jeudi 30 novembre 2017

Suits : comment faire la Guerre des Etoiles en costume-cravate


Des costumes moins chers que ceux de François Fillon : 2000 USD

Tu prends un jeune héros sympathique, mignon diront les filles, avec la peau encore brouillée d'acné. Orphelin comme il se doit, élevé par sa grand-mère à laquelle il se montre tendrement reconnaissant. Tu le laisses se débrouiller dans un grand cabinet d'avocats new-yorkais : objectif survie!

Le passage de l'adolescence à l'âge adulte, c'est la recette de mille livres, feuilletons, séries, films plutôt orientés ados. Rien de très original.

Dans ce monde cynique et brutal (évidemment), il se montre ingénu, loyal et capable d'empathie. Mais rattrape ces faiblesses par des qualités exceptionnelles. Surtout qu'il a un super-pouvoir : il retient tout ce qu'il lit sans effort. Tiens-tiens, ça nous rappelle quelqu'un : la mémoire eidétique de Sheldon Cooper, le chercheur Asperger de The Big Bang Theory (un TV show sympathique qui raconte la vie de quatre geeks et d'une actrice ratée).

Bref, notre jeune homme appartient à la caste des super héros, entre Clarke Kent et Rocambole, auquel il emprunte un passé de hors-la-loi qui lui colle aux fesses.

Maintenant, tu lui donnes un mentor, sévère mais juste, bien sûr. Il fait son éducation en lui cachant l'amitié - on peut même parler d'affection - qu'il a pour lui. Normal !

Pour une fois, le mentor n'a pas une barbe blanche et une voix chevrotante, c'est au contraire un bel homme encore jeune, brillant avocat dans la firme de notre héros.

Autour de notre Harry Potter de prétoire, il y a deux jeunes minettes qui en pincent pour lui. Les péripéties de leurs amourettes, tu t'y intéresseras si tu as envie.

Il y a un demi-méchant, bully, rival du mentor, envieux, ridicule et d'une grande laideur : il ressemble à un gros rat - l'enfant caché de Chicaneau et Le Frisé.

Il y a aussi l'ami d'enfance malsain, déloyal, qui le plombe en s'accrochant à lui.

New-York est le dernier personnage de cette liste - and not the least. Belles vues de la cité, d'en haut et d'en bas, ballet de taxis jaunes, agitation entre les skyscrapers. Je ne m'en lasse pas. 

Et quelques ingrédients supplémentaires.

D'abord l'argent qui pour une fois a une odeur, celle du caviar frais des grands restaurants. On s'habille avec des costumes sur mesure, on rencontre des petites filles riches et on a des contrats en millions de dollars.

Ensuite les dialogues genre table de ping-pong - et totalement bidon. Classique mais distrayant. Je regarde la série en anglais, et je me demande bien comment font les traducteurs (même si l'américain utilisé est très classique, très clean, et pas trop bourré de références).

Les histoires ? Toute ressemblance avec une quelconque réalité des prétoires américains ne pourrait être qu'un caprice du hasard. On nage en plein conte de fée en permanence. Non, j'ai bien écrit conte de fée. C'est totalement invraisemblable - délibérément.

Voilà, c'est tout. Tu viens de lire la recette d'une série très classique telle qu'on aurait pu la composer à partir du Writer's Guide To Characterization, le livre de chevet des apprentis-écrivains.

Erreur 404 : ici je voulais mettre une image pour illustrer un peu mon texte, et reposer ton esprit qui en a bien besoin. J'ai googlé Suits, en images, et figure-toi que je n'ai rien trouvé. Si, un tas de photos du héros avec son mentor, les différents personnages que j'ai cités, mais aucune photo montrant un moment, le passage marquant d'un épisode. Un signe ! Qui ne veut pas dire que la série n'est pas intéressante. Mais elle n'est pas très visuelle - ce n'est pas une série d'action. On n'y voit d'ailleurs pas un cadavre ni même une goutte de sang.

Moins fin et original que Damages, une autre série d'avocats. Nettement moins bon que The Wire, qui voit le problème de la délinquance à l'autre bout de la société, dans les quartiers - avec une langue d'anthologie et des personnages d'une autre épaisseur. Le fait est qu'il n'y a aucune complexité dans Suits, tout est attendu, sans stress, on sait qui va gagner.

Mais bon, la recette est là, elle est vieille mais elle est excellente. On est toujours content quand on voit le tigre sauter à travers le cercle de feu (quoique), et notre héros dicter de mémoire à sa super-secrétaire l'arrêt de vingt-cinq pages qu'il a lu par-dessus l'épaule de quelqu'un d'autre.

Pour moi, j'ai terminé la première saison, je ne vais pas bouder mon plaisir, je vais attaquer la saison deux. Six ont déjà été produites - pas sûr que je regarderai jusqu'au bout. J'aime bien, mais je pense que je vais me lasser. Les lawyers ont beau être pétés de thune, la série n'est pas très riche.