mardi 14 novembre 2017

Un jour rêvé pour une radio-banane

Pourquoi il n'y a pas de radio pour ceux qui s'intéressent à la science ? Ils sont si peu nombreux ?


Les programmes de France-Culture ne sont pas nuls mais la part faite aux matières enseignées en faculté de lettre est vraiment hégémonique - il n'y a que des littéraires qui écoutent la radio ?

Heureusement, aujourd'hui, j'appuie sur la touche - réglée sur cette nouvelle station dont tout le monde parle…

Une belle journée qui commence par la position de la lune, de certaines exo-planètes, la trajectoire de la terre : de quoi planer et se réveiller en douceur. Puis une vraie météo - pas juste "l'après-midi, sortez vos parapluies". Au petit déjeuner, le journal de l'actualité des sciences : ça me donne une faim d'ogre.

Le matin, un peu de tout : l'intelligence des poulpes, la mycologie chez les grecs, la recherche en physique après les cordes, la question de la poule et de l’œuf. Il y même un feuilleton quantique, Les incertitudes d'un électron. Poignant comme du Marivaux, j'ai pleuré.

L'après-midi, des interviews de chercheurs en génétique, en maths et en astrophysique - c'est bien, ils font attention à répéter : si l'émission exige trop d'attention, je me plante en bagnole.

La revue de presse ? Wow, le survol des articles du dernier Science ! Demain : Nature, le New England Journal of Medecine, The European Physical journal... Tout n'est pas intéressant, mais il y a des trucs qui font envie...

Reportage : une visite comparative du MIT et de l’École Centrale de Lyon, programmes, orientations... maman, je veux retourner à l'école ! C'est l'heure de la chronique sur les formations sur internet. Et juste après, une émission inratable : les tendances dans les nouveaux langages informatiques - la mode, toujours la mode...



 Avant le dîner, une brève d'épistémologie.
- C'est tout ce qu'il y a, comme philo ? Pourtant, on dit que ça forme l'esprit. Seuls les régimes fascistes bannissent la philo et l'histoire.
- Merci de ne pas confondre la philosophie avec l'histoire de la philosophie... Certains considèrent la philo comme un savoir. Pourtant, elle n'a pas cumulé plus de connaissances que l'astrologie, elle repart quasiment de zéro à chaque fois.
- La littérature n'a pas "cumulé" elle non plus.
- Oui mais au moins, elle ne se prétend pas un savoir - juste une distraction.
- La philo, c'est comme les maths, un jeu intellectuel abstrait.
- T'as déjà fabriqué un frigo avec un bouquin de Hegel...?
- Alors exit la philosophie ?
- Non : la philosophie, c'est la contestation. Mettre en doute ce que dit l'autre, quitter l'académie.

Après l'échec avéré de la philosophie à expliquer le monde (c'est pas moi qui le dit, c'est le gros barbu), la science propose une alternative : des solutions transitoires, mais fondées sur un savoir qui s'accumule depuis cinq siècles.

 La philosophie a sa place comme contestation, dans les sciences comme ailleurs, et sur cette radio rêvée, la contestation est partout. Mais elle n'est pas le contrepied systématique dont on a abusé en mai 68 : la contestation, c'est constructif et bien plus subtil. Un exemple : la chronique de Géraldine Woesner le matin sur Europe - elle s'appelle le vrai faux de l'info.

- Si tu le dis... Et les nouvelles du monde ?

 - Elles ont aussi leur place, mais sous forme de dossiers. En politique étrangère, France-Culture pourrait être un modèle, certaines émissions sont assez bien documentées. Le problème, c'est le parti-pris des journalistes. L'autre jour, tu aurais hurlé de rire en écoutant l'interview d'un obscur psychanalyste américain tout étonné de se voir honoré par cet aréopage d'intellos français : dans son Kansas natal, on lui jette des épluchures.

Si France-Cul veut parler des États-Unis, la station ne sort que des sujets sur le social et le racisme. Il y a la révolution en Ukraine, elle n'interroge que les sécessionnistes - je sais, j'en revenais, et j'écoutais les émissions tous les jours. Il a fallu un mois avant qu'ils ne se décident à interviewer un partisan du rattachement à la Russie - et forcément, ils ont choisi un type douteux et pas très malin.

Alors oui, les nouvelles du monde, mais avec un historique, une mise en perspective équilibrée. Et un suivi - tu as remarqué à quel point ce qui fait bouillir les journalistes un jour ne présente plus aucun intérêt pour eux un mois plus tard.

Après les nouvelles, relax : de l'histoire, de la géographie, de la sociologie quantitative. Ah oui, je t'ai pas dit : le rédacteur en chef de la station est un statisticien, il vérifie la qualité des sources et leur validité (et ne se prive pas d'un petit commentaire s'il le faut).

Une petite émission sur l'orientation actuelle du Droit : toujours intéressant de comprendre comment le Droit évolue parallèlement à notre société et la reflète. Au programme ce soir : pourquoi la législation sur l'euthanasie peine à suivre l'opinion publique.

Et au fur et à mesure qu'on avance dans la nuit, on aborde des sujets brûlants : la sexualité des huîtres, celle de certains protistes - mais bon, censure quand même sur l'innommable onanisme du bigorneau bas-breton.

La navrante pratique du triolisme chez les bigorneaux : un autre sujet qu'on évitera soigneusement.

Tout au long de la journée, plusieurs rendez-vous de littérature - une lecture par un bon comédien, puisée dans la littérature classique - il en existe des milliers d'heures d'enregistrement. Lecture introduite et commentée sans pédanterie - j'allais dire "et sans psychanalyse", mais c'est un truisme.

Malheureusement, je rêve. Oui, je déconne à mort, je suis totalement à l'ouest... ça n'intéresse personne. Ah, d'où je le sors, le titre ? La radio-banane ? Tu connais pas Salinger, le type de "the catcher in the rye" ?)


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