samedi 5 mai 2018

Une série de séries : Person of interest, I-zombie, Jessica Jones, Dead Set, The Walking Dead, Z Nation,


Délire devant la téloche

Le cinéma et la vidéo sont des techniques qui me plâtrent le cerveau : je vois, j'entends, les images bougent, ça ressemble à la réalité, et en même temps, les truquages montrent des évènements extraordinaires qui sidèrent mon imagination. Réalité + truquages : ça bousille tous mes anticorps, je ne peux pas me défendre, je reste étendu, hagard sur mon divan dans la lumière bleue...

J'ai déjà raconté ailleurs comment j'en venais à douter de mon jugement parce que je trouvais l'une des comédiennes tellement jolie - je me suis demandé si je ne regardais pas la série pour la voir. Avec des rationalisations d'après-coup extrêmement convaincantes : il n'y a de plus habile trompeur que son propre cerveau.

Autre coup dans le ventre : l'histoire déroule son fil, et je suis entraîné, je ne peux pas m'arrêter ou revenir en arrière - en principe c'est possible, mais qui le fait ? Je reçois un flux continu de sensations et d'impressions. Je n'ai plus de critères objectifs, je perds pied, tout va trop vite. Car à moins de regarder dix fois de suite le même épisode, prendre des notes, s'arrêter, revenir en arrière... l'analyse détaillée d'une série qui dure vingt heures est impossible. Un exemple de notre légèreté : tu pourrais me dire combien de pages font les dialogues d'une série de cinquante minutes en moyenne ? Tu serais surpris.

C'est pour ces raisons qu'autrefois, je m'interdisais tout ce qui était images en mouvement - et cela ne me privait pas. Mais à force de regarder des séries avec mes enfants, je suis devenu fan. Et j'ai compris que les séries étaient un Art Nouveau, avec beaucoup de déchet et quelques perles.

Il y a encore un an, j'avais une politique exhaustive, qui m'imposait de regarder tous les épisodes de toutes les saisons pour me faire une idée globale de "l’œuvre". Politique stupide, parce qu'il n'y a pas forcément de cohérence entre les saisons, ni même entre les épisodes. Techniquement, une série, ce n'est plus une œuvre au sens traditionnel, c'est le résultat du travail d'une kyrielle de directeurs et de scénaristes. Bien sûr, il y a un cahier des charges qu'ils doivent suivre scrupuleusement, mais ce n'est qu'un cadre.

En plus, regarder toutes les saisons, c'est le meilleur moyen de rater des séries intéressantes, parce qu'on ne peut pas tout voir. Et bien souvent, la première saison est la meilleure - objectivement et subjectivement. Elle dévoile un sujet tout neuf, elle part d'un élan de créativité qui sort du vide - alors que les saisons suivantes ont souvent un aspect répétitif, l'idée originelle ne pouvant être indéfiniment exploitée. Et si par bonheur les scénaristes réussissent à innover sur le thème originel, ils ne peuvent rien contre notre usure, nous sommes ainsi fait et nous devenons blasés.

Alors maintenant, je ne regarde qu'une seule saison, sauf lorsque je suis vraiment accro. Le résultat, c'est que je vois plus de séries, et c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de créer un blog à part. Pour l'instant un vœu pieu…

Et comme aujourd'hui j'ai une grosse grippe, ce sera une journée séries !


Person of Interest

La première, c'est Person of Interest. En toile de fond, la parano d'être surveillé par l'État à travers les systèmes vidéo de la vie quotidienne, rue, magasins, satellite... Dans la vraie vie, nous avons toutes les raisons d'être parano et de nous sentir surveillés, mais le système que présente la série n'est pas crédible. C'est une machine unique, ultra-connectée, qui analyse absolument toutes les images - on n'en sait pas beaucoup plus sur le principe utilisé (et on n'a pas besoin de le connaître).

