mardi 8 mai 2018

Good Behaviour : la sale américaine



Letty, l'héroïne de cette excellente série a vraiment une sale gueule. Une gueule banale d'américaine vindicative, avec un regard de serpent, et parfois, des expressions très cons. Ajoute une voix basse détestable, le contraire de sensuelle, et cet accent déplaisant qu'ont beaucoup d'américaines : elles parlent avec un sac de couchage roulé sous la langue, ou comme un roquet qui gronde. Mais cela ne l'empêche pas d'être jolie - au moins sexy - quand elle est maquillée et parée : impressionnante métamorphose. Letty, c'est un super-personnage.

A côté, on trouve sa mère, qui a carrément une gueule de raie - peau ravagée, voix cassée par le tabac, et une touche que même les américains qualifieront de vulgaire - ils ne sont pourtant pas bégueules. Pour te dire, à côté, la femme de Trump à la classe de la reine d'Angleterre.

Cette mère anime un téléphone sexy pour les sexa. Quand on voit sa maison, on devine qu'elle a plumé ses ex-maris. Elle a le caractère d'un crotale, en moins suave mais en plus avide.

Dans la famille Déglingos, je demande la mère...

Letty est alcoolo, toxico, escroc, klepto… et pas moderato. Manipulatrice amorale, elle n'a manifestement jamais foutu grand-chose de sa vie - il faut dire qu'elle a passé un certain temps au gnouf.

Il y a aussi l'amie d'enfance, prix de beauté de chef-lieu de canton avec le gingin d'une palourde. Et la terrifiante fille du FBI, concentré de sécrétions murales de pénitencier.

Je demande l'amie d'enfance...

Les mâles de l'histoire ne font pas tellement mieux. Un tueur en série, un acteur porno repenti, un ancien prof couillon jeté de l'éducation pour alcoolisme. A la limite, le plus frais, c'est le bon plouc de Caroline du Sud, un état peu renommé pour ses intellos - plutôt pour ses red necks et ses petits blancs. Le bon plouc se contente de vendre des tondeuses, de faire des blagues salaces, d'être con et alcoolique "comme tout le monde". Je passe sur l'avocat - no spoilers - qui n'est pas clair non plus, c'est le moins qu'on puisse dire.

Pour corser le tout, trois graines de dissonance raciale moulues fin (il faut quand même faire attention). Au fait, Letty, qui est blanche comme un bidet, porte un nom généralement porté par des black aux États-Unis - Letty est le diminutif de Leticia. Tout est dans ce genre de petits ratages.

- Ça te donne envie, j'espère ?
- C'est pas un peu trop, quand même…?
- Pas du tout, ça passe comme une lettre à la poste. Le contexte, l'immersion... Je ne suis pas en train de te dire que c'est vraisemblable. Mais c'est acceptable… et pour le moins distrayant et original.

Car pour une fois, les scénaristes ne jouent pas sur le désir de résolution positive du spectateur. La jubilation quand le bon "y arrive". Ni sur l'ambiguïté des méchants qui (au fond) sont bons, ou sympathiques malgré tout, et qui finissent par gagner… ou perdre en beauté. Ni sur les gentils qui font le bien en utilisant des méthodes peu orthodoxes. Pas les ficelles habituelles. Ça marche autrement.

Letty n'en rate pas une pour se mettre dans la m… Elle y réussit très bien. On comprend qu'elle est incapable de résister, c'est une loque, une loque intelligente, mais une loque quand même - et c'est grandiose ! On assiste au spectacle de sa chute et de ses efforts pour se relever, comme un insecte tombé posé à l'envers : ça y est, encore un effort, tu y es presque… Et toc, je te pousse du doigt et tu retombes sur le dos, avec tes petites pattes qui s'agitent ridiculement…

Cette série m'évoque Eastbound and down, l'histoire d'une célébrité du baseball déchue, complètement beauf et has been, mais qui s'y croit encore - série dont j'ai connement négligé de faire la recension car trop vulgaire, je me sentais honteux de l'avoir regardée jusqu'au bout ! La différence entre Eastbound et Good behaviour étant que la première est une série comique (comique assez bas de gamme).

Bref, Good Behaviour, ce sont des acteurs excellents, une bonne musique, du suspens à forte dose - tout simplement parce que tu te demandes comment elle va encore se casser la gueule. J'ai eu la crainte inverse en regardant l'épisode 8 de la première saison. Tout le monde devenait un peu gentil, ça commençait à s'arranger, l'angoisse : on sentait l'approche du grand méchant mou. Et puis c'est reparti à la baisse, Letty a tout fait foirer… ouf !

Bien sûr, tout cela n'aurait aucun intérêt s'il n'y avait pas d'humanité dans ce paquet de merde...

Maintenant, tu as compris comment elle fonctionnait, cette série ?

Blonde et bien radasse : un régal !