jeudi 31 août 2017

Je suis ami avec le PDG de Samsung


Sincères condoléances à la famille et à leurs cousins Charette...


Je sais pas vous, mais moi, il y a un truc qui m'amuse (et m'agace un peu, il faut être honnête), c'est quand les gens me disent qu'ils sont surbookés. Oui, tu as bien lu, ils sont surbookés comme un siège d'avion sur lequel non pas un mais trois culs vont s'asseoir. Les pauvres… Rien que l'idée de voir ces gros culs s'approcher de moi pour m'écraser… beurk ! Et trois en même temps !

Dans le même temps, je vois qu'ils ont une activité Facebook, ou Twitter ou je ne sais pas quoi et envoient une grosse connerie sur leur page perso. Qu'ils fassent ce qu'ils veulent, je m'en fous bien plus que de ma première chemise.

Ah oui, au fait, ma première chemise, je l'adorais. C'était une chemise blanche en coton (sans doute 100%) avec un petit col classique boutonné et des manches courtes qui laissaient voir la peau bronzée de mes bras. Alors en fait, je m'en fous pas du tout, de cette première chemise. Et quand je pense à son destin tragique, je suis triste. Mais ce récit poignant, ce sera pour un autre jour.

Même à l'acmé de ma carrière professionnelle, je n'ai jamais été surbooké. Et pourtant, je bossais le samedi, souvent le dimanche, et parfois la nuit jusqu'à point d'heure. Qu'est-ce que tu fais après avoir bien bossé ? Moi je prends dix minutes de glande totale devant le réfrigérateur, à bouffer des restes juste parce que c'est relaxant, et que ça ne prend pas la tête de s'envoyer un demi litre de jus d'orange. Ensuite je fais les petites choses merdiques que j'ai à faire, payer une note, remplir un formulaire, répondre à un courrier, passer un coup de fil.

Jamais réussi à ne pas avoir trois minutes pour donner une information à quelqu'un qui me la demandait. Tu connais l'équation :

surbooké = Very Important Person

T'es important, toi ? Alors tu sais que tu es un genre de dieu pour moi, car ces gens importants, je les admire tu ne peux pas savoir comment ! Je les imagine genre une horde de directeurs de chez Samsung, avec leurs complets sombres, circulant dans des couloirs pleins de reflets d'acier et de boiseries sombres. Trop classe ! Et aussi en chaussettes, virevoltant de leur bureau à leur lit, puis de leur lit à leur bureau, puis de leur bureau à la cuisine, puis de la cuisine aux chiottes, toujours speedés, prenant des décisions qui engagent le monde en remettant leur slip. Ils sont la cheville ouvrière de notre pays, ils le font tourner. Tellement honoré de connaître cette élite !

Tu me diras que je pourrais me poser la question : pourquoi ils tardent tant à me répondre. Bien oui, peut-être que je suis chiant. C'est une hypothèse que je n'exclus pas…

samedi 26 août 2017

Moi, j'ai forcé mes enfants à regarder la télé dès l'âge d'un an…


Attends, je voudrais voir ça que mon père il m'interdise la télé !...

Une amie m'a dit - un peu paniquée - qu'on ne trouve que des articles contre la télé sur internet. Contre la télé pour les enfants. J'ai été un peu surpris. Mais je ne me suis pas donné la peine de vérifier. Des preuves de la sottise des gens sur internet, on en a toutes les secondes.

Pour la télé, je suppose que c'est la même chose que pour les ordinateurs. On confond le marteau avec la fracture du crâne.

Que la télé soit souvent bête, c'est évident. On ne voit pas comment il pourrait en être autrement. En effet, la télé doit plaire. Sinon, elle n'a pas de publicité et meurt, ou bien elle n'a pas d'audience, et on se demande à quoi elle sert. Elle doit plaire à un nombre suffisant de gens. Pour trouver ce nombre, il faut cibler dans la courbe de Gauss aux alentours du sommet de la cloche. Là où le plus gros effectif est groupé autour de la moyenne, avec un QI entre 90 et 110.

Alors si tu as un QI entre 90 et 110, impeccable, tu es en plein dans la cible ! Sinon… la télévision est variée. Elle élargit son spectre vers le bas : avec les émissions de clips, accessibles à partir d'un QI bien plus bas. Youpi, à 70 je suis encore bon !

