lundi 12 décembre 2016

Twitter et la rédemption de @pascalodessa


Un oiseau dans ma cuisine : "To twit or not to twit..."


J'ai longtemps été méfiant vis-à-vis de Twitter. Je l'ai confondu dans mon aversion pour Facebook. Ce que je vois de Facebook, ce sont souvent des pages narcissiques - comme un ado qui décore sa chambre pour démontrer comme ses goûts sont éclectiques, comme il est tellement différent des autres, tellement unique. Il pourrait pisser aux quatre coins de sa chambre comme un chien, ça ferait pareil, non ?

Il est vrai que je n'ai pas tout compris. Le concept de "follower",  principe de Twitter, ne fait pas forcément référence à des fans, des suiveurs, des épigones. De même, un "ami" de Facebook n'est pas obligatoirement un ami. Heureusement qu'on m'a dessillé.

Si tu as un compte Facebook et que tu es au collège, tu auras les trois-quart de ta classe en "amis". Si tu ne le fais pas, c'est un signe d'hostilité assez peu équivoque. Alors si tu as la perspective de passer encore plusieurs années avec ces condisciples, tu as intérêt à ménager l'avenir.

Mon fils Arthur, qui m'a fait profiter de sa science, décrit trois ou quatre utilisateurs-type de Facebook.
- D'abord le narcissique populaire aux mille amis avec lesquels il forme une bande si sympathique. Il poste souvent, et parfois, il est totalement accro à Facebook ; il  s'y connecte plus de vingt fois par jour. Ce profil est loin d'être l'exception - surtout depuis que Facebook a remplacé MSN.
- Ensuite, l'auteur qui va promouvoir un livre, vendre ses photos, ou le demandeur d'emploi qui veut donner une bonne image de lui. En fait d'auteurs, il y a aussi des escrocs - je t'expliquerai plus loin.
- Enfin celui dont les amis de Facebook sont réellement ses amis. Cela dit, un compte lambda dans la jeune génération fait en général plus de cent cinquante amis

J'ai tendance à penser que Facebook aplatit les relations. Tu envoies un message qui n'est pas personnalisé, comme si tous tes amis étaient sur le même plan, comme si c'était des clones.  Ça me fait peur, mais c'est sans doute irrationnel : ça tient au fait que "ami" dans Facebook ne veut pas vraiment dire ami. Ne pas confondre un réseau social avec un réseau amical…

Il me semble aussi que Facebook contrevient à la loi des atomes fourchus. Je t'explique. Tu rencontres quelqu'un, tu lui parles. Tu te dis que vraiment, vous avez des tas de points communs. Avec en filigrane l'idée que chacun a tout au plus quelques dizaines de centres d'intérêt qu'il peut partager avec d'autres. D'où cette agréable impression d'un petit miracle quand tu rencontres quelqu'un avec qui tu as des atomes crochus. Erreur. En réalité, tu as des milliers de points potentiellement communs. Du fait de dormir en chien de fusil à un intérêt pathologique pour les films d'Eric Roehmer en passant par la crème de marrons Clément Faugier.

Ce qui explique déjà une chose : il y a peu de chances pour que les amis de tes amis soient tes amis. La formule est toute de politesse, en rien sincère. Car si tu établis des relations avec quelqu'un au nom d'affinités {a,b,c,d}, il y a toutes les chances pour que ta relation avec quelqu'un d'autre ne soit pas établie selon  {a,b,c,d}, mais plutôt {m,n,o,p} - par exemple. Bon, à la limite, je t'accorde un petit point commun, {c,n,o,p}. Tu suis ? C'est clair, non ?

En réalité, quand il s'agit de relations au long cours avec une certaine intimité (je pense à la cohabitation, pas seulement au sexe), ce qui est important, ce sont les atomes fourchus, pas les atomes crochus. Les atomes fourchus sont les raisons qui rendent assez vite la vie commune insupportable. X se complait dans un désordre indescriptible, alors que Y aime l'ordre. Y fait du bruit quand il mange, il ouvre la bouche, ce que X ne supporte pas. X pense que mentir facilite la vie, alors que Y est assez intransigeant sur la franchise. Je n'en dis pas plus, tu as toi-même expérimenté tout ça.

Le résultat, c'est qu'il te sera plus facile de vivre avec quelqu'un de neutre, non dérangeant, tolérant, avec qui tu n'as pas particulièrement d'affinités, qu'avec une autre personne avec qui tu partages plein de passions et d'idées communes, mais avec qui tu as trois atomes fourchus !