Les héros sont un nerd, inventeur de la machine, informaticien ultra doué, et son sbire, le vrai héros, un beau mec un peu genre Cary Grant qui ne séduit pas une seule femme pendant toute la saison - peut-être pour laisser fantasmer les spectatrices ? Le beau mec est un ex-militaire, ancien des services secrets, entraîné aux corps à corps et au maniement des armes lourdes. Comme toujours, les deux personnages ont des passés épouvantables qui les ont amenés à un terrible isolement et une semi déchéance sociale. Bof…

Et puis, comme d'habitude, ils sont en marge des circuits ordinaires de la société, police, justice, comportements "civilisés" comme entrer par une porte qu'on vous ouvre aimablement... Pourtant, leurs actions sont profondément morales - et ça, c'est le top, l'ingrédient qu'il faut absolument introduire dans une série ou un film : faire le bien par des voies illégales. Apparemment, ça fait bicher tout le monde. Probable que ça ouvre les soupapes...

Le nerd et le militaire mènent des enquêtes à New York : ils essayent de prévenir des crimes prévus par la machine sans savoir si elle indique un coupable ou une victime. En revanche, nous savons parfaitement qui sont les bons, qui sont les méchants et nous n'avons pas de doute sur l'issue finale. Le thème principal - la surveillance universelle - ne fait pas de Person of Interest une série de science ou politique-fiction, c'est juste un prétexte. Les animations destinées à donner l'impression d'une surveillance universelle sont médiocres. Et trop de choses péniblement invraisemblable.

Pourtant, la série est loin d'être nulle. Les enquêtes sont bien ficelées. Il y a parfois un vrai suspens. Et une complexité intéressante due à la situation des héros qui ne sont ni en phase avec la police partiellement corrompue, ni avec le FBI et la CIA. Ce qui aboutit à des intrigues de fond sur plusieurs épisodes, donnant de la solidité à la construction. C'est de la série classique, de bonne facture, distrayante, sans prise de tête, sans aucune bizarrerie (et sans humour). Je vais certainement regarder les premiers épisodes de la saison 2…


 I-zombie

La deuxième série, c'est I-zombie. L'histoire d'un jeune médecin femme qui devient zombie. Elle doit se nourrir de cerveaux humains, avec un effet secondaire étonnant : elle incorpore une partie de la mémoire de la personne dont elle a mangé le cerveau (oui, je sais, c'est  contestable sur le plan scientifique…) Comme elle travaille maintenant à la morgue, elle se nourrit de cerveaux de victimes de crimes, ce qui lui permet d'avoir des visions fort utiles pour aider la police.

C'est parfois effrayant - ou dégueu. Les morceaux de cerveau humain passé au Moulinex avec des petits ognons, les plats délicats de cervelle sautée, tout ça me fait bien rigoler - et me donne un léger malaise. Mais j'aime !

Malheureusement, l'ensemble est un peu court : les personnages n'ont pas d'épaisseur, les enquêtes ne sont pas intéressantes puisqu'on sait très vite qui est le coupable en partageant les visions de la zombie, le maquillage plâtreux-livide de l'héroïne craint. Enfin la dimension personnelle - interactions avec la famille, les amis, tout ce qui se passe en arrière plan de l'enquête - est plon-plon, limite nul. Probable, je n'irai pas au-delà de l'épisode 4 de la première saison.



 Jessica Jones

La troisième série était plus prometteuse. Jessica Jones est un personnage de fiction Marvel créé en 2001. La fille qui joue le rôle est l'inoubliable petite amie de Jesse Pinkman, dans Breaking Bad : tu te rappelles cette fille à l'air vaguement gothique, mince comme une liane, avec une curieuse personnalité ? Là, elle a le premier rôle. Comme bien d'autres héros de séries, elle a un passé terrible qui l'a marginalisée. Elle est maintenant private investigator et traîne une vague misère. On est dans du roman noir, avec la promiscuité, les voisins drogués, la bouteille de whisky pas cher qu'on boit à même la bouteille. On respire un bon vingt et unième siècle, avec des lesbiennes, des coïts cross-coloured - finalement une certaine bien-pensance contemporaine et quelques indignations vertueuses.