Et aussi vers le haut, et on monte à 120 - moins que sur une autoroute, quand même… Résultat, si tu as nettement plus de 120, tu n'es plus vraiment dans la cible et tu t'ennuies souvent. C'est normal. La télé n'est pas fabriquée pour toi. Bien sûr, il y a les irremplaçables émissions d'information. J'ai souvenir de Culture Pub, qui essayait de mettre en perspective les campagnes de publicité sur la durée. Même s'il n'y avait pas besoin de beaucoup de gingin pour apprécier, c'était intéressant. Mais le reste, autant adhérer à un club de course à pied quand on est cul-de-jatte : on n'est pas fait pour.

Ça ne veut pas du tout dire que la télé est nuisible pour les enfants. Il y aurait même eu des études qui auraient démontré que des enfants de moins de deux ans exposés à la télé versus non exposés auraient eu un développement plus important. Il y a évidemment mille réserves à faire sur le mode de mesure du développement dans ces études, sur sa pérennité, etc. Mais au moins, on comprend que ce n'est pas deadly comme de mettre du calva dans le biberon !

La télé et l'ordinateur, c'est très utile aux enfants. Ça leur montre des trucs qu'on n'aurait pas le temps de leur montrer. Et ça leur apprend où on peut chercher l'information - précieux. C'est une véritable ouverture sur le monde. Moi, j'ai des souvenirs du pathet Laos, de l'OAS, du FLN et de la guerre d'Algérie parce que la télé était ouverte quand j'étais tout petit. Mais jamais les parents n'en auraient parlé entre eux. Et puis la télé, c'est un truc de socialisation. Tu veux que tes gamins soient les seuls de leur classe à n'avoir pas regardé les télétubbies ? Qu'ils souffrent et se sentent exclus ?

Ce sont les parents ou les enfants qui sont pathologiques, pas la télé ni les jeux vidéo. Si les enfants ont de la choucroute dans le cerveau, la télé ne va pas les abîmer plus. Ils vont regarder des émissions à la con de manière passive. Et des enfants cons, il y en a des paquets : il suffit de regarder leurs parents pour se faire une idée. Il suffit de lire les forums sur internet.

Sinon, les enfants pas cons vont utiliser la télé selon leurs capacités et leurs goûts. Mais un enfant n'a pas de limites, et c'est aux parents de fixer ces limites pour que la vie de l'enfant ne se résume pas à la télé (ou aux jeux vidéo). Il leur faut juste un peu de guidage, de contrôle, bref, de bon sens. Tu as ça en rayon ?

T'as compris le message ? Faut que je répète ?


vendredi 25 août 2017

Fargo : des traces d'humour noir dans la neige...


Minnesota, par 49° de latitude nord, à la frontière du Canada...


La série Fargo regroupe - pour l'instant - trois histoires donc chacune remplit une saison. Les trois saisons se valent toutes. Elles ont un air de famille mais rien de lassant, on repart à chaque fois avec de nouveaux personnages, même si certains emplois (comme ceux de flic) sont récurrents.


Un air de famille parce qu'elles se passent toutes dans le Minnesota...


Rien que le nom de cet état du nord des États-Unis, tu te régales : on prononce assez vite "Minne" et on tombe dans le "so", bien longtemps, dont on n'émerge que pour un "ta" qu'on pourrait prononcer "de" tant la dentale doit être douce et atone : "minneSOOde". Mais bon, excuse, c'est juste une parenthèse parce que j'aime bien les mots.

Le Minnesota, c'est un endroit en principe peuplé par des émigrants suédois, norvégiens et allemands : ils y ont trouvé un climat froid qui leur rappelait leur patrie d'origine. Mais on y voit beaucoup d'apaches... Les routes blanches, les parkings enneigés, les parkas fourrées, les bottes montantes et les flaques de neige fondue sont aussi des acteurs importants de la série. C'est beau, une voiture qui traverse lentement (mais pas trop) le paysage blanc de la gauche de l'écran vers la droite et qui disparaît…

Le Minnesota, c'est encore les bleds paumés de l'Amérique profonde. C'est de là que vient Mashall Eriksen, le grand couillon de l'excellente série "How I met your mother", qui croît au sasquash (le yéti américain).

On y rencontre des petits flics honnêtes qui mènent une vie de famille paisible. Et parmi eux, d'incorrigibles et pontifiants imbéciles. C'est alors que surviennent des crimes insolites qu'ils ont bien de la peine à gérer.


Les trois saisons sont caractérisées par un humour noir qui fait un joli contraste avec la neige... 


Les "méchants" peuvent avoir des tronches d'aimables gagas tout en étant des monstres sanguinaires : tu perds tes repères. Mais on trouve aussi des gueules pires que celle des affreux de bandes dessinées : sérieusement, il y a de l'Ouest dans ce Nord.

