vendredi 30 juin 2017

Le premier roman de Iegor Gran : ipso facto un bon livre ?


Non, ce n'est pas de cet ipso facto que je veux parler - aucun lien avec ces charmantes dames du rock gothique


Je ne sais pas pourquoi, mais les romans m'ennuient. Moi qui en ai lu autrefois plusieurs milliers, je n'arrive plus à m'intéresser. Il me semble qu'ils n'ont plus rien à dire - et je l'ai déjà exprimé dans ce blog : le roman fait partie des arts obsolètes (clic pour atteindre la page).

Les romans récents souvent "font du style", et c'est pénible. Sans doute parce qu'ils n'arrivent plus à innover. Tout a été raconté. Sauf bien sûr, les histoires qui font intervenir les dialogues de SMS, les voyages touristiques au bout du monde, les énigmes informatiques qui n'existaient pas il y a cinquante ans : quelle pauvreté. Le monde a changé, l'art aussi : à part ceux qui fabriquent au kilomètre la lecture des ménagères, ou celle des secrétaires épuisées dans le métro (et qui font donc œuvre d'utilité publique), les romanciers d'aujourd'hui feraient mieux de s'inscrire à l'ANPE.

Je fais exception pour Iegor Gran. Cet auteur ne raconte pas une histoire personnelle (quoi que...), il pose un regard critique sur notre monde et nous le raconte, à rebours des idées reçues. C'est un lanceur d'alerte : castigat ridendo mores.

Je viens de lire ipso facto, un excellent (petit) livre de cet auteur. Le premier publié paraît-il. J'avais déjà lu "L'écologie en bas de chez moi" et "O.N.G." (un clic sur ces titres pour atteindre les pages correspondantes). Chaque fois : une critique humoristique des excès de notre société bobo - sur l'écologie et sur la bonne conscience des militants des O.N.G.

Avec "ipso facto" on a encore droit à la critique - très gaie - de certains travers paléontologiques du monde actuel. Les administrations sont visées, mais pas seulement : partout où règne le culte de la paperasse, celui de la preuve écrite et du formalisme inutile, celui de l'exigence administrative exorbitante et dérisoire. La perte de temps et d'efficacité immense qui en découle est mise au pilori sous forme de conte - un conte au fond plutôt triste, une histoire dramatique et brutale... mais drôle. Avec une irruption du sexe extrêmement déroutante !

Tout est subtil, millimétré, parfaitement écrit, avec la simplicité des grands auteurs. Là encore, Gran fait son Molière, mais aussi son Franz Kafka et son Marcel Aymé : on entre  sans transition dans le monde de l'absurde et de l'étrange. Exercice de style difficile mais réussi : ce premier livre n'est pas un simple galop d'essai.

Je n'en dis pas plus. Lis Gran, ouvre les yeux, ris, et partage son indignation si plaisamment présentée !

Ce n'est pas non plus de cette chanson du groupe fresh dixie project - mais j'aime bien l'image