mercredi 3 janvier 2018

365 jours de bienveillance moins UN…


Lu dans le cahier d'écriture de ma petite nièce


J'avoue que cette période des vœux me met mal à l'aise.

Déjà, il y a cette débauche d'expressions dont on ne se sert qu'entre le premier et le quinze janvier après les avoir vaguement dépoussiérés : d'abord, les vœux, ensuite, les offrir, les présenter comme on présente les armes, avec des vœux qui sont les plus chers (un franc cinquante à Monoprix)...  et dont on attend qu'ils soient exaucés. J'exauce, tu exauces à la menthe, il exauce pâtissière...

Et puis je me sens partagé par différents courants... qui vont tous dans le même sens !

Il y a la tendance parano-comptable : "tiens, celui-ci ne m'a pas envoyé de vœux cette année". Très proche de la mouvance parano-formaliste : "c'est à lui de m'envoyer ses vœux en premier, pas à moi…"

Il paraît qu'on a inventé les règles de politesse pour qu'il n'y ait pas de problème dans ce genre de situation : les vassaux envoient au suzerain, les hommes aux femmes, les jeunes aux vieux. Mais le problème des jeunes femmes / vieux hommes est resté dans les limbes. C'est le bordel.

Et la tendance marketo-phobique : celui-là m'envoie ses vœux parce que je fais partie de sa liste de contacts professionnels ; il a envoyé combien de mails ? Cinq cents ? Deux mille ? Quel sens ça a ? Je n'ai aucune raison de répondre. Mais pourtant, c'est quand même un copain, non…? Enfin c'était… Mais c'est quand même encore un peu, même si on ne communique qu'une fois par an… justement pour les vœux !

Je t'offre mes meilleurs… Merde, manquerait plus qu'il me les vende, ce con-là. Pour ce que ça lui coûte !...

Et pour ma santé, en plus ! Mais fous-lui la paix à ma santé ! Tu veux que je t'envoie mon dernier compte-rendu de procto peut-être ? Soit je suis crevard, et tu peux toujours causer, je verrai pas la fin de l'année. Limite c'est indécent, tes vœux. En tout cas ça me renvoie à ma triste situation. Soit je vais bien, et alors ça sert à quoi ? De toute manière, tu y peux quoi, toi ? T'es docteur ? Tu vas m'envoyer une fiole de médecine homéopathique qui traîne dans le fond de ta pharmacie ? Tu vas m'accabler encore de tes conseils à la con, bouffer mieux, plus sain ? Mais regarde la gueule que tu as, déjà !

Et le courant tâtillonno-raisonneur : …mes meilleurs vœux pour l'année 2018… Ça veut dire quoi ? Il espère que ça va bien se passer pour moi du premier janvier au trente-et-un décembre. C'est quoi ce blabla ? Une assurance ? En tout cas ça ressemble à un contrat annuel. Et si c'était renouvelé par tacite reconduction, ce serait pas plus simple, non ? Au moins un 3-6-9... Ça lui aurait pas coûté plus cher de m'en servir pour plusieurs années... Qu'est-ce que c'est que ce truc de mégot !

Et la version éthico-confuse : Allez, faut pas se gêner, deux journées de la gentillesse pour le prix d'une ! Tu vas leur dire que tu leur veux du bien, que tu n'as pas de poignard caché dans ta manche, à ces humains dont tu n'as rien à foutre ? Des clients qui t'envoient du pognon, des gens que tu payes pour qu'ils te rendent des services ? Faux-derche, va ! C'est dégueulasse, ce que tu fais.

Et puis il y a les vœux sur le forum où tu vas de temps en temps. Faut faire comme tout le monde. Avoir l'air poli et propre sur soi. Bienveillance universelle. Montrer qu'on appartient au groupe et qu'on sait se tenir. Et bien moi, je vous pisse à la raie, à tous ! Y compris à celle du modo !

Un peu facile de souhaiter... parce que si je demandais qu'on me prête une plaque... Moi aussi, je souhaite qu'il n'y ait plus de guerre et qu'on arrête de ratiboiser les fonds marins. Mais je fais quoi pour ? Pas grand-chose. Je souhaite que l'Afrique sub-saharienne échappe à son quotidien de terre exploitée avec une balance déficitaire - car aussi hallucinant que cela paraisse, quand un pays riche est en relation avec l'Afrique, il lui prend plus qu'il ne lui donne !... mais on s'éloigne du sujet. Je souhaite, je souhaiterais, j'aimerais bien que… mais j'ai rien donné cette année encore, parce que je pense que ça va aller dans la poche de je ne sais qui, toujours de bonnes raisons…

Alors des vœux, mais pourquoi maintenant ? Pourquoi en envoyer à ces gens que tu aimes bien, et qui le savent - et qui n'ont donc pas besoin que tu leur envoies des paroles bidon et gnagnagna et gnagnagna… mais pourtant, si tu ne fais rien, ils ne seront pas contents, alors tu es piégé, tu es dans la merde, tu es obligé…

Ah oui, faiche d'être forcé, alors que ces gens, 364 jours sur 365, tu leur veux du bien… même si tu ne penses pas à eux tous les jours.

- Mais recevoir des vœux, ça fait plaisir ! Ça ne te fait pas quand même un peu plaisir, quand tu reçois des vœux...? Allez, sois honnête pour une fois.

- Arrête. Je sais ce que tu vas me dire : les vœux, c'est une perche que te tend la société. Pour mettre de l'huile dans les rouages. Ben oui, une perche pour mettre de l'huile dans les rouages, c'est pratique parce que parfois, les rouages sont loin : tu vois, genre burette avec un long bec. T'es con toi, faut tout t'expliquer.

- Une occasion demi-officielle pour montrer que tu n'as pas oublié. Comme ça, discrètement, un petit coup de vœux et hop, c'est fait. Pas la peine d'en faire un fromage. C'est toi qui soulignes le truc, par ta mauvaise humeur... Allez, un peu de bonne volonté, juste une fois par an, c'est quand même pas la mer à boire… Allez, vas-y ! Ne fais pas l'enfant. Vas-y je te dis !

 meilleurs vœux et bonne année 2018

- Tu vois, quand tu veux... et tu te sens mieux maintenant !

(euh non, pas vraiment)



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