dimanche 28 mai 2017

50 clés pour (ne rien) comprendre (à) la physique quantique - par Joanne Baker




L'auteur est apparemment une anglaise...


Elle a fait ses études de physique théorique à Cambridge, puis à Sydney. Parfait.

Son livre est une purge. Le genre d'ouvrage qui me donne une fureur glaciale. Glaciale, forcément, car même si je trouvais le cactus, même si je pouvais en enduire les piquants avec du piment brûlant, je ne pourrais pas m'en servir pour empaler Joanne Baker et la punir d'avoir écrit un si mauvais livre. Tu me trouves un peu cruel ? Non : je suis juste et modéré.

Pourtant, autant que je puisse en juger, il n'y pas ou très peu d'erreurs. Parfois des prises de position qui paraîtront inutilement engagées et donc incertaines - mais c'est véniel.

Non, ce que je reproche à ce livre, c'est qu'il ne raconte pas la physique, il ne l'explique pas : il la présente. Attend, je vais t'expliquer. Imagine une démonstration de math qui aurait été expurgé de tous les signes plus, moins, divisé, inférieur, égale, etc. Tu y comprendrais quelque chose ? Tu aurais tout, bien en ordre… mais la relation entre les éléments : que dalle !

Ce livre, c'est pareil. La logique est apparente. Baker n'en dit pas assez pour qu'on puisse comprendre. Un peu, oui, pour qu'on imagine bien qu'il y a une relation logique - mais laquelle ?

On y lit parfois des trucs bizarres comme :

Newton observa que la lumière se comportait comme la houle – s’incurvant autour des obstacles et se renforçant ou s’annulant là où les vagues se superposent. Il en déduisit que la lumière, comme l’eau, était constituée de particules minuscules, les « corpuscules ».

 
C'est la description typique d'une onde et non d'un corpuscule. Comprenne qui pourra.


On m'a offert des livres de ce genre quand j'étais petit : sniff...


Oui, on m'a offert des livres qui n'expliquent pas mais qui font semblant. Or le plaisir, l'orgasme intellectuel, c'est bien de comprendre, non ? Et si on se borne à te présenter et que tu ne comprends pas alors que tu penses que tu devrais comprendre, tu es dégoûté, tu te sens con, tu cherches un arbre où te pendre. Et forcément, tu détestes durablement cette matière qui t'humilie. J'accuse Joanne Baker d'un crime contre la physique !

La structure du livre contribue à sa médiocrité : il s'agit en fait d'une encyclopédie de cinquante concepts de la physique quantique. Il n'y a pas vraiment de lien (un vague lien chronologique parfois). Or, s'il y a une matière rétive au saucissonnage, c'est bien la physique quantique : elle n'existe que par l'enchaînement, la rigueur de la logique.

La forme est faussement attrayante. A part, en gros caractères, on trouve des citations des grands physiciens. Isolées, leur sens originel est souvent appauvri. Mais elles sont là pour faire chic, sans doute ?

En bas de page, il y a une vague chronologie : quelques dates qui se battent en duel, et qui n'apportent rien - car là aussi, décontextualisées. Effet négatif : elles tendent à disperser l'attention.

Le pire est la fin du chapitre qui conclut par une idée forte et obligatoirement simpliste, appelée "idée clé". Par exemple pour l'électromagnétisme, c'est : les couleurs de l'arc en ciel. Va méditer, mon bon !

J'ai pensé que la traduction était mauvaise. L'un des deux traducteurs connaît bien la physique théorique, et l'autre est apparemment une journaliste. Je n'ai malheureusement pas pu me procurer l'original du livre. A mon avis, le physicien était là pour éviter les bourdes (et il a à peu près bien bossé), et la journaliste pour tirer à la ligne. J'ai l'intuition que la traduction n'est pas brillante. Mais à l'impossible nul n'est tenu : c'est le texte originel qui est médiocre.

En cherchant sur le net, j'ai compris que "50 idées" était une collection. Et j'ai trouvé par le même auteur : 50 idées sur la physique, et 50 idées sur l'astronomie, et 100 idées sur les concepts clé de la génétique, de la physique et des mathématiques.

On ne peut pas être bon en tout. Et la bonne vulgarisation implique d'abord qu'on connaisse bien le sujet, ensuite qu'on puisse se mettre à la place du lecteur. Joanne Baker a sans doute quelques connaissances, mais pour le reste...


Quelques perles :

"Puisque les horloges en mouvement ralentissent…" Ben non, justement, les horloges ne ralentissement pas, c'est le temps qui s'écoule différemment. Grosse nuance…

Plus loin, Einstein est présenté comme "faisant de la physique à ses heures perdues" (quand il travaillait au bureau des inventions). Curieux, je le voyais plutôt faire du rubik cube ou des mots croisés.

Encore une pour la route (il y en a beaucoup d'autres)  :
"il est impossible de tromper un photon. Si l’on ferme une des fentes pendant que le photon est en vol, même s’il a déjà traversé la fente (mais avant qu’il n’atteigne l’écran), il se comporte correctement."

Là, c'est le vocabulaire qui me choque - le manque de rigueur. Passe une fois, mais trois fois en trois lignes, c'est un peu gênant, d'autant plus que ça n'aide même pas à la compréhension.

On va quand même finir sur une note positive.


Il y a un ou deux chapitres qui sont un peu plus explicatifs, et donc intéressants. Mais je ne te dis pas lesquels, j'espère bien que tu vas éviter ce livre et cet auteur. Sinon, à quoi ça sert que je me décarcasse !

Car deux sur cinquante, ça fait 4%. Pas terrible quand même !