Pourquoi pas. J'ai même supporté l'accent nasillard de l'héroïne - tu sais certainement de quoi je parle, cette tonalité agressive et déplaisante que peut prendre l'anglais dans la bouche de certaines américaines. Mais là où j'ai décroché, c'est quand sont arrivés les super-pouvoirs. Toujours un peu trop facile - sauter à trois mètres de haut pour accrocher une échelle d'incendie, ou donner un coup de poing qui envoie valdinguer l'agresseur à l'autre bout de la pièce. Chacun son truc, mais j'accroche plus au réalisme - ou mieux, quand le réel et l'irréel s'interpénètrent délicieusement, sans transition, comme dans un roman de Marcel Aymé.

Dommage, j'aimais bien la qualité de la réalisation, New York façon Villette, pluie sur asphalte mouillée et lumières douces de Brooklyn. Et la construction de la série - où la limite entre les épisodes est complètement gommée. Ainsi que les comédiens, Jessica et ses jeans cigarette, sans oublier le méchant, qui fut un excellent Dr. Who.

Mais non. Les super-pouvoirs, c'est une trop grosse ficelle. Aucune identification possible. Alors poubelle, Jessica Jones.



Dead Set

La quatrième, Dead Set, est encore une histoire de zombies. Série anglaise en 5 épisodes. Ce type de production a l'avantage d'avoir un projet unique qui la soutient du début à la fin, donc une parfaite cohérence.

Les anglais sont assez bons dans le gore. Quand j'étais gamin, j'étais quand même surpris de voir des petites guillotines avec tout ce qu'il faut pour faire réaliste en vente dans les magasins de jouets de Cambridge - je n'invente rien. Et puis ils ont une touche inimitable, avec des acteurs d'une banale laideur - ça fait bien plus vrai que les séries américaines aux acteurs cosmétiqués. Au fait, tu sais qu'il existe un site web des "belles personnes", on envoie sa photo et si on est assez beau, on est inscrit. Les anglais sont furieux parce qu'ils ont les pires statistiques du monde, quatre cinquièmes de rejet.

Bref. La série raconte l'histoire des personnes enfermées dans un appartement pour les besoins d'une émission de téléréalité alors que tout autour, le monde est totalement zombifié. Parfois, les scènes sont filmées à l'aide d'un smartphone (ou l'équivalent), avec le focus qui se ballade dans tous les sens, pour donner encore plus de réalisme : très réussi !

La rencontre entre cette histoire atroce et la superficialité des participants, leur bêtise et leur vulgarité fait tout l'intérêt de cette excellente production... où l'humour anglais, glacial et sophistiqué est bien présent. Il en faut, car c'est vraiment très gore. Mais c'est surtout très bon !



Un monstre des Walking Dead, croisement entre maladie et imagination délirante. Problème : comment lui faire la bise ?

The Walking Dead

The Walking Dead est une série américaine qui raconte la survie d'un petit groupe de "gens ordinaires" qui trouvent dans l'adversité la force de survivre et de se reconstruire une nouvelle morale. Après une apocalypse sanitaire, des survivants menés par un ancien flic circule dans une Amérique dévastée et hantée par les zombies. En effet, le monde a été touché par un virus qui transforme les humains en morts-vivants, et ces dégénérés neurologiques sont agressifs et anthropophages.

La précarité des ressources, la prééminence de la force et de la violence, la disparition des cadres officiels a abouti à une anarchie dangereuse. A l'origine, c'est une road série, avant que les survivants ne se regroupent en communautés fixes, hostiles les unes aux autres.

