mercredi 1 août 2018

Bronzés, Deschiens et Camping : les classes "modestes" à l'écran ?


Regarde bien, ils n'ont pas un style vestimentaire qui connote socialement : ils sont habillés comme des clowns.

- Je viens de voir Les bronzés font du ski... J'ai imaginé que ce film pourrait avoir le charme rétro d'une vieille comédie hollywoodienne. Tu vois, genre Capra, Lubitsch... Et montrer une France périmée et sympathique.
- Et alors ? Tu as trouvé ce que tu voulais ?
- Je me suis complètement planté...

Ce qu'on voit :
1 - des loosers et des médiocres, souvent les deux en même temps ;
2 - un ensemble de séquences organisées comme Martine à la montagne : il n'y a pas d'histoire. Pourquoi pas si l'ensemble dégage quelque chose de fort (comme un film de Tati)... mais ce n'est pas le cas ;
3 - une succession de problèmes et de situations désagréables ;
4 - énormément d'agressivité, tout le monde contre tout le monde.

Comment est-ce supposé fonctionner ? C'est un film comique, donc...
1 - on doit rire quand quelqu'un a un problème (ça part mal : j'ai toujours eu du mal avec les gens qui rient quand les autres ont des ennuis) ;
2 - on doit rire de la ringardise des loosers et des médiocres - parce qu'on se considère au dessus et que ça rassure ? Perso, je trouve qu'on les voit suffisamment comme ça en vrai
3 - on doit rire des situations d'agressivité. Je me demande si l'"agressivité humoristique" ne serait pas une spécialité française. Rien à voir avec l'humour cruel d'un Ettore Scola, tel qu'on le voit dans l'excellent Affreux, sales et méchants. Non, simplement l'idée que c'est drôle de regarder des gens en train de s'agresser.

Mais ce que je sais, c'est que cette "agressivité humoristique" n'est pas très ancienne. En effet, les facéties de Fernandel ou les sketchs de Fernand Reynaud ne sont pas agressifs. Les humoristes politiques (ceux de la Boîte à Sel par exemple) étaient "vaches" ou corrosifs, et pourtant pas méchants. Un peu plus tard, les films de de Funès le montrent en colère mais ridicule, ce qui désamorce.

On a voulu sortir du style béni-oui-oui, se libérer de la censure de l'époque gaullienne - Jean-Christophe Averty licencié après avoir broyé en direct un baigneur en celluloïd à la télévision. Peut-être y a-t-il un rapport avec l'esprit mai 68. Les choses ont changé avec des comiques comme Jean Yanne. Le problème, c'est que cette forme d'humour me glace quand il n'est pas excellent, c'est à dire quand il y a plus d'agression que de drôlerie.

Le baigneur de J.C. Averty - forcément en noir et blanc.

Pourtant, c'était une bonne idée de faire un film sur les gens ordinaires. D'en finir avec les héros et les situations incroyables. C'est bien, le réalisme !
- Mais alors, où est le problème ? Où est-ce que ça coince ?
- Le problème, c'est que la bande du Splendid n'a pas vraiment voulu faire un film sur les gens ordinaires. Elle a juste voulu faire de l'humour sur le dos de la classe moyenne. Je respecte ce choix, mais le résultat, c'est une mauvaise caricature. Le film manque totalement de finesse et de profondeur. Médiocrité sociale, intellectuelle, méchanceté, mesquinerie, tout est fondu en un bloc de répliques qui n'ont rien de subtil.
- Oui mais regarde les Deschiens. C'est le même principe, non ? Et pourtant ils sont très drôles.
- Pas d'accord. Les Deschiens peuvent être épouvantables (par exemple envers leur fils). Mais ils ne sont jamais méchants. C'est juste qu'ils se trompent quand ils raisonnent. Ils sont bardés de certitudes fausses. Le génie de François Morel, c'est d'apparaître toujours souriant, bienveillant, positif, de bon sens et de bonne volonté.

Il y a une autre différence. Avec les Deschiens, on n'est pas dans la satyre sociale. D'ailleurs, si tu regardes bien, tu verras qu'ils ne sont pas habillés en français moyens, mais en clowns. Ils montrent comment l'ignorance et la sottise conduisent à l'absurde et au ridicule. Ils personnifient la certitude imbécile. Les Deschiens, c'est moi (et toi aussi).

Alors que les bronzés sont plus méchants que bêtes. Or, pour être drôle, il faut être juste. On a beau croiser les personnages des Bronzés dans la vie, on en voit rarement une telle concentration. La méchanceté est trop systématique, elle n'est pas juste, elle n'est donc pas drôle. Quand je dis méchanceté, je veux dire agressivité, mesquinerie, égoïsme, absence d'empathie…

Je n'ai ri qu'à la fin, quand les paysans offrent un coup de gnôle bien raide aux touristes. C'est une blague éculée. Mais c'est le seul moment positif du film. Il y a d'abord la généreuse hospitalité des paysans. Et le moment où les Bronzés font tous des efforts pour ne pas froisser leurs hôtes. Pas de catastrophe, juste une erreur d'appréciation, un décalage. Pour une fois, personne n'est agressif, il n'y a que de la bienveillance dans l'air... Et c'est d'autant plus rigolo que ça me rappelle des souvenirs !




Camping 2

Pour avoir un point de référence, j'ai ensuite regardé Camping 2. Film français, racontant aussi une histoire de classes moyennes, sensiblement plus récent (2010). En théorie, il y a un fil conducteur - en fait un vague prétexte. Les personnages sont à l'emporte-pièce, pas passionnants. Tout le monde est (trop) gentil. Tout est téléguidé. C'est aussi censé être un film comique. Ok, il y a un peu d'humour. Genre le mec célibataire qui l'écrit en grand sur sa voiture avec son numéro de téléphone. Et qui se promène en slip kangourou du début à la fin... Mais on baigne dans le sentimental mou, limite histoire de bidets. La description sociale est convenue, la psychologie des personnages irréaliste.

Ce qui met le film un cran au dessus des Bronzés, c'est qu'il ne force pas l'humour - et il n'y a pas d'humour agressif. C'est un film sympathique qui se laisse voir. Mais tout cela reste quand même très moyen.

En fin de compte, ni les Bronzés, ni les Deschiens ni Camping ne décrivent les classes populaires. Au fait, quel film pourrait-on faire aujourd'hui sur ces classes ? Un comique ?

Pichet plastique années 70 (à ne pas confondre avec celui des années 60). Bol certifié Duralex.

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