Les destinées se télescopent suivant des hasards incroyables. On se vautre avec délices dans l'invraisemblance de ces histoires avec en toile de fond la vie quotidienne de l'Amérique des petites villes : tout le monde se connaît mais tout le monde essaye de cacher ses petits vices médiocres. C'est drôle, réaliste, cynique, avec des tas de petits détails rigolos pour peindre les personnages : ce qui leur donne de l'épaisseur.

Prokofiev (le compositeur russe, pour les incultes !) est même mis à la peine pour les décrire à travers Pierre et le Loup, dans la saison 3. Mais le silence de la neige qui tombe occupe souvent la bande-son : très musical aussi.

Les auteurs nous épargnent les poncifs moraux de l'Amérique (famille, esprit d'entreprise, etc.) et ça fait du bien. Plus surprenant, on trouve des digressions fantastiques. Elles sont parfaitement intégrées au récit : le parfait dosage du réalisme quotidien avec le fantastique, c'est ça qui déchire. Elles rappellent un peu celles qu'on trouve dans "Twin Peaks", la série-culte de David Lynch qui a des parentés avec Fargo - une petite ville dans le nord, la neige, les petits notables, un crime étrange... Mais attention, on doit voir la première saison et la deuxième de Twin Peaks jusqu'à l'épisode 13 : le reste n'est qu'un tas de merde, y compris la dernière saison tournée trente ans après. Alors que Fargo, il faut TOUT voir.

Bref, Fargo, c'est léché, imaginatif, jubilatoire, ce n'est jamais ennuyeux. Sauf, allez savoir pourquoi, l'horrible épisode 3 de la saison 3 qui n'apporte pas grand-chose et dont la durée aurait pu être divisée par quatre sans dommage. Mais bon : un sur trente, ça fait un peu plus de 3% de déchet, faut pas se plaindre car le reste est en or… blanc !




PS : tu trouves peut-être que je suis trop bon public ? Au fait, si tu as envie de voir des merdes, tu peux regarder "The handmaid's tale" qui a bien la cote en ce moment. Ou bien un peu plus ancien, "The OA". Je n'en parle pas parce que je suis charitable. Mais j'ai tort.

dimanche 13 août 2017

Philosophie et physique : inutile de vouloir paraître intelligent, Aurélien Barrau…



…car nous savons que tu l'es !

J'ai hésité à faire un compte-rendu du livre d'Aurélien Barrau, Quelques éléments de physique et de philosophie des multivers. Pour deux raisons :

a/ d'abord parce que je ne l'ai lu qu'une seule fois, et pas avec toute l'attention qu'il aurait fallu. J'accepte donc par avance toutes les critiques de légèreté et d'inexactitude qui me seront faites.

b/ ensuite, parce que ce n'est pas un livre de physique même si la physique y est centrale : c'est un livre d'épistémologie et de philosophie, et la philosophie me donne des boutons.

C'est pourtant un très grand plaisir de voir la philosophie reprise en main - dans les domaines qui l'impliquent - par quelqu'un qui connaît l'état de la science quand il parle d'infini, d'univers, de hasard ou de temps.

Je suis un peu moins chaud quand je lis - une fois de plus - que les grecs ont tout inventé. Loin de moi l'idée de dénigrer la superbe culture grecque. Mais le sport consistant à rechercher tout ce qu'ils ont pu dire de prémonitoire tout en laissant de côté les innombrables et nécessaires bêtises qu'ils ont écrites m'agace. Ils ont fait très fort, je le reconnais volontiers, mais ils vivaient avec leur temps. Il n'y a pas eu de miracle, il ne pouvait pas y en avoir.

L'autre problème, c'est que Barrau est pollué par le beau parler de la philosophie contemporaine. Parfois verbeux, alors qu'il est ailleurs capable de la plus grande clarté. Avec ce style elliptique qui a des prétentions d'élégance. Trop content d'utiliser des termes peu usités - d'ailleurs sans les définir. Ou bien d'en utiliser d'autres, éculés, maintenant ridicules ("un réel pluriel"). Ou encore précieux ("mondes diaprés") qui ne veulent plus dire grand chose. Et de fondre dans une même phrase les références à plusieurs auteurs - ça fait tellement Kultur ! Et de jouer sur les mots - on échappe à la psychanalyse et à Lacan de justesse (je-de-mots ou jeu-de-mondes) !