Les saisons se sont succédé, on en est à la 8. Comme souvent, les premières étaient excellentes, j'irais même jusqu'à : magistrales. Et les suivantes, inégales. De plus en plus de morale et de discours. Le pire est sans doute que les personnages n'ont plus d'ambiguïté, ils sont devenus des héros, faits d'un métal unique. Disparus, les gens ordinaires de la vie civile qui doutaient pendant les premières saisons. Progressivement, la série perd son intérêt malgré les décors post-apocalyptiques d'une Amérique rurale dont je ne me suis jamais lassé, des inventions surprenantes, et une belle manière de filmer.

Autre problème, le spectateur moyen ne réagit plus aux grognements immondes des zombies et aux bruitages de leur seconde mort quand on leur éclate le crâne (florch…) ou qu'on leur transperce les orbites (chluirp…) Il a donc fallu trouver autre chose (saison 7 et 8). Ce qui faisait le principe de la série, zombies, précarité, est passé au second plan. C'est maintenant la guerre de deux camps opposés - avec les bons et les mauvais. Grâce à cette reconversion, la série à repris un brin de vigueur. Quand même, beaucoup moins qu'au début, quand on découvrait l'horreur dans la vie quotidienne.

Des histoires de factions qu'on règle à coup d'explosifs et des mitraillettes, c'est d'un intérêt limité. II est temps que ça se termine. Je suis tombé des nues en apprenant qu'il y aurait une saison 9. Je ne la regarderai pas, sauf rebondissement extraordinaire.

Mon conseil : saisons 1 à 4, 5 éventuellement ?

(par parenthèse, tu penses peut-être que je fais une faute d'accord : The Walking Dead, sans "s", et pourtant j'en parle comme d'une horde. C'est que dead est un participe passé substantivé - c'est-à-dire utilisé comme nom, et qu'un participe ou un adjectif substantivé ne prend jamais le pluriel en anglais. Alors qu'en français, si : mourir, participe passé : mort, les mortS !)



Délirante schtroumpfette de Z.Nation. A durée limitée...

 Z.Nation

Z.Nation est encore une histoire de zombies. Au départ, elle reprend très fidèlement la génèse (pandémie virale) des Walking Dead et son réalisme : les zombies ont les mêmes têtes, presque la même démarche (mais attention, ils courent plus vite !) ils se comportent de la même manière. Il y a d'étranges homologies entre les survivants de l'épidémie. On pourrait même croire qu'il s'agit de deux pans de la même histoire.

Malgré l'habitude que j'ai des cranes écrabouillés et de la cervelle qui gicle, je ne suis pas blasé et je me demande d'ailleurs si ce n'est pas un peu morbide… Il faut dire qu'ils en font un maximum - on y voit même des anthropophages. Un plus : il y a une touche d'humour qui n'existe pas dans les Walking Dead.

La saison 1 était excellente, dans un style road movie, poussant plus loin l'horreur. Elle apportait plusieurs éléments nouveaux par rapport aux Walking Dead : une station d'espionnage (NSA pour ceux qui savent) encore active au pôle nord, un patient qui avait bénéficié d'un traitement immunitaire susceptible d'être transformé en vaccin... avec la perspective de sauver le monde... ou seulement les riches ! Et d'autres petites choses intéressantes. Le tout servi dans des décors très soignés.

La saison 2 a changé le cap. Le scénariste décrit une Amérique profonde fascisante, des personnages du folklore traditionnel (le dentiste ambulant par exemple), des UFO - enfin tout et n'importe quoi. Mais le burlesque, pourquoi pas. Et un affichage politique marqué à gauche - ça change de l'image traditionnelle de l'Amérique.

Le côté fantaisiste et délirant s'accentue à la saison 3, et les auteurs ne font absolument plus aucun effort de vraisemblance. Le problème, c'est que les personnages s'effilochent, se rigidifient, perdent tout intérêt. Jusqu'à l'héroïne qui passe désormais son temps à montrer un rack vertigineux.

Cette série en est à la saison 4 - et pour moi, ce sera fin de parcours. Plus de cohérence. Personnages figés dans leur rôle. Il est temps que ça se termine. Mon conseil : saison 1 et éventuellement 2.

That's all for today, folks !


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