jeudi 12 janvier 2017

Trois Holmes et un bouquin


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Je relis encore avec plaisir les neuf romans et recueils de nouvelles de Conan Doyle dont Sherlock Holmes est le héros. Il a eu une incroyable postérité : d'après Wiki, il y aurait eu plus de deux cent cinquante reprises à la télévision et au cinéma des aventures de Sherlock.

Personnellement, je n'en ai vu que trois.

Je ne dirai rien de la plus ancienne, un sympathique pastiche qui eut son heure de gloire, la solution à 7%  - cela fait trop longtemps pour que j'en parle. Je me rappelle seulement que le livre était plus drôle que le film.

Les deux autres sont deux séries en cours de développement - je n'ai donc pas encore tout regardé. Mais on peut déjà se faire une opinion.

La première série se passe à Londres. Elle commence en 2010. Avec une programmation au compte-goutte. En revanche, l'autre Holmes, commencé deux ans plus tard, est beaucoup plus prolifique - on en est à la saison 5 avec une pléthore d'épisodes. Elle se déroule à New York et s'intitule "Elementary". Toutes deux sont des adaptations contemporaines du personnage de Doyle.

On comprend bien le succès de la version londonienne. L'acteur qui joue Holmes, Benedict Cumberbach est bon, il a une gueule d'enfer, on aime bien qu'il résolve toutes les énigmes, on est content que ça se passe dans le sens qu'on souhaite : la magie charme nos petits cœurs d'enfants et en même temps, le monde reste logique et rassurant - puisque tout s'explique au final ! Pas comme cette p... de physique quantique, par parenthèse...

Londres garde son charme. Il y a quelques trouvailles dans la prise de vue - par exemple un décor qui en abrite un autre - et la caméra en reculant dévoile l'emboitement. L'ensemble est manifestement réalisé avec de gros moyens - et plutôt bien.

Les relations entre Holmes, Watson, sa femme et d'autres personnages récurrents sont exploitées jusqu'à l'os. On peut dire que le personnage est sérifié, car le récit parallèle de la vie personnelle et de vie professionnelle des héros est maintenant la norme, particulièrement dans les séries policières.

Le scénariste, tu le connais peut-être, c'est Steven Moffat : il a signé les deux dernières saisons de "Dr Who", une autre série anglaise orientée SF. Ceci explique cela : Holmes comme Dr. Who sont des hommes jeunes, très hystériques, outranciers, limite infantiles. Ils se ressemblent énormément. Le concept de flegme, cher aux héros britanniques d'antan, a bel et bien vécu...

Par ailleurs, quoique cela s'applique moins à Holmes, on peut critiquer le sexisme de Moffat. A partir du moment où il devient le scénariste exclusif dans Dr. Who, l'héroïne, assez dégourdie jusque là, subit une terrifiante cruchifiction...

Chaque épisode du Holmes de Londres dure une heure et demie. Holmes est un énergumène démonstratif, et il en rajoute. Des inscriptions passent sur l'écran, textos qui défilent trop vite pour qu'on puisse lire, compositions diverses incluses dans l'image, un arsenal un peu bas de gamme pour montrer à quel point le héros pense vite et comme il est multitâches. Cela va paraître gentillet d'ici pas longtemps. Beaucoup de spectacle, un défilé de surprises. C'est exactement le contraire d'ennuyeux : c'est terriblement fatigant. Le côté positif, c'est qu'on adore ces surprises et il n'y a pas de temps mort.

Malgré l'aspect entortillé des intrigues, le Holmes de Londres ne donne pas à penser, c'est un simple divertissement. Alors je regarde… en trouvant que c'est quand même trop souvent prise de tête, tiré par les cheveux, et que ça manque de charme.

