vendredi 16 juin 2017

Le paradoxe du Nutella

(pour Marie qui m'a beaucoup soutenu lorsque j'étudiais la réanimation d'un camembert décédé au cours d'un passage au réfrigérateur, à l'aide de la flore d'un autre camembert)


Montréal : lèche-vitrine interdit..

Introduction

 

L'un des plus graves problèmes que rencontre l'humanité, outre la faim et la guerre, c'est le dessèchement du Nutella sur les parois du bocal.

Est-il nécessaire de décrire les parois de ce bocal où la pointe de la cuillère a gratté des lignes de pâte, laissant des crêtes trop peu visqueuses se solidifier au fil des jours, formant des bandes peu ragoûtantes sur un bocal ouvert il y a une ou deux semaines ? Le consommateur soucieux d'éviter un tel spectacle sera inconsciemment incité à augmenter sa consommation pour finir au plus vite le pot. D'où l'accroissement du nombre d'obèses dans les pays concernés. Donc un grave problème de santé publique.

Heureusement, un jeune chercheur de l'université de Montréal a mis en route une expérimentation pour tenter de trouver une solution à ce fléau.

 

Observation initiale

 

A l'état naturel, le Nutella possède une viscosité suffisante pour pouvoir s'écouler vers le bas. Ce qui l'empêche de descendre le long des bords du pot, c'est précisément les stries dépourvues de Nutella qu'un utilisateur a pu faire en grattant avec une cuillère ou un couteau. Ces stries sont sèches, et la tension de surface y est extrême. La viscosité naturelle du Nutella ne lui permet plus, par gravitation, de franchir cet obstacle.

Pour résoudre le problème, il suffirait alors de ne pas gratter les parois, et de laisser le Nutella s'écouler naturellement vers le bas.

Expérimentation 

 

Elle nécessite les ingrédients suivants : un pot de Nutella neuf, un consommateur de Nutella (pas forcément neuf) armé d'une cuillère d'un diamètre sensiblement inférieur à celui du couvercle (en vente dans toutes les bonnes quincailleries).

L'expérimentation consiste à ne prendre du Nutella qu'au milieu du pot, sans jamais gratter le long des parois (ce que personne ne fait jamais). Du fait de la gravitation universelle, la dépression ainsi creusée va entraîner les strates de Nutella à tomber vers le centre et ainsi combler le trou qui a été creusé. Le long des parois, l'écoulement (laminaire) du Nutella ne sera arrêté par aucun relief importun.


On voit bien ici les traces de la cuillère. Une strie dans le pot, c'est un no-control-Z :
aucune espoir de revenir à moins d'entropie

Résultat attendu

 

Quand le récipient aura été partiellement vidé après quelques jours de consommation, on espère pouvoir observer un pot aux parois encore transparentes jusqu'au niveau du Nutella (qui aura alors pris la forme d'un cône légèrement rentrant - cf. le paradoxe de la flèche de Zénon).

On peut attendre deux avantages si les résultats de cette expérimentation s'avéraient positifs :
a/ une économie de l'ordre de quelques pour cent de la quantité consommable du Nutella ;
b/ un avantage esthétique non mesurable, le pot gardant ses parois claires ; il faut en effet se rappeler que le Nutella a peu ou prou la couleur du caca ; cette couleur, répartie uniformément, ne pose pas de problème ; en revanche, éclatée sous forme de stries et de virgules, elle connote désagréablement.

Les résultats seront publiés d'ici quelques jours ici même, et si possible dans Science, le prestigieux journal de Thomas Edison qui a déjà publié Hubble et Einstein.

On voit les traces de l'attaque centrale du pot. Sur les bords, la délamination du Nutella gagnant vers le centre.