dimanche 19 novembre 2017

The Americans : on a remarqué que c'était toujours le dernier wagon qui provoquait les accidents...


Elizabeth and Phillip, tout l'opposé de ce que laisse imaginer cette photo lissée.

C'est une très belle série : un couple de russes sous couverture fait de l'espionnage à Washington DC pour le compte de la mère-patrie.

Une série qui parle de Russie et d'exil - et en parle très bien. Pour l'espionnage, je ne peux pas dire, je ne suis pas espion - et si j'en connais, ils ne m'ont pas informé. Je suppose qu'il y a des trucs réels, et d'autres qui font rigoler les pros de la CIA et du FSB. Mais les mises en scène de la vie privée des gens avec des comportements tordus bidonnés pour avoir barre sur eux, c'est un classique des services secrets russes - ça, je le tiens de bonne source.

L'histoire se déroule dans les années 80, avant la démolition du mur, quelques années avant Gorbatchev. Époque du programme "Guerre des étoiles", qui épuise les soviets dans leur poursuite technologique et hâtera l'avènement de la perestroïka. Derniers feux du léninisme, avec ceux qu'on caricature en occident comme les gérontocrates, Brejnev, Andropov et Tchernenko. Tandis que dans la population russe comme au plus haut niveau de la nomenklatura, le doute chemine.

En Amérique, ce sont les années Reagan, la droite triomphante : les beatniks, les hippies, tout ça c'est du passé. Extraordinaire, le défilé de voitures d'époque, les derniers immenses blocs de ferraille larges et plats, superbes produits de l'industrie de Detroit, avant que la crise du pétrole ne la frappe à mort. Étonnant comme la série réussit à montrer des rues entières, des boulevards remplis de ces voitures, garées ou circulantes.

Il faut se mettre à la place du spectateur américain. Perplexité : le monde n'est plus coupé en deux avec les méchants d'un côté et les bons de l'autre. Les espions russes sont sympas, humains - l'un d'entre eux surtout. Pas facile de s'identifier, de savoir ce qu'on espère - que l'espion échappe au piège, ou que ces salauds de commies de fassent pincer. Tom ou Jerry ? Parce que le gros costaud qui joue chez lui, c'est le contre-espionnage américain, tandis que les russes, ce sont les petites souris grises qui se planquent dans des trous.

La langue russe tient une place non négligeable : tous les dialogues à la Residentura ou en Union Soviétique sont en russe. Ils ont très certainement été écrits directement en russe, et je trouve qu'ils montrent bien la mentalité slave au quotidien. Les acteurs russophones sont russes d'origine. Réalisme... Pour ceux qui ne parlent pas russe, il y a évidemment des sous-titres.

Non, la fille, ce n'est pas Elizabeth déguisée - faut pas exagérer... C'est juste une victime.

Nombreux sont les personnages qui ont une vraie épaisseur : on croit les (re)connaître. Certains sont pathétiques, comme la "petite" secrétaire, Martha, facilement manipulée parce qu'elle a un physique ingrat et qu'elle est seule dans la vie. Ou la belle Nina, hésitante, faible, qui ne sait pas où elle en est de ses amours. Étrange amitié qui se noue entre deux voisins, l'un de la CIA et l'autre du KGB, amitié asymétrique car l'un sait, l'autre non. Relations qui s'établissent entre des espions qui ne sont pas du même bord - avec des rencontres dans une voiture, sur un quai désert - forcément. Pour une fois, les espions ne sont pas présentés comme des personnages glacés, des machines à tuer ou des robots endoctrinés.

Autre rupture avec l'image cinématographique de l'espionnage : peu d'action, pas de coups fumants qui s'enchaînent. Donc plus de réalisme : d'après ce qu'on apprend (des années plus tard), la vie des vrais espions est calme, très loin des cascades de Bond ou d'OSS. Ici, c'est plus l'angoisse au quotidien d'être découvert, et c'est vraiment prenant !

L'histoire se déroule dans plusieurs endroits. D'abord le domicile d'américains moyens, avec les céréales et le Superbowl - ça tu connais par cœur. Tu connais moins les bureaux de la CIA, et encore moins ceux de la Residentura russe de Washington. Il y a aussi des morceaux de Russie tellement réalistes qu'on se demande où ils ont été tournés : l'hôpital psychiatrique, la prison politique, les kommunalki, ces grands appartements bourgeois des centres-villes où s'entassent plusieurs familles dans une pénible promiscuité.

Les deux personnages centraux sont magnifiques. Ils passent leur temps à se déguiser - au début, je me suis fait prendre ! Ce qui est rare, c'est qu'on les voit sous tous les angles. Pas maquillés au saut du lit. Dans l'uniforme de l'américain moyen qui va au boulot. Les traits tirés par la fatigue ou l'angoisse. Ou encore sapés et maquillés pour plaire - car leur boulot, c'est inspirer confiance et séduire. Je ne sais pas si tu as fait attention, mais dans les autres séries, tu n'as pas cette variété, les personnages sont toujours présentés avec le même look.

... mais là, si, c'est elle, c'est Elizabeth.
Petit problème : Elizabeth a un air dur qui colle avec son rôle mais elle a un visage bien trop américain. Comme slave, elle n'est pas crédible - alors que son conjoint pourrait passer pour russe sans trop de mal.

La série n'est ni un montage historique dont l'intérêt serait la méticulosité de la reconstitution, ni une collection de gueules d'espions russes et de grands flics du FBI. C'est une peinture de l'expatriation, avec l'isolement, les coups de blues, les doutes, et aussi les filatures, les fiches, les protocoles entrecoupés de brefs moments d'action.

Je ne me suis jamais ennuyé. Même, mon intérêt est allé croissant. A la fin de la quatrième saison, j'étais triste de penser qu'il n'y en avait plus qu'une et que tout ça allait se finir.

Je me trompais doublement. D'abord, la fin de la cinquième saison n'est pas à la fin de la série. Surtout, ça s'est complètement cassé la gueule. J'avais bien remarqué cette dimension scrupules, et aussi : difficulté d'être espion tout en maintenant une vie de famille. C'était assez équilibré. Et tout d'un coup, patatras, tout s'écroule, on entre dans le psychologisant, ça sonne faux. Intrigues en berne, suspens au tapis. Des personnages importants (et attachants) sont partis. Que reste-t-il ? Pas grand chose.

Bref, je ne regarderai pas la sixième saison. Et toi, tu peux te borner aux quatre premières, elles sont vraiment sympa. Heureusement que tu m'as pour éviter les merdes !


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