mardi 16 janvier 2018

Touche pas à mon porc


Cochon suspendu par les pattes, abattoir de H (78) : non seulement supplicié mais maintenant insulté par les femmes.

L'un des avantages de vivre à plus de huit mille kilomètres de la France, c'est de n'avoir qu'un écho assourdi de ce qui s'y passe. J'ai récemment échappé à l'hystérie médiatique lors de la mort de Johnny, puis celle de France Gall. Une molécule d'eau se trouve au sommet d'une vague un moment donné : est-elle tellement différente des autres molécules ?

Là, il me semble ressentir une grosse agitation à propos de "dénonce ton porc". Tellement heureux d'y échapper. Mais j'ai bien compris le message : il faut que tu penses pareil. Heureusement, à huit mille kilomètres, qui va vérifier ?

Mon instituteur, ce cher monsieur Coquen, glissait un quart d'heure de morale au début de la matinée. Ce jour-là, classe de septième 1, il écrit sur le tableau noir en belle cursive : "un coup de langue peut être pire qu'un coup de lance". Et il explique... si bien que je m'en souvient encore aujourd'hui.

Alors "dénonce ton porc" ? Moyen… La justesse d'une cause justifie-t-elle l'insulte ? Pas sûr. J'ai demandé sur Facebook quelle serait la réaction si je lançais une ligue nommée "Vire ta truie". On a pris cela pour de la provocation. Et j'ai bien senti la vertueuse indignation.

Faire profil bas dans le métro...

Pourtant, le manifeste de Leila Slimani que j'ai fait lire à une amie musulmane modérée lui a paru un tissu de provocations. Est-elle en droit d'allumer les deux cent cinquante millions d'indonésiens qui ne pensent pas comme elle (pour se conformer à son attaché de presse qui lui a dit que ça augmenterait le tirage ?) Pourquoi aurait-elle raison contre eux ? Et pourquoi auraient-ils raison contre elle ? Ce manifeste pue l'ethnocentrisme, et je le trouve extrêmement blessant pour des millions de femmes - qui ont le tort de ne pas avoir la même culture. Je ne fais certainement pas l'apologie de la burqa ou de l'islam. Je dis simplement qu'on doit avant tout aux autres le respect.

Une autre  femme qui dit aimer la galanterie (va comprendre, j'ai souvenir de m'être fait vertement remettre à ma place parce que je m'étais effacé après avoir ouvert une porte, symptôme d'un haïssable machisme) raconte un fait divers où une pauvre femme se fait démolir par son ex. Bravo ! Technique mise au point par l'extrême-droite : tu sais, quand on raconte juste avant des élections comment une petite vieille s'est fait torturer par un maghrebin pour cent balles. Efficace, mais...pas sûr que les techniques de l'extrême droite ne sentent pas le lisier...

- Moi, perso, j'ai rien contre le lisier...

Je ne suis pas une femme - à moins d'avoir été victime d'une vaste erreur toute ma vie. J'ignore donc ce que vivent les femmes. La drague lourdingue. Les propositions salaces. Et bien pire, les attouchements sournois et les chantages sur le lieu de travail.

Arrivé à cet endroit, il serait de bon ton que je clame à quel point c'est terrible, épouvantable, innommable, affreux, repoussant, odieux, révoltant, infâme, détestable, monstrueux, abominable, atroce.

Je préfère plus sobre : je trouve cela minable et moche, et je condamne.

Je condamne comme je condamne toute action qui limite la liberté d'autrui. Je condamne sévèrement, pas plus ni moins.

Et maintenant, j'essaye d'imaginer à quoi cela peut ressembler le harcèlement dont les femmes disent être victimes (et le sont sans doute). J'ai eu plusieurs petites amies dans ma vie, et plusieurs amiEs tout court. Elles n'étaient pas vilaines - personnellement, je les trouvais très belles. Et beaucoup d'entre elles n'avaient pas la langue dans leur sac à main(1). D'après ce que je comprends, elles auraient eu honte d'exprimer devant moi la souffrance causée par les sollicitations dont elles étaient victimes ? Elles n'avaient pas encore libéré leur parole ? Aucune d'entre elles ? Hmm… Cela me surprend un peu car nous avions parfois beaucoup d'intimité… et question libération, certaines… mais bon.

