vendredi 27 juillet 2018

Comment se disputer poliment entre amis


Combat de coq : il a un sens, la survie de l'espèce. Et non celle des ego.


L'autre jour, un vieil ami met sur sa page Facebook un extrait de discours politique à l'Assemblée.  Un député critique le président actuel non pour sa politique, mais pour son comportement qualifié de monarchique. J'ai essayé de mettre en regard des éléments biographiques d'un de ses opposants qui ne le montrent pas sous un jour tellement brillant.

Réponse résumée de mon ami : "oui, tu fais du bashing… je suis déçu, je ne te croyais pas capable de tomber assez bas…"

Une réponse intéressante à deux titres.

D'abord, elle montre un niveau d'autocritique modéré : car s'il admire son leader pour ses critiques sur le train de vie du président, le fait d'arroser l'arroseur est immédiatement traité de bashing.

Au fait, très mode de dire bashing ; pourtant, il y a pas mal d'équivalents en français, à commencer par la traduction directe, dénigrement. Mais bon, montrer qu'on utilise un vocabulaire "moderne" fait sans doute partie de l'arsenal destiné à impressionner l'adversaire, comme d'ébouriffer ses plumes pour un coq.

Ensuite, l'argument ad hominem. Il me dit que je suis bas. Que je le déçois. C'est-à-dire qu'il utilise un argument affectif pour me déstabiliser. Ce qu'on appelle de la manipulation.

Que d'agressivité… Le problème, c'est que cela se passe "entre amis". Et surtout, où se trouvent les arguments rationnels ? Où est la dispute ? Où sont les informations pour me sortir de l'erreur où je patauge lamentablement ?

Et l'amitié là-dedans, elle est où ?

Il y a pourtant une alternative. Il suffit d'aller voir sur les forums scientifiques. Les débats y ont une toute autre gueule. On n'attrape pas les gens par les couilles, on n'affiche pas de mépris, on n'a pas une attitude condescendante - celle-là même qu'on reproche à ses gouvernants.

Sur ces forums, on raisonne, on propose des arguments, on démontre. On essaye de comprendre ce que l'autre veut dire. On collabore avec lui pour trouver une solution commune et sortir gagnant-gagnant de la confrontation.

Sur la forme, je pense que j'ai très mal joué ma partie. En faisant un parallèle entre les deux hommes politiques, j'espérais démontrer par l'absurde que la question du fonctionnement personnel de ces gens n'était pas un sujet de débat très intéressant.  De la sorte, je m'abaissais à présenter moi aussi des arguments sans aucune valeur. Qu'un tribun ait le patrimoine d'un cadre sup ou d'une profession libérale après avoir été rémunéré toute sa vie par la République pour représenter le monde ouvrier, on s'en fout du moment qu'il apporte des éléments positifs au fonctionnement de la communauté.

Par ailleurs, j'ai pas mal d'antipathie pour notre président actuel. Je trouve qu'il a une gueule et un comportement de "premier de classe" assez péteux. Mais après tout, je ne le connais pas, je ne l'ai jamais rencontré. Que puis-je en dire ? Ce que d'autres en disent, et c'est tout. Pas très fiable, comme source. Heureusement, ce n'est pas important.

En effet, je ne pense pas devenir pote avec lui, ni ami Facebook, et je ne souhaite pas particulièrement avoir un président sympathique. Les dirigeants de la France qui ont fait sa prospérité étaient-ils sympathiques ? Saint Louis et ses persécutions contre les juifs ? Louis XI et ses fillettes ? Henri IV et son retournement de veste ? Cette ordure de Richelieu ? Louis XIV et la tyrannie absolue qu'il a exercée quarante ans sur son entourage, sans parler de sa soif de guerres et de conquêtes ? Le plus cool, c'était encore Louis XVI mais on lui a coupé la tête.

Je me fous aussi du train de vie du président. Il est négligeable au regard de l'incidence des réformes financières qu'il peut faire. Évidemment, on préfèrerait avoir Cincinnatus à l’Élysée, et Mucius Scaevola dans l'opposition, plutôt qu'un type qui vole en classe affaire parce que les sièges en classe touriste lui font mal au dos. Mais a-t-on le choix ?

Sur le train de vie, on a des éléments objectifs. La république française donne un statut confortable au chef de l'État pour des raisons de prestige international. Que le président en profite, on ne peut pas lui reprocher.

L'accuser de se prendre pour un roi de France, c'est plus difficile à démontrer car on entre alors dans le domaine vaseux de la psychologie. Sur quoi se fondent ceux qui l'affirment ? Ils sont télépathes ? Ils ont dépêché des géomètres pour mesurer la circonférence de sa tête ou de ses mollets ? Non, mais ils appellent à le renverser.

Mais qui sont donc ces experts de cafés - docteurs ès tout, économie, écologie, gestion, histoire politique, droit international, statistiques et psychologie… qui ignorent encore que la politique a toujours senti la merde mais s'empressent d'en rapporter l'odeur à la maison ?

Le président - actuel, passé, futur, peu importe - a été élu démocratiquement pour cinq ans. Appeler à ce que "le peuple reprenne le pouvoir", ce n'est pas anodin : c'est totalement anti-démocratique - et ça fait peur.

Je n'ai jamais cru à la force ni à la violence. Je pense que ceux qui la prônent au nom d'"intérêt supérieurs" se trompent complètement. L'histoire a d'ailleurs montré que c'est chez eux qu'on trouvait les pires salauds.

Modifier un organisme aussi complexe qu'un grand pays, et surtout un pays complètement lié au fonctionnement des autres pays du monde, cela ne se fait pas en cent jours, ni même en mille. Il me paraît sensé voire élémentaire de laisser au président le temps d'accomplir ses réformes et de le juger sur son bilan. Quelle que soit son appartenance politique.

De toute manière, la solution des vrais problèmes de notre société ne passe pas par la politique intérieure de la France...

Nous avons des règles communes. Ça peut s'appeler le droit constitutionnel. Ou la convivialité. En somme : la vie en société. Je respecte ces règles. Et je n'aime pas qu'on les piétine.

Le reste, je m'en balance.



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