jeudi 22 juin 2017

True detective : pourquoi je ne regarderai (peut-être) pas la saison 2 de cette excellente série


Des bonnes gueules de flics américains qui auraient pu dater des années 50


True detective est une série policière classique d'excellente facture. La saison 1 (je n'ai pas vu la 2) n'est pas construite sur une série d'enquêtes comme par exemple Elementary ou NCIS. Elle est traversée par une enquête unique sur des crimes étranges, mais sans complications ni retournements spectaculaires.

L'enquête permet de visiter les inquiétants bayous de la Louisiane, avec ses cultes anciens dérivés du vaudoo. Beaux paysages sinistres... mais l'intérêt réside avant tout dans la personnalité des deux enquêteurs - l'un surtout, qui développe une philosophie pessimiste et ira en chercher les arguments jusque dans les D-branes, un chapitre assez fumeux de la théorie des cordes.

Il y a des bagarres, on boit beaucoup de bières, mais on fait aussi du travail de bureau. Ce n'est pas de la dentelle psychologique, et pourtant, les deux personnages sont bien campés, avec beaucoup de relief : ça tient bien la route, et toutes proportions gardées, c'est réaliste. Les histoires de femmes, amenées dans le contexte tranquillement machiste des vies de flics de petits bleds jouent le rôle auquel on s'attend. Les féministes bornées (est-il nécessaire de rappeler qu'elles ne le sont pas toutes ?) trouveront à redire sur cette description pourtant neutre, car purement descriptive d'un certain milieu. Quant aux psychanalystes, ils iront sans doute de leur couplet stéréotypé sur l'homosexualité inconsciente, qui comme tout ce qu'ils disent, est impossible à prouver et donc nul et non avenu.

Le contexte social de la Louisiane est évoqué, avec sa pauvreté (c'est un des états les plus pauvres des USA), et ce qui va avec, l'inceste, la prolifération de crimes sexuels, les superstitions, l'illettrisme, les paysages destroy avec les bâtiments laissés à l'abandon. Comment je sais ça ? J'ai les mêmes à la maison... dans certains coins du Nord-Pas de Calais.

Les dialogues anglais font appel à l'argot des flics, et beaucoup de personnages parlent avec un accent du sud prononcé, parfois à couper au couteau... Je recommande pourtant de voir la série en VO, utilement sous-titrée en anglais. Il faut avoir l'excellent Urban Dictionnary à portée de clic (à cette adresse). Une raison de regarder en VO, c'est la voix du flic philosophe : grave, lente, elle ajoute un énorme plus à la série.

La construction est intéressante car elle est non linéaire : on trouve à l'intérieur une enquête sur les enquêteurs, avec des retours en arrière, ou des parallèles entre une histoire racontée et ce qui s'est réellement passé. Mais sans prises de tête.

Une particularité de cette série, c'est son extension chronologique : l'enquête s'étend sur plus de vingt ans, avec de longues discontinuités. Élément essentiel pour ma conclusion...

Les acteurs qui jouent les flics ont un look très américain. Ils sont excellents. Leur vieillissement progressif au cours du temps est remarquablement mis en scène - pas simplement le maquillage (déjà bluffant), mais l'évolution du style, les options de vie de chacun - jusqu'au choix des voitures.

La fin de la série donne une closure, selon l'expression même des flics : il y a conclusion de l'enquête, mais aussi résolution des conflits psychologiques des enquêteurs eux-mêmes.

Beaucoup de temps est passé, et les héros sont arrivés au terme de leur évolution. Ils ne pourront plus resservir. Dans ces conditions, la série est terminée. Pour le réalisateur, il n'y a d'autre possibilité que de recommencer avec d'autres personnages, une autre construction sinon un autre style. C'est mission impossible.

Et c'est pourquoi je ne suis pas certain de regarder la saison 2 de True detective. Mais je t'encourage vivement à regarder la saison 1 !