mardi 20 février 2018

Bad medecine and good Sci-Fi !


Ça vaut bien les couvertures de Marvel, non ?

Plutôt crever que de lire sur la plage ! Mais bon...

Ces derniers temps, j'ai lu un agréable livre de propagande pour les maths, "That's Math", de Peter Lynch - en fait une collection d'articles courts parus dans un journal anglophone. Les grands auteurs et leur œuvre évoqués de manière rapide et plaisante- tout comme on aurait pu passer en revue les grands maîtres de la littérature, équivalence qui m'est chère, qui ne semble pas comprise (et que j'ai déjà évoquée ici sur ce blog).

J'ai aussi lu Brumes, de Carco, qui m'a plu modérément. Ambiance glauque, sordide et brutale dans le quartier des putes d'Anvers ou d'Ostende (on ne sait pas très bien), près du port de commerce. Un peu lent pour notre époque - le livre a été publié en 1935 - mais tout à fait lisible, un bon moment de distraction. J'attends que le film sorte avec Jean Gabin et Romy Schneider, mais ça traîne. 

Et puis je suis tombé sur un Sheckley que je n'avais pas lu. Je ne sais pas si tu sais, mais Sheckley est l'un des trois meilleurs auteurs de SF depuis que la science fiction existe.

On clive arbitrairement la SF du reste de la littérature, ce qui la prive de fait du droit d'être considérée comme de la "vraie" littérature - comme celle de Steinbeck ou Melville. On dit que c'est un genre secondaire ce qui s'explique bien : tant d'auteurs de SF ne savent pas écrire et/ou pondent des romans pour ados boutonneux. Philip K. Dick, qui est un auteur estimable, frôlant parfois le génie par son inventivité, ne fait pas exception : sa prose est mal articulée et lourde. Dommage, il est exceptionnellement créatif - et a inspiré de nombreux films, comme l'excellent Blade Runner. Mais je me demande s'il aurait eu une telle aura s'il n'avait pas lui-même souffert de troubles mentaux (schizophrénie ou pharmaco-psychose ?)

Il existe de bons auteurs de SF, Asimov en tête de file. Mais des "auteurs de littérature SF", il n'y en a pas beaucoup. H.P. Lovecraft, George Orwell, Aldous Huxley, Jules Verne, et même Marcel Aymé, pour les classiques.

Car c'est un art particulièrement difficile : l'auteur doit allier trois qualités. Être un auteur littéraire, avoir une imagination débordante et savoir intégrer avec subtilité la futurologie avec l'action du roman pour que le lecteur n'ait jamais l'impression d'être dans l'artifice - pour qu'il se sente chez lui dans le futur. C'est la qualité de cette transition, de cette superposition du présent et du futur qui détermine la classe de l'auteur ou le ratage d'un bouquin.

Pour les modernes, deux auteurs me viennent immédiatement à l'esprit.

Stanislas Lem, un auteur polonais que je ne peux malheureusement pas lire dans le texte, a écrit des histoires humoristiques à hurler de rire (la Cyberiade…) et d'autres plus graves, lourdes, qui sont des aventures humaines. Tu as sans doute vu l'un des deux "Solaris", des films qui ont été tirés d'un de ses meilleurs romans.

Robert Sheckley ne figure même pas dans la liste des meilleurs auteurs de SF d'après Google. Pourtant, par leur profondeur, plusieurs romans de Sheckley l'apparentent à Voltaire (dans ses contes). C'est un auteur drôle et humain. Ses personnages sont des gens ordinaires (comme ceux de Dick) qui dysfonctionnent plus ou moins et se posent des questions.

Si la SF n'est que de l'"anticipation", comme on nommait ce genre autrefois, elle présente un intérêt certain mais limité : ce n'est qu'un pari sur ce que sera l'avenir technologique. Pour qu'elle déploie tous ses charmes, la SF doit aussi nous intéresser par ses aspects humains, voire philosophiques et politiques, et sa critique du monde actuel - sinon, ce n'est qu'un décor creux. C'est ce que réussit parfaitement Sheckley : c'est en décalant dans un monde futuriste les ridicules de notre civilisation qu'il les met en lumière.

Tiré de "Bad medecine", nouvelle publiée dans Galaxy en juillet 1956 (qu'on peut trouver sur internet grâce au projet Gutemberg :

Caswell est conducteur de métro à New York. Il se sent des pulsions homicides envers son meilleur ami et entre dans une boutique qui vend des machines à thérapie mentale. Après que le vendeur - qui ne l'écoute pas - lui ait proposé une machine Samsung à traiter l'alcoolisme ("mais non ! il n'y a aucun alcoolique chez les conducteurs de métro de New York !") puis une Apple contre l'anxiété :

- Non, l'anxiété, c'est pas mon truc non plus. Vous avez quelque chose pour les pulsions homicides ?
Le vendeur plissa les lèvres :
- D'origine schizophrénique ou maniaco-dépressive ?
- Je sais pas, admit Caswell, quelque peu désorienté…

Totalement déjanté !

C'est lui, à droite. Il avait certainement l'air cool. A gauche, Spinrad, qui a commencé à sortir quelques très bons livres ("Rêve de fer" par exemple) avant de se répéter.


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