mardi 1 mai 2018

The Good Doctor (critique séries)


Rien qu'à voir l'affiche, tu comprends tout de suite que c'est pour bonniches

Là, je suis catégorique : ce n'est pas bon. L'histoire d'un Asperger qui a terminé sa médecine et fait son internat de chir dans un hôpital privé américain de bon niveau. Et qui se trouve confronté à des difficultés d'intégration.

Après les forces extra-terrestres que donne la kryptonite, on a droit aux pouvoirs quasi mentalistes qui accompagneraient certains états psychiques. Marre de cette nième histoire d'Asperger - c'est vraiment la mode en ce moment. Marre de ces nouveaux super héros - est-ce que c'est pas un peu sordide d'exploiter une "condition" pour vendre de la vidéo ?

Tu noteras que j'ai dit "condition", je n'ai pas dit qu'ils étaient malades : trop peur de me faire engueuler. Même si ces personnes sont en souffrance, on ne doit pas prononcer le mot ! Alors que dans la définition princeps du tableau, on décrit un déficit notable de la reconnaissance des signaux relationnels émis par autrui, et dans la moitié des cas, un déficit de l'attention. Plus d'autres troubles. Un mec qui a un déficit en amylo-1:4,1:6-transglucosidase, il a la maladie d'Andersen, mais un mec qui a un déficit de la reconnaissance des signaux et un déficit de l'attention, il n'est pas malade. Va comprendre. Il y en a qui ont un déficit de bon sens...

Pour moi, la définition d'un malade, c'est un gus qui pousse la porte de mon cabinet. C'est d'ailleurs la même que celle de la Classification Internationale des Maladies (CIM) donnée implicitement par l'OMS. Pourquoi y aurait-il quelque chose de dégradant et d'ignominieux à être malade, je le suis plusieurs semaines par an sans honte. Par parenthèse, merci pour les schizophrènes dont certains sont parfaitement stabilisés et mènent des vies quasi-normales... mais qu'on ne doit surtout pas confondre avec les autistes et encore moins les Asperger - car les schizos, eux, font partie de ces salauds de malades ! Surtout ne pas mélanger les torchons et les serviettes !

- Oui, mais l'idée de la série, c'est qu'ils ont beau être différents, ils ont aussi leur place dans la société.

- Nobles sentiments... Mais alors que les "dons" des Asperger constituent l'exception, le public va attendre de tous les Asperger qu'ils soient des supercalculateurs, qu'ils aient une mémoire eidétique, etc. Et s'ils n'ont rien de tout ça, on va les regarder avec consternation, ce qui va certainement les aider... Contrairement à une idée reçue, l'Asperger s'oppose à l'autisme de Kanner par l'absence de déficit intellectuel, certainement pas par des capacités intellectuelles supérieures, même si elles existent parfois.

Évidemment, le Good Doctor Asperger est gentil, mignon, d'ailleurs pas trop mal joué, super intelligent et exceptionnellement doué dans son métier. Il est "gênant" en compagnie, mais il n'est pas pénible avec un contact froid et désagréable, comme on décrit classiquement les Asperger.



Comprends-moi. Je ne nie pas que la société doive faire un grand pas en avant pour mieux intégrer ce type de personnes dont une partie des troubles est clairement réactionnelle au rejet dont elles font l'objet. Il faut aussi chasser la psychanalyse de l'hôpital sinon de tout cursus universitaire, au même titre que la sophrologie ou le créationnisme - elle a fait tant de ravages en pédopsychiatrie et se plante une fois de plus sur ce problème. Mais on est maintenant dans un excès inverse, et je m'inquiète d'une présentation trop irréaliste des particularités des "aspies".

La série est créée par David Shore, l'auteur de Dr. House. On retrouve le cadre hospitalier américain - ça me rappelle des bons souvenirs. On a aussi droit à toutes les manipulations et histoires plus ou moins bidon auxquelles Shore nous a habitués - même si je considère House comme une bonne série. Les cas compliqués qu'on arrache miraculeusement à une mort certaine. Les problèmes de conscience du genre sauver la mère et l'enfant en prenant des risques, ou sauver la mère avec certitude en sacrifiant l'enfant. Et les insomnies du médecin pour la juste cause... ou d'autres ! On exploite la fascination pour les docteurs "qui sauvent des vies"… unique raison pour laquelle j'ai fait médecine, avec l'espoir de tomber un maximum de filles… Ne me demande pas si ça a marché : oui, mais pas autant que je l'espérais, car justement, il paraît que je suis aspie.

Beaucoup trop de bons sentiments dans The Good Doctor. Le scénariste appuie sur les boutons habituels, et ça marche. Le coup du mec que personne ne croit, qui persiste et qui au final a raison. Celui du mec dont on pique les idées et qui n'en reçoit aucune reconnaissance. Celui du mec qui dit la vérité en face. Etc. La psychologie rase le sol (et pèse trois tonnes) : des flash back réguliers sur l'enfance de l'Asperger expliquent ses émotions actuelles. Dans The Big Bang Theory, le personnage de Sheldon Cooper, lui aussi Asperger, est plus léger et plus convainquant, alors que cette sitcom n'a aucune ambition militante.

Bref, les obsédés de la médecine de luxe, de la salle d'op et du champ opératoire seront satisfaits. A condition de n'y pas regarder de près. En effet, les viscères sont très mal joués : certainement pas assez visqueux.


Le coup du bon docteur avec sa vision anatomique du patient - et même des pointillés : merci, on a déjà donné.

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