samedi 2 juin 2018

Tout sur ma perversion sexuelle (avec des photos compromettantes)


Oui, on va voir des photos d'insectes - collection personnelle. Tu comprendras plus loin pourquoi...

Salut, bande de pervers-narcissiques ! Une amie m'a dit la perversité supposait naturellement le narcissisme. Être pervers, dit-elle, c'est nier l'existence de l'autre, et donc ne se centrer que sur soi-même. Pervers, donc forcément narcissique !

Pas d'accord...

D'abord, il faut n'utiliser le terme de pervers qu'avec la plus grande prudence : bien trop ambigu.  Le mot connote pour l'immense majorité des gens qui ont tendance à confondre la perversion (sexuelle) et la perversité (malignité). Qu'on le veuille ou non, profond dans sa tête, on a tendance à mélanger.

C'est pourquoi les perversions sexuelles, on les appelle maintenant paraphilies. Un paraphile : tu penses tout de suite à un mec qui fait collection de parapluies. C'est tout de suite plus léger, et ça fait même assez gai... alors que le pervers sexuel, tu l'imagines avec de la graisse malsaine, les doigts boudinés, la poignée de main moite, le visage torve, le regard louche, les dents vertes, tout ça emballé dans un grand imperméable mastic et des fixe-chaussettes.


De toute manière, pour l'instant, ne sont considéré comme pervers sexuels que ceux qui ne peuvent parvenir au plaisir qu'en pratiquant leur perversion. Si tu aimes bien recevoir une fessée, que ton jules porte un slip tarzan, ta julie des porte-jarretelles - ou l'inverse - tu n'es pas forcément pervers, sauf si c'est le passage obligé pour t'envoyer en l'air.

Il faut dire aussi que la définition des perversions a bien évolué depuis Krafft-Ebing. L'homosexualité, par exemple, ne fait plus partie des perversions depuis vingt-cinq ans. La manière dont on considère beaucoup d'autres perversions a changé. Raison pour laquelle elles vont disparaître progressivement des classifications internationales des maladies mentales. Ainsi, transsexualisme, sadomasochisme seront bientôt retirés de la CIM 11.

Ce qui souligne la fragilité du savoir psychiatrique, puisqu'il puise nombre de ses définitions dans la culture du moment.


On observe encore un autre glissement. Seule sera considérée comme pathologique la perversité avec laquelle on pratique la perversion. Prenons l'exemple du sadomasochiste. Il faut l'être tout en douceur, sans une once de méchanceté… car le sadomasochisme n'est, paraît-il, qu'un jeu de rôles, une mise en scène de rapports de domination et soumission sans intention de faire mal. Tu connais l'histoire ? Le maso dit au sadique : "Fais-moi mal !" et le sadique lui répond : "Noooon !"

La dimension sexuelle n'aurait donc plus d'importance. Ce qui pose la question : est-ce la fin des perversions comme maladies ?

La nécrophilie pose des problèmes du fait de la législation sur les cadavres, mais on n'a jamais vu une victime porter plainte. L'ondinisme n'a jamais fait de mal à personne. De même, la coprophilie, le voyeurisme, les pratiques de soupeurs, j'en passe et des meilleures. D'après ce que m'ont avoué certaines amies, l'exhibitionnisme peut contribuer à l'éducation des jeunes filles. La gérontophilie aurait même un côté bon samaritain.

Et je ne parle pas de l'onanisme, rudement condamné par l'église et la morale publique à défaut des tribunaux il y a encore un demi-siècle ("si tu fais couler ton corps, tu ne pourras plus avoir d'enfants quand tu seras grand et en plus, tu seras névrosé... ah p...ain, maintenant je comprends tout !)


En revanche, le viol n'a jamais été considéré comme une perversion. Il y a un siècle c'était même l'inverse : le signe d'une vigoureuse santé. Il n'existe donc qu'en tant que crime. Pourtant, les violeurs en série peuvent-ils avoir du plaisir autrement qu'en violant, ce qui en ferait des personnes tout à fait normales - et à contrario des malades si le viol est leur seule manière d'obtenir du plaisir ? Mais s'ils sont malades, est-ce qu'on doit les soigner…? Est-ce qu'on peut les soigner...?

Pédophilie, même combat. Il paraît qu'un nouveau courant explique que les pédophiles ne sont pas moins victimes que coupables de leur penchant. Même s'ils ont une action dévastatrice sur les enfants ("certains enfants, mais pas forcément tous, et à des degrés très divers" disait un ami qui est mort, et auquel on peut difficilement jeter l'opprobre). C'est clair, ça ne doit pas être rigolo tous les jours d'être pédophile.

Bref, avec les perversions, on est dans un domaine bourbeux où l'on voit que le Droit suit en partie une psychiatrie qui elle-même obéit aux injonctions de la société. On est loin des examens de labo.