Trop content tout simplement de jouer l'ouverture : il y a des ponts, il ne faut pas mettre de limites, on est dans un monde de correspondances, il ne faut pas figer les choses… Et par exemple de renvoyer dos à dos les relativistes en sciences et les néo-positivistes (cf. Hubert Krivine, De l’atome imaginé à l’atome découvert - Contre le relativisme). Désolé, mais c'est trop plon-plon et surtout, ça sent le racolage œcuménique. Et puis, franchement, tu miserais combien sur l'héritage du dodécaphonisme et son impact sur les jeunes générations ? Seriously…?

Quant à la physique, elle apparaît par fragments et références sans jamais être expliquée ou contextualisée, et il faut déjà bien connaître la chanson pour suivre. Là, je ne critique pas. Je me contente de dire que ce n'est pas du tout un livre de néophyte.

Honnêtement, il y a énormément de choses que je n'ai pas comprises, sans doute bien plus que la moitié. Nettement plus dans la partie purement philosophique que dans la réflexion sur la méthodologie de la science. Dans cette partie, j'ai pêché plusieurs discussions très intéressantes. Par exemple un inventaire des manières dont on peut arriver - par la physique - à l'hypothèse de multivers. Tu te rappelles ce que c'est, le multivers ? L'idée qu'il n'y ait pas qu'un seul univers, mais plusieurs… ou une infinité. Un univers se définissant par un jeu de constantes physiques et le fait qu'il soit pour l'observateur la totalité de ce qu'il pourrait observer (attention, je n'ai pas dit la totalité de ce qu'il peut observer). Cet observateur ne pouvant accéder par définition à un autre univers.

Beaucoup aimé aussi la critique de Karl Popper. Tu sais, c'est la référence classique qui permet(tait) de distinguer ce qui est scientifique de ce qui ne l'est pas, la réfutabilité : ce qui ne peut pas donner lieu à examen et démonstration contradictoire n'est pas scientifique. Ainsi, l'idée de dieu n'est pas scientifique puisqu'on ne peut pas démontrer qu'il n'existe pas.

Tout ça pour argumenter un plaidoyer intéressant et vigoureux en faveur de l'hypothèse du multivers - disant à la fois qu'il obéit au critère de Popper et que ce critère n'est pas valide, ce qui n'est pas contradictoire malgré les apparences. Car on peut prendre la pilule ET s'abstenir de niquer pour ne pas avoir d'enfant… Mais pour moi, son argument le plus recevable est ailleurs. Pour être considérée comme valable et explicative, il rappelle qu'il n'est pas nécessaire de tester toutes les conséquences d'une théorie (heureusement !) Ainsi, le multivers étant une résultante secondaire, presque latérale de certaines théories, il n'est pas nécessaire de démontrer son existence si déjà par ailleurs, dans des domaines où les vérifications sont possibles on peut trouver de bons arguments pour soutenir ces théories (et que ces théories impliquent le multivers).

Bref, il semble qu'il y a du bon et du mauvais dans ce livre. Vaut-il l'effort que j'ai fait ? Je n'en sais rien. Je ne jouais pas dans la cour où j'aurais dû jouer. Même si un tel livre m'en apprend plus que cent livres de philosophes "purs" et ignorants des sciences.

Je suis renvoyé à mon manque de puissance intellectuelle, et cela me rend triste. La critique que j'ai faite du style de Barrau : je me demande si je ne suis pas le sot qui regarde le doigt quand le sage montre la lune. En fait oui, j'avoue mon incompétence, mon incapacité à rendre compte de ce livre, je n'avais pas assez de billes, je suis petits bras…




PS : peut-être important de noter que ce livre - auquel Barrau se réfère toujours comme un "mémoire" - est disponible gratuitement sur son site. J'ai cru comprendre qu'il avait publié un livre (payant) sur le même sujet, qui serait d'un abord beaucoup plus facile. Je n'y ai pas encore eu accès. Il serait intéressant de connaître le rapport de l'un avec l'autre. Celui que j'ai lu serait-il un refus de l'éditeur ? Ou bien la version beta d'un autre - ce qui lui donnerait des excuses… et inciterait à féliciter Barrau pour cette transparence.

vendredi 11 août 2017

Narcos : le contrepoint de Breaking Bad


Le comédien à l'air triste qui joue Pablo Escobar...
Il est troublant que les deux séries américaines que je place au panthéon soient deux histoires de trafic de drogue. Qui se complètent parfaitement.

Je viens de terminer Narcos. L'histoire de Pablo Escobar et des cartels de Medellin. Les mots me manquent. Tout y est excellent, jusqu'à la musique lancinante de l'intro. Les constructions, les personnages, les histoires, la façon dont la vérité est romancée, la manière de filmer (et de mélanger des documents d'époque avec les séquences de la série), la morale (très discrète), l'humanité qui apparaît (parfois), l'hispanité… non, il faut que j'arrête les compliments.

