samedi 28 janvier 2017

La bêtise du sportif : quelques préjugés sur la santé


Une jeune joggeuse de ma connaissance en plein effort

Ce matin, je terminais sur la terrasse un petit plat de riz aux champignons chinois quand j'ai vu apparaître un trio de joggers au coin de la route. Un monsieur d'un certain âge et un jeune couple. Les jeunes ont la tenue qui va, un peu flashy. La femme a une casquette de base-ball, avec à l'arrière, la petite sangle qui permet de régler le tour de tête. Elle y fait passer une queue de cheval d'une fort belle tenue. Elle a le look de la jeune occidentale qui fait attention à sa forme - un standard.

A la main, elle tient une bouteille d'eau minérale. Étant donné l'aspect peu sportif du monsieur plus vieux, je ne les crois pas partis pour un grand tour de l'île. Alors pourquoi cette bouteille ?

Tu sais comme il est pénible de tenir quelque chose à la main quand on court. Même un simple téléphone. Sans doute le fait de mettre en tension l'ensemble du bras, pour contenir son inertie lors des mouvements qu'on fait automatiquement pour accompagner ceux des jambes. Un téléphone pèse un peu plus de cent grammes. Alors qu'une bouteille pleine, trois cent trente grammes ! Il faut avoir des convictions pour s'imposer ce pensum...

Il n'y a pas plus de quarante ans que les français se préoccupent de leur santé. Avant, ils clopaient, picolaient, bouffaient de la crème fraîche, du bœuf à tous les repas et ne faisaient pas de sport. Comme aujourd'hui en Thaïlande ou en Russie - à part dans les classes éduquées. Avec cette préoccupation est apparue une forme de désinformation publicitaire qu'on peut résumer ainsi : le corps est un réservoir qui fuit, et qu'il faut remplir en permanence sous peine de tomber en panne. Il n'y a rien de plus éloigné de la physiologie humaine que cette assertion.

Le corps vit grâce au fonctionnement harmonieux des cellules. La plupart sont des usines chimiques plus ou moins spécialisées - j'entrerai un jour dans le détail, c'est un monde d'êtres magnifiques et subtils dont on ne chante pas assez les exploits.

Il se trouve que les cellules sont séparées du monde extérieur par trois barrières. Et pas des petites palissades en bois qu'on renverse d'un coup de botte. Non, chacune des barrières est un grillage électrique, infranchissable, avec des passages étroitement surveillés, où on doit présenter des badges pour pouvoir entrer. Ne me demande pas le détail - je raconterai un jour. Mais crois-moi, on n'entre pas comme ça dans les zones industrielles du corps !

Alors, quand je vois ces sportifs pathétiques à qui on a dit qu'il fallait boire quand on faisait du sport, qu'on évitait les crampes… Combien de conneries on leur a déjà fait avaler ? Il n'y a pas si longtemps, une séance qui ne commençait pas par des étirements était vouée à la destruction musculaire, au hachage menu articulatoire, à la damnation ligamentaire… jusqu'à ce qu'on découvre qu'au contraire, les étirements avant le sport étaient souvent néfastes. Combien de regards réprobateurs ai-je surpris en entamant à froid un entrainement… Et combien ridicules ces beaux athlètes qui se tiraient sur les orteils d'un air inspiré !

Et les filles qui ont trop regardé de ventres plats et de bouteilles de Contrex à la télévision avant le journal de vingt heures… Qu'on voit traîner dans les bureaux avec leur burette ridicule qu'elles apportent tous les jours au travail, religieusement… comme si leur survie en dépendait, dans un terrible désert de Gobi - l'open space de leurs bureaux à la Défense, où poussent sans doute des cactus ! Sainte Sauvegarde de leur transit - vitesse à laquelle leur pré-merde circule dans leurs huit mètres de tripes avant de sortir… avec ou sans bulles…? Oui je sais, c'est ignoble. Mais moins que le racolage mensonger des marques à la télé.


Bien trouvé, le coup de la tétine gratuite pour habituer le bébé à boire de l'eau minérale . Et le mannequin sans soutif - qu'il est bon le lolo de maman...déplaisante ambiguïté ! La pub est ancienne, on a trouvé plus malin depuis.

Sagesse du corps animal
A partir de deux heures d'effort cardiaque, tu sentiras une soif salutaire. Peut-être un peu avant s'il fait plus de 23°. Mais pendant la première heure… ridiculement inutile. A peine entré dans le corps, l'excédent d'eau ira dans les reins, après avoir exercé une légère surpression sur ton cœur et tes vaisseaux, avec la perspective de se faire pisser assez rapidement. Aucun bénéfice, à moins d'avoir commencé son effort en étant déjà déshydraté.

J'oubliais les sels minéraux ! Va voir le PDG de chez Toyota, montre-lui une petite barre de fer, et explique lui que c'est ta contribution pour aider à maintenir ses stocks et faire tourner ses usines : avec ta fiole d'Evian, tu es tout aussi grotesque.

Les trois barrières qui protègent les zones industrielles du corps assurent son homéostasie,c'est à dire la permanence des équilibres. Tu crois vraiment qu'il a besoin de cette petite pissette publicitaire pour survivre, alors qu'il est capable de maintenir ton corps entre 36.8° et 37.4° au Soudan comme en Sibérie ? D'organiser des zones d'acidité avec un pH à 5, ou basique avec un pH à 8 - tout ça dans la même enveloppe ?

- Arrête de prendre ton corps pour un imbécile ! me disais-je en regardant disparaître la fille à la queue de cheval, pensant - idée saugrenue - que sous une queue de cheval se cache un trou du cul, et qu'en l'occurrence, ce trou du cul se trouvait à quelques centimètres de son cerveau...


La jeune joggueuse fait des étirements modérés après avoir fait son exercice : sage !