La perversité fait moins question, même si son cousinage avec tout ce qui est considéré comme anti-social pose aussi un problème de limite. J'ai souvenir d'un grand débat, les américains introduisant la sociopathie dans leur classification propre, ce qui avait indigné les européens, soucieux de ne pas médicaliser des actes antisociaux... comme on l'avait fait le bon Nikita en Union Soviétique dans une optique humanitaire ! Car la médiane de survie à la maison jaune - l'hôpital psychiatrique - est bien plus élevée qu'au goulag au fond de la Sibérie...

Posons d'abord que la "bonne santé" se définit non pas comme une norme, une moyenne ou une médiane, mais comme un état de satisfaction global, quelle que soit la position de l'individu sur les courbes de fréquence de ses fonctionnements. En bref, on peut avoir un fonctionnement marginal et être plus heureux qu'un individu standard.

Pour ce qui est de la sphère sexuelle, tout ce qui est accompli seul ou avec des partenaires en capacité de donner leur consentement n'appartient pas à la définition du pathologique. Sauf si l'individu lui-même souffre de sa particularité. Mais peut-être en souffre-t-il essentiellement par le regard qu'on a sur lui ? La cougar semble porter assez facilement son horrible dépravation, alors que le vieux beau amateur de chair fraîche baisse la tête...

Pour ce qui est de la perversité, le pervers ne souffre pas, c'est l'autre qui prend. En retour, le pervers peut se retrouver isolé, en difficulté avec la société, mais rares sont les cas où il est en "souffrance psychologique" - c'est un peu la définition.


Exception faite pour l'exhibitionnisme, la Loi n'a rien à voir avec la répression des déviances (au sens : éloignement par rapport à la norme) et encore moins leur illusoire traitement. Elle ne réprime que la violence.

Pourtant, elle peut être amenée à intervenir dans le domaine de la vie privée. Imaginons que soudain, l'humanité entière se passionne pour des leurres sexuels (robots, etc.) avec pour conséquence une diminution massive du taux de reproduction. La Loi pourrait réglementer l'usage de ces leurres, de même qu'elle peut interdire de tuer les requins du fait de leur raréfaction. Ce qui n'implique pas que les tueurs de requins soient de grands malades mentaux. Et en théorie, que les utilisateurs de robots sexuels soient des déviants.

Le problème, c'est qu'il y a souvent des amalgames... Ce qui est puni par la loi est négatif pour la communauté. Mais est-ce forcément mal sur le plan moral, au niveau personnel ?

Alors pourquoi ne pas nettoyer la pratique judiciaire de toute cette dimension morale, en ne gardant que son aspect utilitariste pour l'ensemble de la communauté humaine ? Ne jamais punir pour punir, mais faire tout ce qu'il faut pour préserver la société ? Ce n'est sans doute pas si simple, mais on pourrait un peu essayer, quand même ?

Pardon de ce gros détour pour en arriver aux pervers narcissiques. Appellation ronflante qu'on doit bannir de toute conversation... avant qu'elle ne tombe en désuétude. En effet, sauf à l'utiliser dans un sens humoristique, elle n'apporte rien de plus, rien de neuf. Elle désigne les personnes qu'on qualifiait auparavant de manipulateurs, terme qui n'est lui-même pas très ancien - une mode des années 60 qui a fait fureur… et flop. Et qui ouvre un autre chapitre assez compliqué, car la limite est ténue entre les séducteurs, les diplomates, les arrondisseurs d'angles, les mains de fer dans un gant de velours, le service marketing… (cf. mon coup de gueule contre le marketing ).

L'appellation pervers narcissique ne fait référence qu'à quelques rares écrits psychanalytiques des années 80. Elle n'appartient à aucune classification. Ce n'est que du vent : une mode sinon une escroquerie.


Mais y a-t-il un lien entre perversité et narcissisme ? A priori aucun.

La perversité équivaut à la malignité (même s'il existe aussi une définition plus sexualisée de corruption et de dépravation). Le pervers ignore l'autre et sa souffrance par définition.

Le personnage mythologique de Narcisse est amoureux de sa propre image et finit par en mourir. Nous connaissons tous des gens qui ne peuvent passer devant une vitre sans regarder leur reflet. Narcisse est leur porte-drapeau. Il a fallu que Freud s'en mêle, dérive le sens, et parle de narcissisme originel, période de la vie de l'enfant auquel il prête, comme d'habitude, bien plus que ce que montre l'observation.

Alors pervers narcissique ? Juste un embrouillamini de psychanalystes, une juxtaposition sans aucun intérêt pratique ni même théorique, pour impressionner les gogos.

Si tu veux, le pervers narcissique, c'est juste un mec qui fait un croche-pied à un cul-de-jatte en remettant sa mèche dans un rétroviseur.

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Désolé, ce post est un fouillis indescriptible. Et comme je vis complètement à l'écart de l'actualité, j'ai bien peur qu'il ne se borne à enfoncer des portes ouvertes. Je te supplie donc de bien vouloir m'accorder ton indulgence...


Et maintenant que j'ai bien plaidé ma cause, je peux t'avouer, j'ai une vraie perversion : j'enc... les mouches. Et pas mal d'autres insectes.


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