dimanche 2 juillet 2017

Quelle force obscure s'est emparée de moi et m'a obligé à lire "Free will" (de Sam Harris) ?


Au Canada : un panneau pose la question d'un "motif raisonnable". Les américains sont plus concis : no loitering !

Surprise en lisant ce tout petit livre. J'y ai retrouvé ce que j'ai déjà noté plusieurs fois dans ce blog, avec beaucoup d'arguments identiques : le libre arbitre est une illusion.

Cela fait très longtemps que je m'en doute - depuis mon adolescence. C'est en lisant un livre de Gazzaniga (auquel j'ai consacré une analyse attentive - clic ici) que j'ai été définitivement convaincu. Pourtant, Gazzaniga plaide en faveur du libre arbitre. Avec des arguments qui m'ont semblé si faibles : en est-il si sûr en son for intérieur ? Il est possible qu'il adopte une attitude conforme aux attentes de la société : décréter que nous ne sommes que des pantins est très mal vu, car l'idée remet en question les notions de bien et de mal et de responsabilité pénale et autres. Mais Gazzaniga n'en pense peut-être pas moins…?

Pourtant, pas de doute : l'expérimentation montre que les décisions sont prises plusieurs millisecondes, voire plusieurs secondes avant qu'elles ne montent à la conscience. Elles ne sont donc pas prises en pleine conscience, c'est le moins qu'on puisse dire. Gazzaniga, qui est cognitiviste, le sait parfaitement.

Des raisonnements simples montrent qu'on croit connaître la cause des décisions que nous prenons, mais qu'en réalité, leurs traces se perdent derrière un rideau opaque : pourquoi ai-je réussi à résister à manger toute la tablette de chocolat aujourd'hui, alors qu'hier, j'ai succombé ? Pourquoi aujourd'hui alors que rien n'a vraiment changé ? Les justifications que l'on trouve sont des faux-semblants qui viennent en deuxième ligne… mais n'expliquent pas du tout ce qui se passe en troisième ligne, derrière le rideau noir.

Quant à dire qu'"on aurait pu faire autrement", c'est une affirmation sans aucune fondement. Faire autrement dans un monde parallèle ? Tu aimes la science-fiction, toi !... Nos coordonnées spatio-temporelles sont uniques, ce qui a existé existera de toute éternité et ce qui n'a pas existé ne peut être que le fruit de supputations absolument gratuites - bref, de notre imagination.

Harris montre aussi comme on vit mieux en prenant en compte l'inexistence du libre-arbitre. Ce n'est pas la catastrophe qu'on imagine, au contraire. Juste l'ego qui en prend un petit coup, pas grand-chose en fait. Mais on a alors une nouvelle vision du monde - absolument passionnante, et beaucoup plus relax.

J'ai de la peine à dire si le livre de Sam Harris est convainquant, puisque j'étais acquis à ses opinions dès le départ, et que je m'étais déjà formulé tous ses arguments. Je peux quand même dire qu'il n'est pas très bien écrit. Je l'ai lu dans le texte original, en anglais, et il ne semble pas qu'il y ait eu une traduction. Mais cinquante pages, c'est vite avalé : je recommande vivement… mais tu es libre, tu sais !

Ma pensée est plus compliquée que la sienne, mais je n'ai pas plus de libre-arbitre que lui.