dimanche 17 septembre 2017

La connivence chez les chiens

Ah c'est toi, vieille canaille...


La connivence, c'est un concept important pour moi. Je la définis comme le fait de savoir que l'autre est d'accord avec soi et de le lui faire sentir.

La connivence n'est pas la complicité. La complicité ne passe pas par un accord intellectuel, mais par des sentiments. La complicité, ça peut être mon vieux copain qui disait ce qu'il fallait dire à une inconnue pour qu'elle s'intéresse à moi et se sente en confiance. A charge de revanche ! Car nous nous connaissions par cœur, pas besoin de paroles pour mettre le bignz en route. Bien sûr, ce ne serait pas faux de dire que nous étions "de connivence", mais ce n'est pas dans ce sens que je vois la connivence, je la considère comme plus cérébrale. La complicité, c'est la base de l'association de malfaiteurs - pas la connivence.

Pourtant, je me méfie plus de la connivence. Avec des gens qu'on connaît peu, elle laisse entendre silencieusement qu'on est - par exemple - "du même monde", ou "de la même école de pensée". C'est pour moi une escroquerie sinon un viol. Honnêtement, je me retiens  d'envoyer un coup de poing à celui qui manifeste cette connivence avec moi.

D'abord parce que quand c'est "du même monde", c'est souvent pour écraser ceux qui ne sont justement pas de ce monde. Et quand c'est "la même école de pensée", c'est généralement une école extrêmement vulgaire. Comme la psychanalyse, tiens ! Tu sais, le mec qui te regarde d'un air finaud en disait à mi-voix : "acte manqué... Dans les grandes connivences, il y a aussi la gauche éclairée... Je citerai encore plus ignoble, et pourtant si répandu, la connivence raciste ou sexiste. On appuie ensemble sur les têtes de ceux qui se noient pour se congratuler : en plus, c'est lâche.

Mais parfois, la connivence est une référence à un passé commun. Elle a ceci d'impoli qu'elle exclut les gens qui n'y participent pas - c'est pourquoi il ne faut jamais manifester cette connivence en présence de tiers. Sinon, elle peut être bien agréable.

Ailleurs, la connivence est incompréhensible. On finit par deviner qu'elle se réfère, pour l'autre, à des choses totalement folles. C'est la raison pour laquelle la psychiatrie classique décrit une réticence connivente, qui n'est pas rare dans la schizophrénie paranoïde.

Un ami qui n'a pas la langue dans sa poche me dit que la connivence, c'est peut-être une manière de se flairer le cul quand on rencontre des inconnus. Mais moi, je déteste qu'on me flaire le cul. Il est vrai qu'il y en a qui sentent de loin, poliment, ça va. Mais d'autres qui foutent leur truffe dedans, et ça, c'est insupportable.

J'ai souvenir d'une femme qui me reprochait d'être un ours. Quand elle rencontrait des gens, elle bêlait comme eux, ils bêlaient en retour, elle bêlait encore, tout le monde bêlait, ça faisait un très joli concert. Elle me reprochait de ne pas faire le minimum. Juste un petit bêlement bref, genre bê..., tu vois le genre ?

- Mais si je suis un ours, comment veux-tu que je bêle ?

Elle était mal tombée. Parce que moi, c'est l'opposé. A tort, je sais bien ! Je me repens ! Je me frappe la tête contre le mur quand j'y repense ! Lorsque je rencontrais un étranger, je me disais sottement qu'il était différent de moi, et qu'on allait pouvoir engager une vraie conversation, un débat - et j'espérais sortir enrichi par cette confrontation. Mon interlocuteur allait sans doute m'apprendre des choses Il contredirait mes opinions et démontrerait leur fausseté par d'excellents arguments. Ou bien je lui expliquerais qu'il se trompe et pourquoi. Dans ce cas, j'en sortirais bien moins enrichi que lui, mais bon, on n'a pas le plaisir de se faire mettre le nez dans son caca chaque fois qu'on rencontre quelqu'un - on ne gagne pas à chaque fois.

Dans tous les cas, on finirait par s'entendre, trouver une péréquation - car je ne recherche pas l'affrontement, bien au contraire, je recherche l'accord !

Alors quand ces inconnus ouvraient la bouche, je contestais. Le principe de la contestation est magnifique. Partager la recherche de la vérité avec autrui, il n'y a rien de plus amical. Alors je doutais de tout ce qu'ils disaient, je leur demandais de fournir la preuve de ce qu'ils avançaient.

Malheureusement, ça ne marchait jamais. Les gens préféraient la connivence. J'étais comme le chien qui pète un bon coup quand on lui sent le cul.

Alors tu vois, c'est étonnant, mais on ne m'aimait pas.