Sur la ligne 11 Porte des Lilas. Le ticket de métro se porte sur le dos.

Peut-être qu'elles s'en foutaient ? Qu'elles plaçaient la nuisance au niveau du moustique du soir dans la chambre des vacances, ou de la mayonnaise qui rate ? Est-ce qu'on voudrait me faire croire que toutes les femmes sont de pauvres petites choses fragiles et sans défense - curieux discours féministe...

J'essaye de me mettre à leur place. Qu'est qui pourrait être comparable ? Ah oui ! Le centre-ville à Djerba ! J'étais clairement marqué comme appartenant au sexe des touristes, et je devais supporter les apostrophes, les tutoiements, les gens qui t'arrêtent, te prennent par le bras et parfois te bloquent, les propositions qui n'avaient rien d'obscène, certes, mais lassantes par leur répétition.
- Rien à voir.
- Ok, mais pourquoi ? J'étais différent par mon physique, j'étais une cible, je supportais un traitement particulier. On me renvoyait une image assez déprimante, celle d'un gogo, d'un porte-monnaie sur pattes, et j'étais sollicité alors que je ne demandais qu'une chose - qu'on me foute la paix.

Mais bon, d'accord, je ne suis pas resté à Djerba plus d'un mois. Et je ne me faisais pas insulter (en tout cas pas en français) quand je n'achetais pas la guitare à trois cordes en pied de chameau qui pue.

Alors quoi d'autre...? Des "agressions", cette fois sexuelles. Un homo qui me montre sa bite en érection dans les toilettes de la gare Waterloo à Londres, un soupeur qui jette une tartine de pain dans l'urinoir où je pisse, et divers épisodes du même acabit, genre attouchements. Les prostituées qui m'interpellaient rue St Denis, et dans un style plus agressif, celles qui sont en terrasse à Pattaya. Et même une fois, des filles qui m'ont sauté dessus quand j'étais jeune et beau.

J'ai honte de le dire, mais je n'en ai pas été marqué (et dans le dernier cas, j'ai même trouvé plutôt sympa). Il est vrai que ce n'était pas toute l'année - sauf pour la rue St Denis : j'habitais à côté.

Le quartier des violeurs à Fleury

 J'ai même souvenir d'une amie qui s'était fait violer et qui m'avait confié qu'elle avait pris un peu de plaisir au milieu de l'action. Et que maintenant, elle s'en foutait. Mythomane, grande perverse, syndrome de Stockholm ou... grosse cochonne ? Les gens ont des sensibilités différentes. Et puis après tout, je ne suis pas une femme : je ne peux pas comprendre.
Mais ce que je comprends, c'est que ces cris que j'entends jusque dans ma rizière ont pris une place indue sur la place publique. La formulation porcine est déplacée et choquante. Les arguments sont faibles sinon faux, passionnels et fortement ethnocentriques. Et les sourcils froncés ne vous vont pas, mesdames (oups ?)

Il est TRÈS malhonnête de mettre dans le même sac le petit connard qui passe une main, et le criminel qui tabasse et viole une femme. Grosse erreur de casting.

TRÈS malhonnête de faire passer pour une cause nationale un problème avant qu'il n'ait été quantifié. Avant d'avoir fait une enquête précise pour connaître le nombre de femmes qui vivent ces comportements comme des nuisances graves et ne se sentent pas capable de se défendre toutes seules. Qu'on ne me dise pas que "justement, c'est une info qu'on ne peut pas obtenir" parce que c'est faux. Les techniques d'enquêtes (indirectes) permettent d'obtenir tous les renseignements qu'on veut avec un degré convenable de fiabilité.
Dommage, la cause est bonne. La société doit évoluer. La justice doit être active. Mais il y a d'autres voies. Plus intelligentes, plus drôles, plus subtiles. Personnellement, je suis abonné à une chaîne féministe sur Youtube, le Vaginarium du Dr. Pralinus. J'y décrypte le sexisme ambiant. J'en comprends les liens avec le marketing et la société dans son ensemble.
Bref, j'y trouve un aperçu de la big picture. Ça te dit ?


1 je veux bien qu'on dise que c'est une remarque sexiste, mais il faut me dire pourquoi 


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