vendredi 25 août 2017

Fargo : des traces d'humour noir dans la neige...


Minnesota, par 49° de latitude nord, à la frontière du Canada...


La série Fargo regroupe - pour l'instant - trois histoires donc chacune remplit une saison. Les trois saisons se valent toutes. Elles ont un air de famille mais rien de lassant, on repart à chaque fois avec de nouveaux personnages, même si certains emplois (comme ceux de flic) sont récurrents.


Un air de famille parce qu'elles se passent toutes dans le Minnesota...


Rien que le nom de cet état du nord des États-Unis, tu te régales : on prononce assez vite "Minne" et on tombe dans le "so", bien longtemps, dont on n'émerge que pour un "ta" qu'on pourrait prononcer "de" tant la dentale doit être douce et atone : "minneSOOde". Mais bon, excuse, c'est juste une parenthèse parce que j'aime bien les mots.

Le Minnesota, c'est un endroit en principe peuplé par des émigrants suédois, norvégiens et allemands : ils y ont trouvé un climat froid qui leur rappelait leur patrie d'origine. Mais on y voit beaucoup d'apaches... Les routes blanches, les parkings enneigés, les parkas fourrées, les bottes montantes et les flaques de neige fondue sont aussi des acteurs importants de la série. C'est beau, une voiture qui traverse lentement (mais pas trop) le paysage blanc de la gauche de l'écran vers la droite et qui disparaît…

Le Minnesota, c'est encore les bleds paumés de l'Amérique profonde. C'est de là que vient Mashall Eriksen, le grand couillon de l'excellente série "How I met your mother", qui croît au sasquash (le yéti américain).

On y rencontre des petits flics honnêtes qui mènent une vie de famille paisible. Et parmi eux, d'incorrigibles et pontifiants imbéciles. C'est alors que surviennent des crimes insolites qu'ils ont bien de la peine à gérer.


Les trois saisons sont caractérisées par un humour noir qui fait un joli contraste avec la neige... 


Les "méchants" peuvent avoir des tronches d'aimables gagas tout en étant des monstres sanguinaires : tu perds tes repères. Mais on trouve aussi des gueules pires que celle des affreux de bandes dessinées : sérieusement, il y a de l'Ouest dans ce Nord.

Les destinées se télescopent suivant des hasards incroyables. On se vautre avec délices dans l'invraisemblance de ces histoires avec en toile de fond la vie quotidienne de l'Amérique des petites villes : tout le monde se connaît mais tout le monde essaye de cacher ses petits vices médiocres. C'est drôle, réaliste, cynique, avec des tas de petits détails rigolos pour peindre les personnages : ce qui leur donne de l'épaisseur.

Prokofiev (le compositeur russe, pour les incultes !) est même mis à la peine pour les décrire à travers Pierre et le Loup, dans la saison 3. Mais le silence de la neige qui tombe occupe souvent la bande-son : très musical aussi.

Les auteurs nous épargnent les poncifs moraux de l'Amérique (famille, esprit d'entreprise, etc.) et ça fait du bien. Plus surprenant, on trouve des digressions fantastiques. Elles sont parfaitement intégrées au récit : le parfait dosage du réalisme quotidien avec le fantastique, c'est ça qui déchire. Elles rappellent un peu celles qu'on trouve dans "Twin Peaks", la série-culte de David Lynch qui a des parentés avec Fargo - une petite ville dans le nord, la neige, les petits notables, un crime étrange... Mais attention, on doit voir la première saison et la deuxième de Twin Peaks jusqu'à l'épisode 13 : le reste n'est qu'un tas de merde, y compris la dernière saison tournée trente ans après. Alors que Fargo, il faut TOUT voir.

Bref, Fargo, c'est léché, imaginatif, jubilatoire, ce n'est jamais ennuyeux. Sauf, allez savoir pourquoi, l'horrible épisode 3 de la saison 3 qui n'apporte pas grand-chose et dont la durée aurait pu être divisée par quatre sans dommage. Mais bon : un sur trente, ça fait un peu plus de 3% de déchet, faut pas se plaindre car le reste est en or… blanc !




PS : tu trouves peut-être que je suis trop bon public ? Au fait, si tu as envie de voir des merdes, tu peux regarder "The handmaid's tale" qui a bien la cote en ce moment. Ou bien un peu plus ancien, "The OA". Je n'en parle pas parce que je suis charitable. Mais j'ai tort.