samedi 3 mars 2018

Le mépris réciproque des gouvernés et des gouvernants

Portrait de groupe en Irlande. C'est moi à gauche - coupe militaire.

D'après un article du Point, les données recueillies par l'expérimentation destinée à asseoir la décision de faire passer à 80 km/h la vitesse limite sur les routes secondaires ne conforteraient pas ce projet. Qui sera pourtant maintenu.

Ce n'est pas la première fois que des administratifs sautent à pieds joints par-dessus des statistiques pour des raisons idéologiques. Il y a une vingtaine d'années, le Ministère de la Santé lançait une enquête nationale pour mesurer l'impact du diagnostic en psychiatrie publique sur la dépense hospitalière. J'étais aux premières loges. L'enquête - extrêmement coûteuse en termes de temps et d'argent, réalisée par des amateurs - n'a rien montré du tout. Le Ministère a fermé les yeux et maintenu le recueil du diagnostic dans son relevé permanent, malgré l'opposition de la profession. Diagnostic médico-économique, et non diagnostic médical, donc d'intérêt limité pour les patients. Toujours recueilli aujourd'hui, et sans utilité sinon marginale.

La responsable du projet, jeune femme fort sympathique et enthousiaste, avait été invitée durant la période préparatoire par une association de mathématiciens / statisticiens. Autant dire qu'elle a regretté d'être venue… Bousculée par les questions - pourtant posées avec une extrême courtoisie - elle a quitté la salle la tête très très basse…

C'est un exemple parmi d'autres - j'ai souvent pu observer chez les administratifs cette primauté de l'idéologie sur la réalité lorsque j'étais expert au Ministère. Ils m'ont aussi donné l'impression qu'ils croyaient à peu près tout savoir - même s'ils s'en défendent, ils agissent ainsi.

Voilà pourquoi je trouve vraisemblable l'information du Point.

Les administratifs de haut rang ne sont pourtant pas des imbéciles, ni obligatoirement des idéologues forcenés. Ils seraient même plutôt de bonne volonté, avec l'envie de montrer à leurs supérieurs qu'ils ont bien travaillé. Le problème, c'est que pour la plupart, ils n'ont eu qu'une formation mathématique limitée. Ils sont tout simplement incompétents.

Or, un pays se gouverne aujourd'hui à partir de communication pour les apparences, mais avant tout de données chiffrées pour la prise de décision. Enfin j'espère ! Car s'il n'y avait que la com, nous aurions un vrai problème de gouvernance. Mais tu me prends peut-être pour un grand naïf...

Je ne suis pas sûr qu'on comprenne à quel point cette carence en formation en sciences dures est nuisible. Ce ne sont pas des prouesses mathématiques que j'attends des administratifs. C'est une culture intellectuelle qu'ils n'ont absolument pas. Une prudence, un goût de la vérité, une habitude de la vérification et une modestie devant les faits qui leur manquent cruellement. Rien à voir avec la comptabilité publique qu'ils ont apprise. Peut-être ce sont ces qualités qui ont permis à Angela Merkel, physicienne de formation, spécialisée dans les mathématiques probabilistes utilisées en physique quantique, de gouverner pendant si longtemps.

Autrefois, il fallait faire du latin et du grec pour devenir médecin. Maintenant, on ne confierait pas un service de néphrologie à un professeur de lettres classiques, car la médecine est devenue scientifique.

Il en est de même pour la gouvernance d'un pays moderne. Pourquoi l'administration ne fait-elle pas sa mutation - comme la médecine ? Inertie et incapacité au changement ? J'y verrais aussi la mainmise des communicants sur le pouvoir. Peut-être sentent-ils obscurément que les gens ne sont pas encore mûrs pour être gouvernés rationnellement. Et là, je ne peux pas leur donner complètement tort. Mais quand même ! Quelquefois, on a l'impression que ce qu'ils font, c'est tout simplement n'importe quoi.

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