dimanche 10 septembre 2017

Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit (Mark Haddon)




Une amie m'a demandé mon avis sur ce livre. J'ai commencé à le lire - et je l'ai lu en anglais : comme ça, on ne pourra pas critiquer le traducteur. C'est d'ailleurs extrêmement facile à lire, car c'est censé être écrit par un garçon de quinze ans, avec un style simplifié.

Toujours le même problème : celui de l'avis qu'on peut donner sur un livre quand on ne l'a pas lu en entier. Je me suis forcé à en lire exactement 25%. Forcé, tu entends !

Attention, concentre-toi : les statistiques sur les livres que produisent les livres qui disent comment écrire des livres disent que les livres à succès ont déjà exprimé la substance de ce que sera l'ensemble du livre bien avant le premier quart. Ok ? Donc la probabilité pour que les éléments sur lesquels je me suis appuyé pour porter un jugement soient représentatifs de l'ensemble est : grande. Et donc on ne pourra pas m'opposer facilement de ne pas avoir tout lu...

En bref, c'est l'histoire d'un ado orphelin de mère, qui a la maladie d'Asperger, qui est surdoué en sciences et qui se raconte. Le reste, l'enquête sur le chien, c'est juste le prétexte du bouquin, pour donner de l'action.

Autrefois, on avait des héros intelligents, "normaux", bien intégrés, généralement caractérisés par un grand courage - genre Tintin ou Bob Morane. Ensuite, on a eu droit aux super-héros qui avaient des dons extraordinaires. Ils sont encore actifs, Marvel vend. Harry Potter en est aussi un bon exemple - moins ancien, et fort agréable. Ensuite (et un peu en même temps), on a eu le droit aux anti-héros un peu ringards, souvent complexés, mais tellement futés, ou sympathiques, ou courageux, ou les deux, ou les trois en même temps. L'inspecteur Colombo, ça te va ?

Là, on va encore plus loin, on a un héros qui est malade. Oui, il a une place bien spécifiée dans la Classification Internationale des Maladies Mentales : il se code en F845 - tu vois, ça rigole pas, c'est une forme d'autisme. Mais la maladie d'Asperger est la maladie à la mode. Surtout qu'on insiste sur certains symptômes accessoires qu'on retrouve en réalité assez rarement - des facilités incroyables pour les mathématiques, le calcul mental, une mémoire exceptionnelle, etc. Et justement, le héros du bouquin a ces symptômes, quelle chance ! Car ils font de lui un nouveau genre de super-héros des maths et de la mécanique… pas besoin de kryptonite !

Et puis on est impressionné, le gamin parle de relativité, de trous noirs, c'est certainement vachement intelligent (et si je le lis, ça va me rendre encore plus intelligent !)

On trouve aussi une énumération des symptômes de l'Asperger dans le livre sous la forme : liste des situations où je déconne. L'auteur a dû un peu potasser son truc avant d'écrire, même s'il s'en défend…

Mais si tu regardes sur les diagnostics associés à l'Asperger le plus souvent en France, selon l'excellent site www.aideaucodage.fr, tu verras que c'est un peu moins glorieux que ce qui se raconte dans le livre. Voici un copié-collé - je reconnais que tout n'y est pas parfaitement clair pour le non-médecin :



A part l'ongle incarné (pourquoi l'ongle incarné - je m'interroge), ce n'est pas rose, il y a parfois des déficits lourds surajoutés.

Alors les familles d'enfants autistes se prononceront sur le livre :
- bien parce qu'il donne une image positive de la maladie et pourrait aider à son acceptation par l'entourage social,
- mal parce qu'il en donne une version très idéalisée et édulcorée - en fait parfaitement inexacte pour la majorité des cas d'Asperger, en tout cas ceux qu'on voit en médecine ; évidemment, il y a un biais, parce qu'on n'a pas de statistiques sur tous ceux qui sont (sans doute) Asperger légers, et non traités, mais bon.

Je suis sûr qu'il y en a même qui trouveraient à redire qu'on exploite une maladie pour vendre des bouquins. Moi, je m'en fous, il y a tellement pire.

En revanche, je trouve que ce livre est une merde à cause de son style. Un style pseudo-simple ("j'ai dit que…, il a dit que…, j'ai dit que…") qui sonne totalement faux. Avec des tas de répétitions et des détails inutiles, pour donner l'impression... Mais c'est raté ! Dans "la vie devant soi" de Ajar-Garry, on a le même parti-pris de narration naïve d'un enfant, mais infiniment plus prenant (et pourtant, je n'aime pas Garry - sauf ce livre).

L'autre problème, c'est que le narrateur - le jeune garçon - n'est autre que la poupée du ventriloque. Ce qu'il dit, c'est l'illustration de ce que ressent un Asperger tel que l'imagine le non-malade. C'est court.. et ça rend  le livre très indigeste. Bien sûr, on doit s'étonner, et surtout s'extasier à toutes les pages : oh, comme il est bizarre ! Mais intéressant et charmant quand même...

De même toutes les pseudo-naïvetés du héros sont insupportables. J'ai déjà évoqué tous les poncifs des sciences "dures", Einstein, nombres premiers... Et je passe sur les trucs pas du tout crédibles - après tout, c'est juste un livre, pas un bouquin de médecine. Mais l'ensemble est :

laborieux et bidon

Alors si tu veux lire un bouquin qui te donne une idée plus réaliste de ce type de pathologie, tout en étant très lisible et même passionnant, j'avais énormément aimé "le schizo et les langues", écrit par un nommé Louis Wolfson qui était lui-même schizo. Extraordinaire. Mais bon, ce n'est peut-être pas un livre qui intéressera les plus jeunes.

Cela dit, on est pas obligé d'écrire un livre con pour intéresser les enfants.



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