation lourde, l’ensemble des décisions, ce qui fait de nous des animaux évolués, ça se passe en cale, c’est totalement invisible. La conscience humaine, c’est la corbeille de ton écran qui grossit quand tu la remplis : totalement bidon.


Tu te reconnais sur la photo ?
(http://www.favorisxp.com/icones-corbeille-trash-icons.html)