lundi 27 novembre 2017

La chronique éthique-tique-tique d'un professeur d'informatique contre la reconnaissance visuelle des gays…



Quelle éjaculation ! Le robot est gay, pédophile, et ça se voit sur son visage ! Preuve : le manitoba ne répond plus...

Jean-Gabriel Ganashia (JGG) est professeur d'informatique, mais pas seulement : il préside le comité d'éthique du CNRS. Je le retrouve dans le numéro de décembre de La Recherche où il signe une chronique éthique.

Il y pourfend les travaux de deux chercheurs de Stanford. Le programme de reconnaissance faciale que ces chercheurs ont mis au point permettrait de repérer l'orientation homosexuelle des sujets dans 91% des cas - donc plus performant que l'homme.

D'après les auteurs retranscrits par JGG, "ce travail donne un fondement scientifique à l'antique physiognomonie" c'est à dire la reconnaissance des qualités de l'esprit par l'aspect du visage. Ce que JGG oublie de préciser, c'est que les auteurs prennent immédiatement leurs distances avec "ce mélange de superstition et de racisme déguisé en science" (tiré de l'article des deux auteurs et traduit par moi).

Oui, le travail de ces auteurs donnerait un fondement scientifique si ce travail était reproduit et vérifié. Ce qui ouvre d'autres perspectives : la reconnaissance faciale de ceux dont la connerie se voit comme le nez au milieu du visage, le chômage assuré pour ceux qui ont la gueule de Iago, etc.

On est bien d'accord, cela pourrait poser des problèmes. C'est d'ailleurs ce qu'écrivent les auteurs - noir sur blanc. Tu peux être sûr que les armées se jetteront sur ce type de logiciel, rapidement suivies par le monde du business. Il faut donc contrôler l'exploitation de ce genre de recherche - mais en aucun cas l'interdire.

Ce qui me gêne dans le billet de JGG, c'est l'absence de position scientifique. En dramatisant et avec pas mal d'exagérations, il expose un enchainement d'idées et de conclusions très personnelles. Ainsi, selon lui, l'expérience affirme "le primat de l'extérieur sur l'intérieur". Pourquoi primat ? Est-ce qu'il n'est pas naturel d'imaginer qu'il existe un lien équilibré, entre l'intérieur et l'extérieur, sans primat ? Le mot semble mal choisi, ou c'est une interprétation erronée, car les auteurs rappellent divers travaux qui établissent les rapports entre l'apparence et le psychisme - dans les deux sens - et se gardent d'évoquer un quelconque "primat".

Comme on pouvait s'y attendre, JGG évoque la persécution des homosexuels par les nazis. Mais est-ce que justement, les pratiques nazies n'étaient pas fondées sur de fausses théories ? Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux savoir, plutôt que de laisser un vide qui peut être comblé par les élucubrations d'un crétin à moustache ?

On a ensuite droit à un coup de violon sur le thème de la liberté et de la responsabilité : "les désirs seraient causés par des enchaînements de processus physiologiques indépendants du sujet… nous serions tous les jouets de phénomènes hormonaux sans disposer d'aucune liberté [...] et a fortiori d'aucune responsabilité."

Et bien oui, il y a des chances que ce soit vrai. Et qu'est-ce que ça change ? Pire, est-ce que par hasard JGG serait en train de nous dire que les gays pourraient s'amender - par la puissance de leur volonté et grâce au libre choix ! - pour rejoindre enfin les rangs des hétéros ?

Bref, JGG est persuadé qu'il dispose d'un libre-arbitre malgré tous les travaux récents (et solides) qui tendent à mettre en cause ce concept encore in-démontré aujourd'hui. Dommage : un président de comité d'éthique devrait avoir un sens un peu plus aiguisé de ses limites.

Et puis il donne un dernier coup d'archet. Celui-là, il me fait trop plaisir : la peur d'être dominé par la machine. Je cite : "cela suggèrerait que les machines en savent plus sur nous même, et donc qu'elles nous dépasseraient au point de prétendre nous gouverner plus rationnellement , et donc mieux, que nous-mêmes."

Bite my shiny metal ass !

Mauvaise nouvelle pour JGG : il y a déjà pléthore de machines qui en savent plus que lui. Mais bonne nouvelle, elles n'ont pas encore pris le pouvoir ! On a l'impression de nager en plein fantasme. A moins qu'il n'y croie pas et veuille simplement tirer à la ligne en invoquant une des grandes peurs du siècle ?

La conclusion est à l'image du reste. Les travaux des américains sont déclarés "non scientifiques". Personnellement, je ne peux pas évaluer la qualité scientifique de leur travail (j'ai lu les 47 pages de l'article mais je n'ai pas vérifié les données). Je suis prêt à envisager que l'étude soit techniquement contestable - à noter que l'essentiel de leur travail, c'était la mise en place du learning par la machine et l'analyse des résultats. De là à dire qu'elle est "non scientifique", je ne comprends pas. Critiquer la contextualisation de cette recherche et ses à-côtés, je ne vois pas bien le sens : c'est tirer à côté de la cible. Ici, les auteurs indiquent clairement qu'on est dans le domaine d'hypothèses et de travaux non confirmés et se montrent très prudents ("Importantly, we would like to warn our readers against misinterpreting or overinterpreting this study’s findings"). Il me semble donc que JGG est à la limite du manquement à... l'éthique et à la déontologie envers des confrères. Qui heureusement pour lui, sont loin.

Au fait, pourquoi JGG dit que le travail n'est pas scientifique ? Parce qu'il pourrait y avoir une variable intermédiaire : "les résultats obtenus ne prouvent aucunement qu'il y a causalité". Mais il parle de quoi, JGG ? J'ai bien peur qu'il n'invente. Car les auteurs, eux, ne parlent pas de causalité, c'est en dehors de leur champ de compétence, ils ne sont pas biologistes : ils se bornent à dire dans leur abstract que leurs travaux sont compatibles avec une théorie hormonale du genre déjà existante ("Consistent with the prenatal hormone theory of sexual orientation, gay men and women tended to have gender-atypical facial morphology, expression, and grooming styles").

"Comment le comité d'éthique de Stanford a-t-il pu donner son approbation ?" s'interroge finalement JGG. Tu m'arrêtes si je me trompe, mais j'entends : moi au CNRS, j'aurais bloqué ces irresponsables. Sans connaître leurs conclusions ! Juste sur le principe de la recherche ! On ne touche pas aux gays ! Perso, je trouve ce blocage discriminatoire.

Ce qui pose une question : pourquoi ce travail n'a pas été interdit aux USA alors qu'il le serait en France ? Peut-être parce qu'en France, on est nettement moins clair sur la question gay ?

Tu comprends pourquoi les américains nous qualifient d'arrogants et de donneurs de leçons ? Heureusement, Stanford, c'est loin, et je ne suis pas sûr qu'on y lise beaucoup La Recherche !



  

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