jeudi 7 décembre 2017

Shingeki no Kyojin : l'attaque des titans


Non, ce n'est pas du Charlier. Et pourtant !... Incapable de reconnaître le membre... de la bande garroté sur la glace.

C'est une série d'animation japonaise - je pense, car ils disent alogato, le seul mot de japonais que je reconnaisse. Mais il doit y avoir un lien avec la Chine, le générique me semble moitié en chinois moitié en japonais.

Je ne sais rien d'autre. Sinon qu'il y a trois saisons dont une en cours de réalisation. Je me suis gardé de lire quoi que ce soit sur internet afin de garder un regard neuf : cette série japonaise, c'est une première pour moi. J'avais bien picoré des bribes de Naruto, mais je n'avais pas accroché - il faut dire que je prenais en cours à la saison 237.

Dès la première minute de vidéo, il y a quelque chose de gênant : la pauvreté des moyens d'animation. On bouge un plan fixe, paysage par exemple, pour faire croire au mouvement. On fait osciller deux images de la pupille pour donner une impression de vie. Tout semble étudié pour épargner le moindre travail au dessinateur. Il faut du temps pour s'adapter, avec le sentiment désagréable de se faire arnaquer - mais on y parvient.

Les dessins de visages sont des classiques japonais, avec l'arrête du nez tranchante comme un cimeterre qui rebique. Surprise, les yeux ne sont pas immenses comme dans les mangas classiques. Et parfois les nez s'allongent. On se rapproche du style occidental. Ce n'est ni beau ni laid (à mon goût).

Les décors sont plutôt sympathiques. Curieusement, ça se passe dans des cités qui pourraient évoquer le moyen-âge européen. Avec des maisons à colombages et toits en tuiles serrées autour de beffrois, avec des grosses cloches, un mur qui évoque le mur du nord de Game of Thrones. Quant aux noms des personnages, la plupart sont saxons et on trouve même un Levi ! Si je te dis que dans la bande originale, il y a un morceau de cornemuse, tu ne me croiras pas et pourtant c'est vrai.

Un groupe de titans : on voit qu'ils ont des enfants (chauves) donc ils se reproduisent. Mais avec quoi ?

Shingeki no Kyojin, c'est une histoire militaire, une histoire de combats. Je m'étonne de voir une série populaire sur ce thème. Autrefois, les histoires de Rambo étaient destinées à la partie la moins éduquée de ma génération. L'armée était critiquée et considérée comme un repaire de tarés brutaux. L'Amérique digérait avec peine le Vietnam avec Platoon, Full Metal Jacket ou Apocalypse Now. Et s'il se trouvait un ennemi à combattre, on n'utilisait pas la force mais la ruse. Évolution des goûts !

L'histoire est censée se dérouler dans deux siècles. Des géants nus aux sexes gommés mais aux traits masculins ont envahi la terre. Ils ont décimé l'humanité. Ils dévorent tout cru les hommes et les femmes qui se trouvent sur leur chemin. Les survivants ont construit des murailles, vivent en reclus, et n'ont plus entendu parler d'eux depuis cent ans. Jusqu'au jour où…

Pause. De temps à autre, la vidéo s'arrête et donne des explications sur la situation - ça surprend. Certain trouveront lourd. Cela ne me gêne pas.

Le dessin animé est cruel, mais pas gore. Le dessinateur tourne discrètement la tête quand le géant est sur le point de manger un humain. Mais l'atmosphère générale est violente, extrême - la situation s'y prête.


Il va le manger mais tu ne verras rien (sinon une pluie de gouttes de sang)
Le héros est un jeune garçon bouillonnant, qui veut se combattre les titans. Il est modéré par sa grande sœur, qui joue le personnage raisonnable - indispensable à sa survie. Le héros a un ami blond au visage un peu efféminé. Assez effacé il serait plutôt intellectuel (heureusement qu'on me l'a dit, sinon j'aurais pas capté).

Je me demande ce que représente dans l'imaginaire japonais ce héros, enfant courageux au point d'être téméraire, entêté au point d'être frondeur : un idéal social, l'enfant souhaité ? En tout cas, c'est un garçon - et les rôles sont tranchés. Au tout début de la série, on voit la famille réunie, avec le père qui travaille à son bureau tandis que la mère fait la vaisselle. Il y a bien des filles qui foutent des raclées aux garçons - mais c'est parce que leur père leur a appris !

Les questions en l'air, c'est le courage (et la persévérance). Ne jamais perdre la face. L'idée qu'un enfant motivé peut faire mieux que des adultes couards, pourtant présentés comme brutaux, toujours prêts à gueuler. Niveau psychologie, c'est le niveau zéro. On voit les larmes couler, et on comprend qu'on doit être triste.

Les personnages sont dotés de quelques caractéristiques qui n'évolueront pas : un peu comme tu peux choisir les propriétés de ton personnage dans un jeu vidéo. Ils constituent une bande qui cohabite en caserne, avec des qualités et des défauts qui pourront se révéler complémentaires : un prêchi-prêcha pour la tolérance. Sur cette base psychologique, le héros peut apprendre de la vie, acquérir de l'expérience, principes fondamentaux dans ce genre de manga.

C'est d'ailleurs la raison du manque de suspens. Je te paye un coup de cidre si le garçon ne va pas en baver, passer par toutes sortes d'épreuves, mais finalement triompher, accomplir les vœux qu'il prononce au tout début de la série (éradiquer tous les titans de la terre) grâce à son courage et sa ténacité. Une série finalement très morale. Même si un génocide, quand on y réfléchit, c'est pas trop écologique.

J'aimerais tant voir un jour une série qui montrerait un enfant à peine plus doué que la moyenne, plein de projets magnifiques, qui deviendrait adulte - un adulte banal et plein d'imperfections - après avoir vécu quelques petites aventures et tué tous ses rêves. Flaubert a d'ailleurs écrit un excellent scénario sur cette idée, l'Éducation sentimentale, tu as lu...? Et on m'a fait cadeau d'une belle série anglaise en quatre épisodes qui racontait une telle histoire - dommage, je n'arrive plus à retrouver le titre. Un genre sans doute pas très porteur…

Bref, je n'irai pas jusqu'à dire que Shingeki no Kyojin, c'est fin, c'est beau, c'est passionnant, c'est original. Mais c'est dépaysant. Et comme c'est ma première vraie série japonaise, j'ai l'intention d'aller jusqu'à la fin de la saison. Tu me diras que je la regarde en VO sous-titrée et que je ne perçois pas toute la finesse littéraire du texte japonais. Bien trouvé... mais ça m'étonnerait. Baka, va !

Mais où sont donc les drones ? Ici on continue à se battre au sabre : les samouraïs on la vie dure !


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