Et peu importe que l'histoire que raconte la série ne soit pas l'Histoire vraie, comme l'assure le fils du trafiquant. L'essentiel est le plaisir du spectateur.

Et puis quand même, une critique. Le personnage (central) de Pablo Escobar est joué par un acteur qui arbore en permanence une expression de tristesse que ne semble pas avoir le vrai Escobar - si j'en crois les photos sur internet. Il semble porter un "douloureux secret", une lassitude confinant au taedium vitae. C'est un choix de la production, de toute évidence, pour donner de l'humanité au personnage sanguinaire. Je pense néanmoins qu'un comédien aux traits plus cyniques aurait tout aussi bien fait l'affaire.

Reste que Narcos est une série exceptionnelle. Oui, une série d'action, de suspens où on entend beaucoup de coups de feu et où on voit beaucoup de sang et de morts. On peut ne pas aimer. Mais si on aime ce genre, il n'y a pas mieux. La production s'offre même le luxe de ralentir le rythme sur les deux derniers épisodes… juste pour faire durer le plaisir, retarder la fin. Quelle maestria !
Le vrai... qui me semble nettement plus sinistre !


La comète qui avait de la barbe (A la rencontre des comètes, Lequeux et Encrenaz)





- Tu sais que l'eau des océans, elle ne vient pas de chez nous. C'est une immigrée. Je ne pense pas qu'elle ait pris un bateau pour venir. Quoique, dans un sens… En tout cas, elle s'est installée, et plus question de repartir. Elle est d'ailleurs parfaitement intégrée, à ce qu'il paraît...

Autrefois, quand la terre s'est constituée, elle contenait un peu d'eau. Un peu seulement. Et aujourd'hui, elle en est couverte. Il a bien fallu que quelqu'un l'asperge. Mais on ne sait toujours pas qui est le coupable. La seule chose dont on est certain, c'est qu'au départ, les océans n'étaient pas là. C'est clair, on s'est fait inonder. Et là, sûr, ce n'est pas le voisin du dessus.

L'hypothèse de comètes-arroseuses est à la mode. Mais pour l'instant, on n'a que des suspects. En effet, on peut caractériser notre eau à l'aide du rapport hydrogène / deutérium (un isotope de l'hydrogène), mais on n'arrive pas à trouver qui dans l'espace a exactement ce même rapport H/D - ce qui nous permettrait d'identifier le coupable avec certitude.

L'origine de l'eau sur terre est un des nombreux problèmes auquel l'étude des comètes peut apporter des réponses. On se demande aussi si la vie sur terre ne s'est pas créée à partir de briquettes chimiques apportées par les comètes. Du matos d'importation... On serait vraiment des métèques, alors !

Mais au fait, tu sais d'où sortent les comètes ? Il semble qu'il y ait deux garages à comètes aux confins de notre système solaire, la première à gauche après Neptune. Elles viennent frimer autour du soleil, elles virent un genou à terre en faisant des étincelles et elles se cassent. Parfois pour toujours. C'est follement romantique.

Tiens, une autre question : les comètes, elles gardent leurs cheveux toute la vie ?  Pas vraiment. D'abord, périodiquement - quand elles s'éloignent du soleil - elles perdent leurs cheveux. Mais ça repousse quand elles reviennent près de lui. A la longue, les comètes font comme moi : plus elles vieillissent, moins elles ont de cheveux.

Tout cela est drôle et instructif. Je l'ai lu dans un sympathique petit livre, A la rencontre des comètes, signé Lequeux et Encrenaz. Je ne dirai pas que ce sont les meilleurs vulgarisateurs du monde, mais leur prose est très facile à lire. La seule chose qu'il est mieux de connaître - et encore - c'est l'effet Doppler-Fizeau et le principe du spectromètre. Il suffit d'aller sur Wiki si on n'est pas trop sûr.

A priori, les comètes, ce n'est pas mon truc, mais je ne me suis pas du tout ennuyé, pas eu le temps. Et puis le bouquin est rempli de belles et nombreuses illustrations.

Il est paru en 2015 - et il a donc pu décrire l'atterrissage de Philae sur une petite comète de rien qui se baladait à cinq cent millions de kilomètres de l'endroit où il a été construit par nos petites mains - notamment en France. Atterrir à cinq cent millions de kilomètres de la maison ! Tu te rends compte ! En fait, c'est vachement émouvant…