dimanche 26 novembre 2017

Transcendance, un film de SF qui aurait plu à ma grand-mère


Je t'avais dit qu'on aurait droit aux lignes de code bidon...

Quand j'étais tout petit, ma grand-mère me lisait des contes, et il y avait toujours un moment où le méchant monstre s'approchait, tandis que l'enfant se recroquevillait dans sa cachette et rentrait la tête. Nous avions alors une expression particulière pour ce moment-là. Ma grand-mère s'arrêtait de lire, me regardait avec un air malicieux et disait : on connaît qu'on a peur ! en ouvrant de grands yeux. Et je répondais, terrifié mais ravi :
- Oh oui mamie ! On connaît qu'on a peur…

Malicieux, délicieux… je ne sais pas pourquoi l'homme aime à se faire peur. Même adulte. Anticipation du soulagement qui viendra après ? D'après les cognitivistes, on fonctionnerait pas mal comme ça.

L'une des peurs de ce siècle, c'est la crainte d'être dépassé par la machine. Ça ne date pas d'aujourd'hui : prolifique progéniture de Frankenstein… Aujourd'hui, le monstre n'est pas couturé, il est tout lisse, en métal et silicium. Robot ou ordinateur - il n'y a pas vraiment de différence, sinon qu'on attribue au robot le don de se déplacer. En un sens, l'ordinateur est bien plus terrifiant, car il est partout dans le réseau : c'est l'hydre moderne.

Le thème a suscité une diarrhée de livres et de films avec pour principe la prise du pouvoir par un ordinateur central, et l'humanité rendue malheureuse par son hyper-rationalité.

Ne crois pas que ce soit juste un truc de scénaristes et de romancier. Beaucoup de gens ont vraiment peur - au point de vouloir pondre des lois pour se préserver (j'en parle dans un post récent que tu peux trouver ici).

Je viens de regarder Transcendance, un film de Wally Pfister - son premier en tant que réalisateur, car il a accompli l'essentiel de sa carrière comme directeur de la photographie. Ce qui se ressent dans le film : les décors, les visuels en général sont une réussite. 

Il s'agit d'un film de SF en plein dans le thème de la toute puissance informatique. Il emprunte au langage consacré des sagas d'ordinateurs : on a droit aux écrans qui zappent à toute vitesse - comme si un ordinateur avait besoin de faire défiler des images pour travailler ! Ainsi qu'au défilement de mystérieuses lignes de code façon Matrix - au fait, tu savais que le décorateur s'était servi d'une recette de cuisine japonaise pour réaliser ses écrans ?

Le film se laisse bien regarder. Le thème classique du savant fou mégalo est là, mais revisité. Je regarde avec un peu de tristesse ces décors high tech qui auront l'air ringards et obsolètes dans vingt ans - mais pour l'instant, c'est très joli.


Le mot "code" est utilisé dans toute son ambivalence, codage informatique, mais aussi avec son sens de code secret, presque magique, qu'un seul homme peut faire et défaire, ce qui est assez faux. Et la différence entre virus informatique et virus biologique est joliment estompée.

Seuls les nigauds prendront ce film pour une réflexion sur l'avenir de l'homme informatisé. Il n'y a aucune morale à tirer, sinon affreusement banale. C'est un simple divertissement, assez bien fait, et avant tout une belle histoire d'amour, avec son tiers, ses incertitudes et ses ambigüités. De ce point de vue, c'est plutôt une réussite.