mardi 6 mars 2018

Quand j'étais petit, on m'a donné des fessées, et cela m'a fait beaucoup de bien...


Nif-Nif et Nouf-Nouf subissent la machine à fesser, selon Disney : politiquement correct ? 

Un texte interdisant de donner la fessée aux enfants devrait être bientôt publié. Je croyais même que c'était déjà fait.

Combien de fois as-tu lu :
"Quand j'étais petit, on m'a donné des fessées, et je ne m'en porte pas plus mal."
Curieusement, on ne lit jamais :
"Quand j'étais petit, on m'a donné des fessées, et cela m'a fait un bien fou."

Comme s'il y avait une petite réticence à dire que c'était une expérience positive ? Allons donc...

*          *
*

La question de l'interdiction légale de la fessée est souvent mal traitée car elle recouvre deux problèmes distincts :
a/ le droit moral de frapper un enfant et les éventuels bénéfices qu'il peut en tirer
b/ le droit de l'État d'intervenir dans les affaires familiales à ce degré d'intimité et le type de société qui découle de ce genre d'intervention.

Ces deux problèmes peuvent recevoir des réponses contradictoires, raison pour laquelle la solution n'apparaît pas clairement.

On sera tous d'accord pour dire qu'on ne pourrait frapper un enfant que si et seulement s'il en tirait un bénéfice majeur.

Car dans la cour d'école, un sixième qui frappe un petit neuvième, on se dit que c'est mal... et on pense que le sixième est un lâche.

Qu'un mec beaucoup plus fort que moi, ou qui a une arme pour me menacer, exerce une violence sur moi - rien que l'idée : insupportable.

C'est pourtant ainsi que les enfants nous voient. Tout puissants. Et faisant ponctuellement usage de la force pour obtenir quelque chose d'eux et les contraindre. Tu l'avais oublié, non ?


Alors qu'un adulte frappe un enfant qui est désarmé, qui n'a d'autre moyen de réagir que de crier, c'est a priori condamnable. A moins que l'enfant n'en tire bénéfice…?

Le bénéfice supposé, c'est que l'enfant apprend.

Mais quand l'enfant est très jeune, il n'a pas de moyens d'expressions sophistiqués, il ne comprend pas bien ce qu'on lui dit, et il ne peut exprimer son désaccord ou sa peine qu'en pleurant. Fesser un enfant qui pleure et qui n'a pas d'autre moyen d'expression, c'est comme punir un sourd parce qu'il n'entend pas. Cool.

Beaucoup d'adultes considèrent leur enfant comme un petit animal, un chiot auquel on apprend la caisse. Le problème, c'est qu'à âge égal, la maturation neurologique d'un chiot est bien plus grande que celle d'un enfant (cela dit, donner une tape à un chiot avant un certain âge est totalement inutile).

Pas la peine de faire cette tête ! Tu penses que j'exagère. Mais non : le schéma "dressage" existe chez beaucoup de gens - tout simplement, on l'affuble de noms plus nobles. Et là, c'est valable pour des enfants plus âgés.

On dit : il est important qu'un enfant trouve des limites ("ça lui servira plus tard"). C'est exact : la découverte des limites fait partie de l'éducation. Mais il y a deux sortes de limites. Celles qui existent réellement (on ne peut pas sauter à trois mètres de haut du fait de la gravitation). Et celles qu'on invente à des fins soi-disant éducatives ("il ne faut pas qu'il ait l'impression qu'il peut faire tout ce qu'il veut... il faut lui apprendre à attendre...") Je ne souhaite pas entrer dans le détail, mais l'enfant a tout intérêt à comprendre les limites, plutôt que de se les voir imposées.

Ce qu'il va apprendre en recevant une fessée, c'est que la loi du plus fort est la meilleure. Pas la loi du plus intelligent… Alors dans la cour de l'école, pour peu qu'il soit un peu costaud, il va jouer les caciques. Bon ? Pas bon ?



Je reconnais, mon expérience est réduite. Je ne suis pas éducateur ou enseignant pour enfants. J'ai eu la chance d'avoir des enfants qui n'étaient pas suprêmement indociles... Il existe sans doute des enfants très difficiles.

La question est alors : les enfants qu'on élève à la fessée sont-ils plus épanouis dans la société à l'âge adulte que les enfants qui n'en ont pas eus ? Des données fiables seraient les bienvenues. Mais pas question de mener une enquête prospective en double aveugle pour des raisons éthiques. Et une enquête rétrospective poserait des problèmes insurmontables d'échantillonnage.

Alors la fessée a-t-elle un intérêt éducatif ? On n'en sait rien. Qu'est-ce qu'on fait quand on ne sait pas ? On s'abstient. Même si ce n'est pas un drame épouvantable, à titre exceptionnel, qu'un adulte pète un plomb (car c'est bien de cela dont il s'agit) et frappe de manière retenue un enfant. Quitte à s'excuser...


Le second problème, c'est celui du droit de l'État d'intervenir dans les affaires familiales à ce degré d'intimité.


Et là, pour moi, il n'y a pas de discussion. C'est non. L'État peut éduquer les populations, pas de problème. Il peut sanctionner quand il y a faute, mais il existe une limite qu'il ne doit pas franchir.

Cette limite est certainement difficile à tracer. Tant pis. Je refuse de conforter cette culture béni-oui-oui de l'État-mère-poule. De l’État qui prend toutes les décisions. Le risque est trop grand. Risque de ne plus se poser de questions. Risque de s'en remettre uniquement à la collectivité. Ça me fout la trouille, ce Meilleur des Mondes rampant qui se met en place. Je sais bien qu'en majorité, les gens sont cons, mais c'est pas la peine d'en rajouter.

Et puis quelle preuve a-t-on de l'efficacité d'une politique répressive dans ce domaine ? A-t-on des études, des statistiques étrangères décisives ? Je n'en ai pas connaissance - je ne demande qu'à être instruit. Mais le Droit ne peut plus évoluer selon les modes intellectuelles. Il doit se fonder sur des critères aussi objectifs que possibles.

De plus, la violence physique que représente la fessée va focaliser l'attention. Quid des violences morales, humiliations en tous genres dont les enfants continueront d'être victimes ? Même si on les inscrit dans le texte de loi, elles passeront au second plan, alors qu'elles peuvent être tout aussi dévastatrices.

Il existe déjà des dispositifs pénaux relatifs à la maltraitance à enfant. Est-il besoin d'en faire plus ? Rajouter une couche de législation pour dissimuler l'incapacité publique sur le terrain ? Faire semblant, encore ?

Non merci. Cette loi est répressive et intrusive. Je n'ai pas vraiment pas envie d'un nouveau pan-pan-fefesses par l’État.

Comme quoi on peut être contre la fessée et contre la loi contre la fessée !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire