mardi 12 juin 2018

Donald, le vilain petit canard


Zut, le médium est coincé, j'arrive pas à le sortir !

Alors que Fox News et CNN nous faisaient vivre minute par minute les préparatifs totalement inintéressants du sommet américano-coréen, je m'interroge sur l'exécration dont Trump est l'objet en France - pire que Poutine.

On connaît ses twits, on a vu sa grande gueule et son épouse qui a tout d'une femme de footballer. On a lu ce que l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme écrivait de Trump. On a aussi beaucoup lu ce que l'homme qui n'a jamais vu l'homme dit de lui...

Mais qui a pris la peine d'aller un peu plus loin ? Certainement pas moi... jusqu'à aujourd'hui. Préjugé de classe pour ce personnage vulgaire. Peur de l'inconnu devant cet engin politique qui ne ressemble ni aux Bush père et fils ni aux Clinton mari et femme. Défiance envers un promoteur immobilier, un présentateur télé qui n'est sorti ni de Harvard ni de Yale. Et je vous mets quoi avec ça ? Une petite culotte en prêt-à-penser, s'il vous plaît !

Si Marine Le Pen avait eu un peu d'envergure, elle l'aurait emporté contre le premier de classe Macron. Car Marine Le Pen est, elle aussi, vulgaire, inéduquée, à l'emporte-pièce. Mais elle n'a ni les épaules ni la persévérance de Trump. En plus, elle ne vient pas de la société civile, c'est tout juste si elle a travaillé hors politique trois ans dans sa vie. Et elle semble trop limitée intellectuellement.


Trump, lui, est malin. Il plait parce qu'il parle le même langage que l'américain moyen. C'est l'anti-langue de bois : il dit tout ce qui lui passe par la tête. Et il change d'avis régulièrement. Résultat, les américains le trouvent plus humain. Il n'est jamais suspect de machiavélisme - il est tellement spontané !

Flûte, le FBI vient de m'annoncer que ce soir, c'était soupe au potiron à la maison...

Et s'il obtient un énorme 45% d'opinions favorables (selon CNN, média pourtant opposé à Trump), c'est parce qu'il fait ce qu'il a promis dans sa campagne. Le mur anti-immigration : il ne renonce pas malgré les difficultés avec les Mexicains. Le retour en arrière sur la "sécu" américaine : il reprend après un blocage temporaire. L'isolationnisme des USA par rapport au reste du monde : c'est en route. Les lois sur les étrangers : c'est par là qu'il a commencé.

Avoir un président qui tient ses promesses et parle comme eux-mêmes parlent, c'est le rêve de beaucoup de français. Quelqu'un qui ne se dégonfle pas. Quelqu'un qui ne joue pas selon les règles. Quelqu'un qui ne volera jamais un centime - car tellement riche ! Si en plus, il barre la route aux immigrants, propose un Frexit et un repli dans les frontières : il aurait toutes ses chances.

Et puis Trump n'est pas issu du monde politique, que les français ne respectent plus. Il faut l'imaginer comme un Bernard Arnaud ou un Vincent Bolloré qui parlerait comme un représentant de commerce.

Alors pourquoi autant d'anti-Trump en France ?


Déjà, les propos insultants vis à vis des femmes lui aliènent une moitié de la population. Le vote des français d'origine étrangère n'est pas pour lui. Le langage fleuri, tout le monde n'est pas fan, on reste encore assez guindé en France. On a une image présidentielle dont le président ne doit pas sortir, mais on l'accuse en même temps de ne pas être près du peuple  (et si tu n'es pas d'accord, casse-toi, pauvre con...)

Il y a aussi la méfiance des français pour les patrons et pour ceux qui réussissent sans être ni footballer ni chanteuse. Différence de culture qui n'est pas bien comprise en France.

L'anti-américanisme fait le reste. Car les français prennent vraiment les électeurs américains pour des attardés. Franchement, après avoir pas mal fréquenté les deux, je ne suis pas certain qu'on ait grand chose à leur envier de ce côté...

Quand on écoute les nouvelles aux USA, la qualité des débats dépasse sans difficulté la quasi absence de débat qu'il y a en France.


Il faut d'ailleurs se rappeler qu'aux USA, l'art du débat est enseigné à l'école secondaire. On donne un thème la veille à deux élèves. Le lendemain, on tire au sort pour savoir qui sera pour qui sera contre. Et on les envoie à la tribune avec toute la classe comme juge.

J'admire la ténacité de Trump et sa manière de dérouter ses adversaires par des provocations - plus calculées qu'on ne l'imagine. Très direct, il est souvent drôle... il suffit d'oublier qu'il est le président de la nation la plus puissante du monde.

Mais en France, un président qui plaisante, ça ne fait pas sérieux. En même temps, l'image présidentielle est régulièrement ridiculisée par les humoristes. On invoque la liberté de la presse, et on les laisse guider l'opinion. Car la moquerie a un pouvoir fort, bien plus fort que le raisonnement : elle a un effet direct, profond. Elle ne demande pas d'effort de la part du rieur, et elle frappe sous la ceinture.

C'est un permis de manipulation de l'opinion, accordé sans restriction. Pourtant, il me semble qu'il y a une différence majeure entre la liberté de critiquer et celle de moquer. La moquerie, qui fait partie des fondamentaux du racisme et de l'exclusion est-elle à mettre sur le même plan que la contestation ?


Ainsi, la loi interdit de dire que dans les prisons, la proportion de blacks et de maghrébins est écrasante. Parce qu'elle craint (à juste titre) que les gens soient incapables d'analyser cette info en termes d'origine sociale, de revenus moyens et d'âge. Le fait brut est néanmoins exact. En même temps, la loi autorise des présentations caricaturales du personnel politique - infondées, mensongères. Qui ne vont pas dans le sens d'une représentation éclairée du peuple par ses élus. Vérité sous le boisseau d'un côté, mensonge au grand jour de l'autre : j'avoue que je ne comprends pas.

Little rocket man is a sick puppy ! dit Trump du président nord-coréen il y a six mois.

(le petit homme-fusée est un chiot déconnant)

Manifestement, Trump a trouvé la parade : c'est lui qui fait le clown, avec un sens de la formule que je lui envie. L'homme m'amuse. Pourtant, je n'ai pas de sympathie pour sa politique. Je trouve détestable sa position sur la prise en charge médicale des classes défavorisées, et son soutien au lobby des armes. Je trouve plus qu'inélégant son comportement vis-à-vis des femmes. Surtout, c'est un homme du passé : il refuse de prendre acte de la mondialisation, qui n'est pas un choix, mais un fait. Il manque de hauteur et de vision.

Mais il ne mérite certainement pas l'excès d'indignité dont on l'accable, et la présentation caricaturale qu'on fait de lui. C'est un homme d'affaire, et sa spécialité, c'est de trouver des deals, toujours les plus intéressants, sans s'encombrer d'autres principes. C'est aux résultats qu'on le jugera - et s'il gère aussi astucieusement le dossier palestinien qu'il a géré le dossier coréen jusqu'ici, il faudra faire chapeau bas. A suivre...

Le sommet s'est achevé. Amusante mise en scène qui laisserait imaginer que les deux hommes ont réglé en tête à tête, en moins d'une heure, un conflit vieux de soixante ans. Évidemment, on ne se laissera pas prendre. Attendons d'abord de voir si le problème est réellement résolu : un échec sera déguisé en succès immédiat dans l'intérêt médiatique bien compris des deux dirigeants. Avant d'être transformé en trahison par la suite.

Bien sûr que tout était déjà préparé à l'avance. Je me suis laissé dire que pendant l'heure qu'ils étaient obligés de passer ensemble, Trump et Kim avaient échangé des cartes Pokemon, avant de faire une partie de morpion endiablée. J'aurais voulu être une petite souris...

Moi, je le trouve un peu corné, ton Picachou, Kim...

PS : tu vas dire qu'avec mes photos détournées, je fais le contraire de ce que je préconise ; regarde bien et dis-moi : l'image de Trump est-elle déformée par mes petites plaisanteries ? Tout le monde sait ce que c'est, une photo ratée...

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