mardi 19 septembre 2017

Autopsie d'une photo


A bicyclette...


Voilà une photo qui peut plaire. On y voit des enfants - c'est toujours agréable la jeunesse. Ils rentrent manifestement de l'école.

Il y a quelque chose d'exotique qui peut faire rêver à des vacances et des contrées lointaines. On remarquera le rose des poignées de frein et du panier - j'ai déjà parlé de la place du rose en Thaïlande (lien ici), c'est une couleur culturelle. Et puis il y a l'eau, la nature, un petit effet Boken sur les herbes que courbe le vent, alors que les personnages du premier plan sont à peu près nets. Les ombres sur les visages laissent penser que le soleil commence a décliner, ce ne sont pas seulement les arbres.

Et puis il y a l'effet de groupe - les trois têtes ensemble, formant un petit bouquet humain dynamique, avec trois plans successifs. Short kaki avec un ceinturon, chemise à col, marinière, jupe plissée bleue : des tenues d'uniforme scolaire qui ont leur charme, et là aussi, connotent un lointain passé colonial, avec une pointe de regret, aussi respectueux soit-on du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Les expressions peuvent faire dire : il a su saisir le moment, c'est ça qui fait l'artiste… En effet, le garçon veut garder le contrôle mais ne peux s'empêcher de sourire un peu. Il dévisage le photographe avec un zeste de défi, et peut-être d'orgueil, car c'est lui qui conduit - qui conduit la fille derrière dont on aimerait qu'il soit secrètement amoureux. Je trouve qu'il a une bonne tête, avec ses lunettes qui lui vont bien et lui donnent l'air intello juste ce qu'il faut.

La fille n'est pas particulièrement jolie, mais elle a du charme et elle est sympathique. Elle rit franchement, elle ferme les yeux, et on se demande s'il n'y a pas une part de timidité - de modestie aurait-on dit il y a un siècle - dans ce retrait. L'autre fille derrière est un écho.

Ils semblent heureux de vivre, sans souci… C'est naturel, pris sur le vif, sans chichis. Oui, il y a une atmosphère.

Voilà ce que j'aurais dit si j'avais voulu dire du bien de cette photo. Maintenant, je pourrais en dire beaucoup de mal, mais je n'ai pas le temps. Tu t'en chargeras peut-être.

Ah si, juste un truc. Et si le photographe avait payé les enfants pour qu'ils repassent devant lui. Les enfants refusant de le faire gratuitement, s'il avait dû sortir son portefeuille et proposer quelques billets de vingt bahts. Et s'il avait forcé les enfants à passer dix fois devant lui et qu'il avait pris en tout deux cent photos. Celle que j'ai choisi de te montrer serait-elle moins belle, moins intéressante ? Ressentirais-tu un petit pincement de déception qui gâcherait le plaisir et diminuerait la valeur de l'instantané ?

A toi de juger… mais rappelle-toi l'affaire des amoureux de l'hôtel de ville de Doisneau !