Bref, Facebook contrevient en apparence à cette loi des atomes fourchus, puisque les amis de tes amis deviendront très facilement tes amis… mais en apparence seulement. D'abord parce qu'il n'est pas prévu que vous viviez ensemble. Ensuite, parce qu'il ne s'agit pas vraiment d'amis, au sens fort.

Un truc énorme avec Facebook, c'est la proximité avec la célébrité. Il paraît qu'il y a une limite supérieure au nombre d'amis qu'on peut avoir : 5000 connections (curieusement, on ne parle plus d'"amis"). Là, ça veut dire qu'on a atteint une forme de gloire, de célébrité. Certains peuvent donc passer du statut "populaire" au statut "célèbre" : transition progressive, toute en douceur. Avec possibilité d'aller au-delà de 5000 par une fonction supplémentaire de Facebook. Ça donne un peu le vertige.

J'ai eu moi-même, il fut un temps, une once minuscule de gloire dans un domaine annexe qu'il ne vaut pas la peine de mentionner. C'était agréable. Alors je comprends que ça en fasse rêver d'autres. Même si ma mini-célèbrité passait par d'autres canaux que l'addition d'amis sur un compte.

Maintenant, il paraît que Facebook a des comportements assez limite. Si tu es un artiste, tu vas mettre un contenu sur Youtube. Tu seras connu en fonction du nombre de vues que tu auras obtenues. D'où, notoriété qui pourra mettre un peu de lard dans ta soupe de poète. Mais des escrocs peuvent tout simplement voler ton contenu, le mettre sur Facebook, et s'ils obtiennent assez de vues, il peuvent avoir des revenus genre publicité. Ces gens y gagnent, et Facebook aussi (également à travers la publicité). Il n'y a aucun lien vers l'artiste original, qui ne peut même pas retrouver son œuvre piratée. Bref, c'est une pure arnaque, sur laquelle Facebook, personnellement intéressé, ferme les yeux.

Et ce n'est pas une petite chose. Sur 1000 vidéos montrée sur Facebook, 780 viendraient de Youtube. Un trafic énorme au détriment de la création individuelle.

Bref, j'ai un compte dormant sur Facebook - juste pour aller voir le Facebook de gens qui m'invitent. Et je n'ai pas envie d'autre chose.

Mais j'ai depuis peu un compte Twitter.

Il semblerait que Twitter ait encore le cul assez propre. C'est une société totalement indépendante, ni affiliée à Facebook, ni à Google, ni à Yahoo, ni à Microsoft, ni à dieu sait qui. Détail intéressant, quand tu viens de t'inscrire, il ne spamment pas, à part une ou deux fois tout au début.

Je pensais que Twitter, c'était vraiment déconnant. Pourquoi suivre d'autres gens, pourquoi les follower ? Je ne suis pas un mouton. Je peux vivre ma vie tout seul - certainement pas par procuration.

Et puis 144 caractères maximum pour un twit, tu imagines la tête de Proust ? Que peut-on dire d'intéressant dans un message aussi bref ?

J'ai totalement changé d'avis. Être un follower, ça veut simplement dire être abonné aux messages de quelqu'un d'autre. Il n'y a aucune servilité là-dedans. C'est une manière d'être informé de manière laconique - ce qui est appréciable. Le follower va regarder sa page Twitter sur internet, et il verra tous les messages des gens qu'il suit. C'est rapide, c'est efficace.

Alors à quoi ça va servir ? Tu as remarqué que je publie dans quatre directions principales. Il y a ce que je peux partager de mon expérience en Thaïlande. Il y a les livres de vulgarisation scientifique, principalement dans le domaine de la physique. Il y a les séries américaines ou autres. Et le reste, politique, coups de gueule etc. Je suis sûr qu'il n'y a qu'une fraction qui pourrait t'intéresser. Si tu as un compte Twitter, tu pourras le consulter de temps en temps, et en fonction de mes twits, où je mettrai un lien, tu pourras choisir ce qui t'intéresse. Et puis tu pourras aussi réagir plus facilement en répondant au twit.

Tu vas objecter que je pourrais t'envoyer un mail. Non, je ne peux pas, il y a des gens que je n'ai pas le plaisir de connaître qui me lisent. Tu vas me dire qu'il te faudra faire l'effort d'aller sur ta page Twitter. Ben oui, peut-être. Il faudrait que tu mettes un raccourci dans ton browser internet.

Enfin tu vas me dire que tu ne veux pas ouvrir un compte Twitter juste pour suivre une seule personne. Bien reçu. Mais en fait, on s'aperçoit très vite qu'il y a des gens qu'on veut suivre. Moi par exemple, j'ai décidé de suivre mes enfants, j'ai découvert que j'en avais deux qui étaient très bavards sur Twitter !

Un lion à Moscou : "Mais comment twitter ?"