L'autre Holmes, "Elementary", se passe dans le New-York d'aujourd'hui. Plus classique dans sa forme, il raconte des enquêtes plutôt bien ficelées. Il n'y a pas de fil rouge - les épisodes peuvent presque se regarder dans n'importe quel ordre, à part quelques exceptions. L'acteur qui tient le rôle principal est bon, et présente un Holmes plus humain que le Holmes de Londres. Nettement plus subtil, et moins spectaculaire. Plus dubitatif que le Holmes de Conan Doyle - et donc pas très conforme. A noter que le flic du NYPD qui fait appel à Holmes, pour une fois, n'est pas le fantoche ridicule qu'on montre d'habitude, il est plutôt sympa et intelligent. Ça change.

Alors que le Holmes de Londres joue beaucoup sur le relationnel entre une demi douzaine de personnage, le Holmes de New-York se concentre sur les relations entre Holmes et "la" docteur Watson. Ce n'est pas la première fois que Watson est représenté par une femme. Et cela n'apporte pas grand-chose - tellement classique, la relation qu'on voit par exemple dans "Bones" entre la spécialiste forensic et le flic, ou dans l'excellent "Mentalist" entre la femme flic et le consultant. Voire entre le Dr. House et son interne Cameron.

A propos de House, le Holmes de New-York lui emprunte beaucoup. Un comportement habituellement qualifié de grossier, mal élevé - y compris avec les femmes. Le culte d'une certaine vérité - you just lied ! - quelles que soient les implications négatives de sa révélation. Et même, il lui ressemble physiquement. Malheureusement, Holmes a moins de panache que House. Certaines scènes peuvent friser le ridicule.

Sont-ils si différents ?


Reste qu'il y a une intéressante originalité dans la relation du Sherlock de New York avec sa Watson : ils vivent ensemble - et une grande partie des enquêtes se passe au domicile commun, dans une familiarité cosy de faux couple. Certains feront remarquer fort justement qu'elle est beaucoup plus souvent en train de préparer la bouffe que lui...

Holmes fait ses exercices physiques torse nu (on ne le voit pas en slip !), et il la réveille quand elle est au lit - chambre à part ; ou bien elle est dans la cuisine en train de prendre son petit-déjeuner, tranquille, et il vient la rejoindre. Ils ne forniquent pas. On devine que la fille n'y verrait pas un inconvénient majeur. Mais Holmes a un vieux chagrin d'amour... peut-être un prétexte. Alors on est les voyeurs de cette intimité - et je n'ai pas trouvé ça ailleurs.

C'est une situation bloquée... donc calme. Finalement assez agréable en un sens : la vie conjugale, la compagnie sans obligations sentimentales. "You have a partner..." dit Holmes, assez satisfait, pour définir cette relation très proche  (saison 2). Ça fait réfléchir à ses propres choix !

Par ailleurs, la série revisite intelligemment les rapports de Holmes avec son frère Mycroft et son ennemi personnel, Moriarty. Un bon point.

Un truc dont les critiques ne parlent peu, c'est de leurs émotions intimes vis-à-vis des acteurs ou actrices - je ne parle pas du jugement qu'ils portent sur la manière de jouer, mais sur l'inclination qu'ils peuvent avoir pour tel ou telle. Autant l'avouer, je suis ému par la chinoise américaine qui joue le Dr. Watson : Lucy Liu me fascine, surtout quand elle louche (c'est-à-dire presque tout le temps). Mon jugement est faussé, et le simple fait de voir cette fille augmente sensiblement mon intérêt pour cette série. De là à dire qu'il le résume... Non, je suis injuste : le Holmes de New-York tient bien la route.

Finalement, ni la série anglaise, ni l'américaine ne peuvent remplacer le plaisir que me donne - encore aujourd'hui - la lecture de Conan Doyle. Son Holmes est un scientifique froid, obsessionnel, original mais pas dingo : tout le contraire de ses héritiers. Je ne questionne pas l'actualisation des décors, et les libertés prises avec les personnages. J'accepte volontiers qu'on s'éloigne du roman. Encore faut-il que cela apporte un plus. Ce n'est pas toujours le cas : les démêlées relationnelles qui forment la trame des deux séries ne peuvent remplacer la magie des aventures du Holmes de papier : elles ont le charme de l'enfance. Alors... back to the trees !

Dommage, la réponse se trouvait dans la seconde image.